REINHARDT Max
Pseudonyme de Max Goldmann

Vienne, 1873 - New York, 1943

Acteur et régisseur allemand d'origine autrichienne.

Magicien de la lumière et du décor, Max Reinhardt influença par ses innovations scéniques le théâtre et le cinéma des années 1920-1930, principalement en Allemagne. La perfection de ses spectacles, l'étrangeté de ses éclairages, la qualité des acteurs qu'il forma suscitèrent l'enthousiasme de la critique et du public, à travers toute l'Europe. De 1894 à son exil en 1933, il fit du Deutsches Theater le centre de la vie artistique berlinoise.

Issu d'une famille de commerçants juifs – qui adoptera le nom de Reinhardt en 1904 pour échapper à l'antisémitisme –, il fréquente dans sa jeunesse le Burgtheater de Vienne, rêvant de devenir acteur. Élève au Conservatoire, il interprète ses premiers rôles à dix-sept ans, aux théâtres de Salzbourg et de Rudolfsheim. Remarqué par Brahm , directeur du Deutsches Theater de Berlin, il y commence sa carrière dans des œuvres classiques, mais surtout dans les drames d'Ibsen et de Hauptmann. Très vite, il prend conscience de l'épuisement du style naturaliste, dont Brahm était le grand représentant, et il cherche à s'en émanciper. Nommé régisseur pour les tournées de la Sezessionsbühne à Vienne et à Budapest en 1900, Reinhardt inaugure ses premières mises en scène antinaturalistes, reprises à Berlin, avec des pièces de Strindberg, Hofmannsthal et Maeterlinck. Mais c'est avec la création de son cabaret Schall und Rauch (Bruit et Fumée), en 1901, qu'il va tourner en dérision cette esthétique.

La critique du naturalisme

Les soirées, où alternent chansons, sketches, parodies du répertoire du Deutsches Theater, connaissent un tel succès que Brahm l'invite à les représenter dans son propre théâtre. Au Kleines Theater, Reinhardt perfectionne ce répertoire satirique, parodiant Schiller et Hauptmann, ridiculisant la noblesse allemande (Serenissimus de Leo Feld, 1902). En 1903, il se sépare du Deutsches Theater pour réaliser ses propres mises en scène. Le réalisme avec lequel il monte Asile de nuit de Gorki , en 1903, est considéré comme la naissance d'un nouveau style. Deux ans plus tard, au Neues Theater, sa représentation du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare bouleverse toute l'esthétique théâtrale. Pour restituer l'onirisme de la pièce, il plante de vrais arbres sur la scène, dont les feuilles s'envolent dans la salle. Par la qualité inventive de ses décors et de ses éclairages, il donne à voir l'invisible.

Ne pouvant concevoir le théâtre sans la magie de l'illusion, de la poésie et du rêve, le génie de Reinhardt est d'unir les théories de la mise en scène de Craig et d'Appia, l'importance qu'ils accordent à la lumière, aux innovations techniques les plus modernes. En généralisant l'usage de la scène tournante, abandonnée depuis l'époque de Mozart, il rend possible la construction de décors féeriques, véritables « paysages mobiles », où rêve et réalité se confondent. Entre ses mains, la régie de théâtre devient une œuvre de création. Poussant à l'extrême le souci de chaque détail, il recourt à des effets acoustiques et surtout à des éclairages d'une rare séduction qui, illuminant la scène de manière insolite, permettent, à l'aide de rideaux transparents, de créer des illusions d'optique. Le succès est si grand que L'Arronge, fondateur et propriétaire du Deutsches Theater, lui en confie la direction en 1905, le contrat de Brahm arrivant à expiration.

Le Deutsches Theater

Inaugurant son répertoire avec Käthchen von Heilbronn de Kleist, Reinhardt modernise immédiatement le théâtre, grâce à la réunion de capitaux et d'actionnaires. Une scène tournante de 18 mètres, des éclairages perfectionnés, des décors fastueux, réalisés par de grands peintres (Corinth, Slevogt, Munch, Orlick, Pechstein, Stern, Grosz), lui permettent de créer cette féerie théâtrale qui restera liée à son nom. Attirant au Deutsches Theater des acteurs prestigieux comme A. Moissi, Pallenberg, Kortner, A. Granach, Bassermann, P. Wegener, Deutsch, W. Krauss, il crée aussi son propre institut, formant les plus grands noms du théâtre et du cinéma des années vingt et trente – de Jannings à Lubitsch. Par son talent, il gagne la confiance et l'amitié d'écrivains comme Hofmannsthal , de musiciens et de compositeurs comme Richard Strauss, F. Busoni, E. D'Albert, Weill, de metteurs en scène et de dramaturges aussi différents qu'Eric Engel, B. Viertel, K.H. Martin, B. Reich, F. Hollaender et Brecht .

Le génie de Reinhardt est de n'avantager aucun style, mais d'exceller dans tous. Comme certaines pièces exigent un cadre plus intime, il crée en 1906 les Kammerspiele, pour mettre en scène les drames de D'Annunzio, Wedekind, Strindberg, Maeterlinck ou Wilde. Accusé de ne s'adresser qu'à un « public de snobs » – les places des Kammerspiele étaient très chères – il n'hésite pas à utiliser des cirques, comme le cirque Schumann (Grosses Schauspielhaus) pour y représenter des tragédies classiques devant des milliers de personnes (Œdipe roi, 1910 ; l'Orestie, 1911). Sous le titre La Jeune Allemagne (Das Junge Deutschland), il met en scène, en 1917, les premiers drames expressionnistes (Le Mendiant de Sorge, La Bataille navale de Goering ), puis les pièces d'O. Kokoschka, de Lasker-Schüler, de Unruh, de Werfel. Sans partager les idéaux politiques et esthétiques de cette génération, il est conscient des rapports étroits qui les unissent à la jeunesse. Les décors expressionnistes qu'il fait exécuter par Ernst Sternpour ces mises en scène, l'utilisation de projecteurs verticaux qui créent des murs de lumière et des ombres fantastiques, le jeu insolite des acteurs (Deutsch, Granach, Kortner) engendrent une esthétique singulière qui, après le théâtre, marquera de nombreux films allemands, dont Les Trois Lumières (Der müde Tod, 1921) de Fritz Lang.

Un éclectique passionné

Au début des années 1920, alors qu'en Allemagne et en URSS la fonction sociale du théâtre est âprement discutée, Reinhardt, même s'il admire Piscator et Jessner et n'hésite pas à leur emprunter certains éléments techniques, reste à l'écart de ces débats. Tout en montant des auteurs « révolutionnaires » (Schiller, Büchner, Brecht, Sternheim), il continue à voir dans le théâtre un moyen de faire rêver. Accusé par les critiques les plus radicaux de demeurer prisonnier d'une conception « bourgeoise » du théâtre, de cultiver un art de l'illusion, Reinhardt affirme que la qualité d'une mise en scène, la joie que le public éprouve à la contempler justifient amplement la fonction du théâtre. Multipliant les tournées à travers le monde, responsable de dix théâtres à Berlin et à Vienne, fonctionnant sans subvention, il est acclamé à Moscou comme à Paris, à New York comme à Prague, montant aussi bien des auteurs classiques (Goethe, Schiller, Kleist, Lessing, Hebbel, Shakespeare) que modernes (Strindberg, Wedekind), des opérettes (Offenbach) ou des opéras (Le Chevalier à la Rose, de Strauss et Hofmannsthal, à Dresde en 1911). Par la variété de son répertoire – il donna 23 374 représentations de 452 pièces et réalisa en vingt-cinq ans 170 mises en scène personnelles –, la qualité de ses acteurs – les plus grands de l'époque –, l'enrichissement constant de ses techniques (scène tournante, dispositifs d'éclairages à faisceaux multiples, praticables transparents, escaliers roulants, modification instantanée des décors, effets d'optique et d'acoustique), il s'impose comme le magicien de la scène allemande, rêvant de faire du théâtre une « œuvre d'art totale ». Il y intègre le ballet, la musique et surtout la pantomime qui le fait s'intéresser au cinéma.

Ami de Strauss et de Hofmannsthal, la passion de ce dernier pour le baroque est à l'origine de ses tentatives les plus audacieuses de réconcilier l'art et la vie, d'effacer les murs du théâtre. Comme il avait fait éclater l'espace scénique par la lumière, Reinhardt montera Shakespeare dans des décors naturels, représentant Le Songe d'une nuit d'été dans une véritable forêt, Le Marchand de Venise dans les rues de Venise. De même, pour redonner vie aux mystères du Moyen Âge, populariser leurs versions modernes (ainsi que Jedermann de Hofmannsthal), il les fait jouer, avec des milliers de figurants, devant la cathédrale de Vienne ou dans les rues de Salzbourg, ville dont il renouvelle le festival, avec le concours de compositeurs et de musiciens aussi différents que Strauss, Arturo Toscanini, Otto Klemperer, Herbert von Karajan.

Une triste fin de carrière

Das grosse Welttheater (Le Grand Théâtre du monde, 1933) de Hofmannsthal est sa dernière mise en scène allemande. Ayant refusé la qualité d'« aryen d'honneur » que lui offre Goebbels, ses théâtres sont confisqués. Il continue ses mises en scène à Vienne, à Venise, à Florence, à Oxford, à Paris, est invité à Hollywood et à New York. Sa gloire est si grande qu'en dépit de son âge avancé il envisage une nouvelle carrière. Pourtant la mise en scène de la fable biblique de Werfel The Eternal Road, au Manhattan Opera House de New York en 1937, avec une musique de Weill, est sa dernière réussite théâtrale. Émigré à Hollywood, il crée le Max Reinhardt Workshop for Stage, Screen and Radio, qui se propose d'enseigner toutes les techniques du théâtre et du cinéma. Mais les meilleurs élèves de Reinhardt sont immédiatement engagés par les studios de Hollywood, sans qu'il puisse les intégrer à un nouvel ensemble et prendre place lui-même dans l'industrie cinématographique. Il finit sa vie dans l'amertume et la pauvreté, dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, cherchant en vain à faire partager ses derniers rêves.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
  • États-Unis
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026