Genre

On oppose traditionnellement le genre dramatique ou théâtral aux genres lyrique, épique, romanesque en ce que l'auteur y « présente des personnages en acte » (Aristote) et ne s'y exprime que par leur dialogue.

Un concept fragile

Cette distinction forgée dès l'Antiquité ne correspond plus guère à l'écriture théâtrale telle qu'elle s'est développée depuis le XIXe siècle : la modernité et ses crises (du roman, de la poésie, de la représentation) ont entamé aussi les catégories dramatiques : action, personnages, fable, dialogue, absence de voix narrative, ont été remis en question au point que l'on manque aujourd'hui de critères pour établir une spécificité du genre. Le recours fréquent des metteurs en scène à des textes non théâtraux contribue à en effacer les limites (voir Adaptation). À Platon remonte la première classification des modes de la fiction : à la « narration pure » (sans dialogue) il oppose le « récit par imitation » : le théâtre, où l'action est représentée (imitée) au lieu d'être narrée. À sa suite, Aristote distingue mode narratif et mode dramatique ; ce dernier comprend un genre noble (la tragédie, qui met en scène les actions de personnages supérieurs à nous) et un genre bas (la comédie, dont les personnages nous sont inférieurs) : première investigation des genres théâtraux. D'emblée s'associent donc au genre dramatique la primauté de l'action, la caractérisation des personnages et la dynamique du dialogue (ces personnages parlants devant être toujours agissants). Ces critères seront invoqués dans toute analyse du genre dramatique jusqu'à la fin de l'époque classique ; en revanche, la dyade narratif/dramatique évolue peu à peu, du XVIe au XVIIIe siècle, en une triade qui dominera la théorie littéraire du romantisme allemand et l'esthétique de Hegel : épique/lyrique/dramatique. Cette nouvelle division comporte un aspect diachronique : chaque genre représente un état de conscience de l'humanité ; dans cette progression dialectique le genre dramatique a une place privilégiée : il réunit l'objectif (l'épique) et le subjectif (le lyrique) en « une nouvelle totalité qui comporte un déroulement objectif et nous fait assister en même temps au jaillissement des événements de l'intériorité individuelle » (Hegel). Pas plus que la poétique classique l'esthétique hégélienne ne peut rendre compte des développements ultérieurs de l'écriture dramatique : dès le XIXe siècle, le drame subit fortement l'influence du roman (épicisation) ; parallèlement naît un théâtre « du Moi », plus subjectif que synthétique, qui de Strindberg à Beckett ne cessera de se développer. Loin de s'enfermer dans son « genre », le drame moderne a évolué en constante contamination avec l'autre grand genre fictionnel de notre époque, le roman.

Genres

On a inventorié au long des siècles de nombreux genres théâtraux : à la bipartition originelle tragédie-comédie sont venus se greffer la farce, le drame (bourgeois ou romantique), et bien d'autres. Éphémères ou vivaces, théoriques ou empiriques, ces genres sont tantôt l'aboutissement d'une tradition lentement élaborée (mystère, théâtre de Boulevard) tantôt le manifeste improbable de telle école littéraire. Qu'ils se définissent par des critères formels ou thématiques (et bien souvent par un mixte confus), qu'ils se proclament tels ou soient baptisés par la critique, ces genres ont une existence plus historique que théorique. Ils sont d'ailleurs liés aux conditions de la représentation ; un « genre », autant qu'une forme littéraire plus ou moins précisément fixée, est la cristallisation d'un état historique et social de la représentation théâtrale.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026