Historique
(Le théâtre)

Communément le théâtre historique est une forme de théâtre qui emprunte ses sujets à l'histoire ; plus précisément, il est une forme qui suppose une approche historique de ses sujets.

Les grandes étapes

Le théâtre à sujet historique a jalonné toute l'histoire du théâtre occidental : dans l'Antiquité (Les Perses d'Eschyle), au Moyen Âge (Le Siège d'Orléans d'A. Mussato), à la Renaissance (L'Écossaise d'A. de Montchrétien) ; le théâtre du Siècle d'or espagnol et le drame élisabéthain surtout abordent abondamment les thèmes historiques ; de même, la tragédie du XVIIe siècle français puise la plupart de ses sujets dans l'histoire. Plus tard la Révolution française suscite les thèmes historiques (Chénier, Charles IX) contre les sujets mythologiques et religieux, mais son théâtre laisse peu de traces. C'est avec l'époque préromantique et romantique que resurgit une vague de drames historiques marquants en Europe ; en Allemagne (Büchner, La Mort de Danton ; Grabbe Napoléon ou les Cent-Jours), en France (Dumas, Henri III et sa cour ; Hugo, Cromwell, Hernani ; Musset, Lorenzaccio) ; en Italie aussi (Manzoni, Le Comte de Carmagnole), et en Russie (Pouchkine, Boris Godounov). En revanche, l'essor du réalisme, qui accorde la préférence aux sujets du quotidien, n'est pas favorable au théâtre historique, lequel réapparaît avec le siècle présent sous forme néoclassique (A. Poizat, Inès de Castro) ; et l'histoire est présente dans le théâtre de Rolland (Théâtre de la révolution), de Claudel (Christophe Colomb), de Giraudoux (La guerre de Troie n'aura pas lieu), de Montherlant (Port-Royal, La Reine morte), de Bernanos (Dialogues des carmélites)  ; également, mais de façon masquée dans le théâtre existentiel de Camus (Caligula, Les Justes), et de Sartre (Les Mouches, Le Diable et le Bon Dieu). En outre, les pièces épiques de Brecht ont réanimé un certain sens de l'histoire au théâtre (La Vie de Galilée, Les Jours de la Commune, Coriolan).

Histoire et société

Mais le théâtre historique ne peut être résumé par l'ensemble des pièces à sujet historique. Il implique l'apparition de l'histoire dans les conceptions du monde, inconcevable dans une Antiquité dominée par la mythologie et le fatum, et dans un Moyen Âge dont la religion préside aux destinées humaines. Pour qu'apparaisse un véritable drame historique, il a fallu la crise décisive de la société féodale, des valeurs traditionnelles et l'essor des forces historiques porteuses de l'émancipation sociale et individuelle. C'est dans cette période de transition que l'histoire, en devenant l'œuvre des hommes, peut prendre une dimension structurante du drame. Parce que l'Angleterre est placée au cœur de cette mutation, c'est là que le théâtre historique trouve sa première expression dramatique : dans le théâtre élisabéthain (Marlowe, Tamerlan, Édouard II ; Shakespeare, Henry VI, Jules César, Troïlus et Cressida, Coriolan ; Ford, Perkin Warbeck). Sur le plan formel, ce mode théâtral porte à son plus haut degré la collision dramatique des forces contraires propre à l'expression théâtrale, en l'occurrence celle des forces sociales et historiques concentrées dans ses héros.

Dans l'ordre de la comedia, le théâtre du Siècle d'or espagnol (Lope de Vega, L'Esclave de Rome ; Tirso de Molina, Le Trompeur de Séville ; Calderón, L'Alcade de Zalamea) marque la même tension historique. Quant aux tragédies classiques de Corneille et de Racine nées sous l'État monarchique qui retarde la percée des forces sociales progressistes, elles ont d'abord un rapport d'usage, et de plus très libre, avec le sujet historique, qui a surtout pour intérêt, aux yeux des classiques, de donner à la fable une garantie d'authenticité.

Une philosophie de l'histoire

Lukács voit la seconde vague importante du drame historique s'instaurer en Allemagne durant l'Aufklärung (siècle des Lumières allemand). Aiguillonnés par les idées révolutionnaires et par la formation de l'État national, les dramaturges allemands sont sensibles aux transformations historiques qui ébranlent l'Europe, et cela avec une conscience plus forte que celle de leurs prédécesseurs élisabéthains. Ainsi, les héros de leurs drames historiques (Götz von Berlichingen de Goethe, Wallenstein de Schiller, Le Prince de Hombourg de Kleist) sont-ils moins en butte au destin tragique de la volonté de puissance qui ruine les héros élisabéthains, et vivent davantage leur drame comme le résultat d'intrications historiques, morales ou existentielles. Ce qui confère une forme correspondante à la structure dramaturgique, désormais plus épique que tragique.

Dans cette période charnière le « grand drame » et le drame historique vont du même mouvement. Pourtant le théâtre historique n'est ni un genre ni lié à un genre particulier : il peut être associé à la tragédie, à la comédie ou au drame épique. Avec l'essor de la société industrielle mais aussi les premiers signes du réalisme esthétique et le déclin du tragique, le théâtre historique s'attache davantage à la restitution détaillée des événements (Vitet, Les États de Blois ; Mérimée, La Jacquerie). Manzoni, quant à lui, grand défenseur du théâtre historique, préconise un drame qui fasse sa part à la fidélité historique et à la poétisation de l'individualité dramatique.

Vers la dissolution du théâtre historique ?

C'est seulement plus tard, dans la perspective d'une révolution socialiste, que le théâtre historique a pris, notamment chez Brecht, la forme avérée d'un théâtre épique, c'est-à-dire qui substitue à la collision dramatique la succession dialectique des contradictions sociales et individuelles. Quant au théâtre contemporain, il est plus accaparé par des thématiques où peuvent s'ancrer des problèmes d'écriture ou de subjectivité que par une problématique historique. C'est peut-être que les perspectives historiques ne sont plus, pour le moment du moins, porteuses de forces susceptibles d'animer l'esthétique théâtrale.

La notion de théâtre historique correspond donc à une période déterminée de l'histoire occidentale, qui implique une appréhension historique du rapport de l'homme au monde ainsi que le traitement direct d'un thème historique ; car si le sujet historique n'est pas suffisant pour faire un théâtre historique, une vision historique du monde n'est pas non plus suffisante pour faire un tel théâtre.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
  • France
  • Royaume-Uni
  • Italie
  • Espagne
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026