MÉRIMÉE Prosper
Écrivain et auteur dramatique français.
Son œuvre théâtrale s'inscrit dans la mouvance des « scènes historiques » en prose, renouvellement possible du genre dramatique, sur le modèle de ce qu'avait tenté Mercier et de ce qu'essayaient les contemporains Ludovic Vitet et Rémusat. Ces « scènes historiques » se rattachent à ce qu'est la pensée théorique de Stendhal (Racine et Shakespeare) ; elles représentent des tentatives fragmentaires en vue de construire la « tragédie historique en prose » qu'il appelle de ses vœux. La meilleure de ces scènes historiques est La Jacquerie de Mérimée (1828), « scènes féodales ». Constituée de scènes discontinues, d'une grande puissance d'évocation, La Jacquerie correspond à la mode « Moyen Âge » et au souvenir des scènes d'action dans Shakespeare ; elle inaugure les grands drames non écrits pour la scène, du Cromwell de Hugo à son Mangeront-ils ? en passant par le Lorenzaccio de Musset ; le très grand nombre de personnages, la multiplicité des lieux, la discontinuité de la fable et de l'écriture, l'intervention du grotesque et du sanglant, la présence active des masses paysannes et d'une histoire très proche de la vérité des événements, tout cela rend cette fresque du temps de Jeanne d'Arc à la fois proche du drame romantique et des formes théâtrales beaucoup plus modernes et même de Brecht.
Dès ses très jeunes années (1820-1825), Mérimée écrit une série de petits drames ou comédies, caractérisés par l'ironie agressive, la violence passionnelle, la contestation radicale des valeurs morales : Une femme est un diable, Le Carrosse du Saint-Sacrement, Les Espagnols en Danemark. On y respire l'atmosphère de la Restauration, la rage des libéraux vaincus, la violence anticléricale, la hargne contre l'intolérance et l'hypocrisie puritaine de tout ce qui comptait dans le personnel politique du moment. Une époque, dira Mérimée plus tard, « où il y avait un peu de courage à se moquer des vice-rois et des évêques ». Tous ces petits textes dramatiques sont publiés, sous le nom d'emprunt, au reste transparent, de la prétendue comédienne espagnole Clara Gazul (1825). Le plus célèbre, Le Carrosse du Saint-Sacrement, a été maintes fois porté à la scène ou à l'écran.
Bibliographie sélective
- Prosper Mérimée. Œuvres . Lettres à Francisque Michel (1848-1870) - Journal de Prosper Mérimée (1860-1868) Introd. et notes par Pierre Trahard , Paris : Libr. Grund, [s.d.]
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 19ème siècle