ESCHYLE

Éleusis 525 - Gela, Sicile, 456 av. J.-C.

Poète tragique grec qui est aussi le metteur en scène et l’acteur de ses drames.

Il est pour nous le véritable créateur de la tragédie. Il participe aux deux guerres médiques et combat à Marathon (490) comme à Salamine (480). Il est aussi le témoin de la mutation qui, par les réformes de Clisthène (508-507) puis d'Éphialte (462), fait d'Athènes une démocratie. À la fin de sa vie, il s'exile en Sicile où il meurt.
Des quelque quatre-vingt-dix pièces qu'il aurait écrites, il ne nous reste que sept tragédies ainsi que des fragments. Quatre d'entre elles seulement constituent des œuvres véritablement complètes : les Perses (472) et Agamemnon, les Choéphores et les Euménides qui forment la trilogie de l'Orestie (458). Les trois autres représentent l'introduction (les Suppliantes, vers 490, Prométhée enchaîné, dont la date est inconnue) ou la conclusion (les Sept contre Thèbes, 467) de trilogies perdues.
La première tragédie conservée, les Perses, est tout à la fois atypique et exemplaire. Atypique car elle est consacrée à un seul homme et emprunte son sujet à l'histoire et non au mythe : elle met en scène la défaite de Xerxès à Salamine et donne une valeur de leçon au désastre d'un homme qui a outragé les dieux et porté atteinte aux lois de la nature en jetant comme un joug un pont de bateaux sur la mer. Mais aussi exemplaire car elle unit indissolublement le malheur de l'individu au désastre d'un peuple et laisse entrevoir, au-delà des décisions et des actions humaines, la présence des forces divines.

L'individu, la famille et les dieux

Mais le nom d'Eschyle est d'abord lié à la trilogie qui permet d'unir étroitement le destin de plusieurs générations. La trilogie à laquelle appartiennent les Sept contre Thèbes évoque successivement les destins de Laios, d'Œdipe et de ses fils. L'Orestie met en évidence les liens étroits qui existent entre le crime d'Atrée, qui fit manger à son frère Thyeste la chair de ses enfants, le destin de son fils Agamemnon qui répéta la faute de son père en sacrifiant à Aulis sa fille Iphigénie et fut lui-même assassiné par son épouse Clytemnestre, avec la complicité du fils de Thyeste, Égisthe, qui vengeait sur le fils les crimes du père (Agamemnon), enfin l'histoire d'Oreste qui châtia les meurtriers de son père (les Choéphores) et fut finalement acquitté à Athènes, après avoir été purifié à Delphes par Apollon (les Euménides).
Ce théâtre qui ne sépare pas l'individu du groupe auquel il appartient ne le coupe pas non plus des dieux. Ceux-ci ne se contentent pas d'accompagner par des présages les actions humaines (comme dans les Choéphores où ils envoient à Clytemnestre un rêve qui préfigure clairement la vengeance d'Oreste). Ils les guident aussi par des ordres précis (toujours dans les Choéphores, Apollon intime clairement à Oreste l'ordre de venger son père en tuant les meurtriers et énumère longuement les maux qui l'attendent s'il ose désobéir aux dieux). Dans les Euménides, ils interviennent même en personne pour poursuivre les criminels (Oreste est poursuivi par la meute des Érinyes) ou pour les sauver (Apollon témoigne pour Oreste devant le tribunal athénien chargé de le juger et Athéna qui préside ce tribunal vote en sa faveur, rétablissant ainsi l'égalité des suffrages et entraînant l'acquittement). Avec Prométhée enchaîné, les dieux occupent à peu près toute la scène (pour représenter l'humanité, on ne trouve que Io, « la jeune fille aux cornes de vache »). Les hommes que Zeus voulait anéantir et que Prométhée a sauvés par le don des arts n'y sont que l'enjeu du conflit qui oppose aux antiques divinités (Prométhée est le frère des Titans) les nouveaux maîtres de l'univers (Zeus et les Olympiens). Et la tragédie qui s'achève sur une impasse (Zeus, malgré tout son pouvoir, est incapable de briser la résistance de Prométhée ; le Titan, malgré tout son savoir, ne peut triompher de la violence du maître des dieux) démontre a contrario que le progrès est inséparable d'un ordre divin qui respecterait les droits acquis et concilierait harmonieusement l'ancien et le nouveau.

Les images du tragique

Cette vision archaïque d'un univers où les pouvoirs sont toujours étroitement limités, où le futur est étroitement conditionné par le passé, se traduit par une forme extraordinairement directe et concrète. La généalogie dit l'essence de la réalité : dans les Euménides, les déesses qui incarnent le châtiment sont les filles de la Nuit. Une image brutale, celle des thons que l'on assomme, résume toute l'horreur du massacre des Perses à Salamine. Le spectacle se fait leçon. Le renversement de la fortune des Perses se traduit sur la scène par l'apparition d'un Xerxès en haillons. La réalité du talion se manifeste dans la correspondance entre deux tableaux scéniques : à la fin d'Agamemnon, on voit apparaître une Clytemnestre qui triomphe devant les cadavres étendus d'Agamemnon et de Cassandre ; la fin des Choéphores montre, à côté d'Oreste et du filet qui rappelle le meurtre d'Agamemnon, les deux cadavres de ses assassins. Et l'on passe sans rupture de la métaphore à la représentation : le flot de sang qui coule dans Agamemnon à travers les récits du sacrifice d'Iphigénie et de la prise de Troie est concrétisé par le tapis de pourpre que Clytemnestre fait déployer sous les pas de son époux, avant de le faire entrer dans le palais où elle le tuera. Bref, tout concourt à donner au théâtre d'Eschyle une force et une grandeur qui fascinèrent les Anciens et frappent encore les modernes.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Antiquité - 16ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • Grèce
Période(s) :
  • Antiquité grecque
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
26/05/2026