HOFMANNSTHAL Hugo von

Vienne, 1874 - 1929

Poète et auteur dramatique autrichien.

Hanté par l'absence de style de son époque, Hugo von Hofmannsthal renouvelle le théâtre baroque. Entre l'affirmation de Calderón, « la vie est un songe », et celle de Grillparzer, « le rêve, c'est la vie », se déploie la magie de son œuvre, imprégnation mutuelle de la réalité vécue et de la réalité rêvée. Il transmue l'esthétisme viennois, sa prédilection pour la mort et l'éphémère, en une vision d'une rare beauté.

Dès 1891, il publie des critiques de théâtre. Ses premiers drames Ascanio et Gioconda, La Mort de Titien (Der Tod der Tizian), écrits en 1892, avec leurs évocations de Venise et de la Renaissance, témoignent déjà de la magie de son style. Tout en poursuivant ses études de droit à l'université de Vienne, il écrit des pièces, dont la plus célèbre, Le Fou et la Mort (Der Tor und der Tod, 1893), avec ses visions symbolistes, proches de Maeterlinck, reflète l'esprit d'une génération fuyant la légèreté et l'insouciance de la capitale autrichienne dans une vision pessimiste de la vie qui la pousse au mysticisme.

Fasciné par le Burgtheater, il écrit en 1894 Alkestis, inspiré d'Euripide, première de ses tragédies « antiques ». Les pièces qu'il écrit avant 1914 : Le Petit Théâtre du monde ou les Heureux (Das kleine Welttheater oder die Glücklichen), La Femme à la fenêtre (Die Frau im Fenster), L'Empereur et la Sorcière (Der Kaiser und die Hexe), rédigées en 1897, L'Aventurier et la Chanteuse (Der Abenteuerer und die Sängerin, 1898), et surtout Les Mines de Falun (Das Bergwerk zu Falun, 1899), annoncent par leur symbolisme magique le récit et l'opéra La Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten, 1919). Mises en scène à Berlin par Reinhardt , ces œuvres lui valent l'admiration de Hauptmann et de George. Hofmannsthal va pourtant s'éloigner de ce symbolisme : il adapte La vie est un songe de Calderón (Das Leben, ein Traum, 1902) qui, avec Pompilia ou la Vie (Pompilia oder das Leben, 1901) et Venise sauvée (Das gerettete Venedig, 1902), renoue avec le drame baroque . S'inspirant des tragédies antiques, il adapte Sophocle et Euripide et écrit successivement Elektra (1901), Œdipe et le Sphinx (Œdipus und der Sphinx, 1904), Œdipe roi (König Œdipus, 1905).

La rencontre avec Richard Strauss à Berlin en 1906 est à l'origine d'une collaboration fructueuse d'où naît Le Chevalier à la rose (Der Rosenkavalier, écrit en 1909-1910, créé à Dresde en 1911). Sans délaisser son style le plus personnel avec Le Retour de Christina au pays natal (Christinas Heimkehr, 1910), il intégrera une sensibilité chrétienne, pétrie de réminiscences baroques, à des spectacles comme Jedermann (1911), montés dans le cadre du Grand théâtre du monde de Salzbourg (Das Salzburger grosse Welttheater, 1921), inspirés des mystères du Moyen Âge et du théâtre de la Renaissance, unissant l'opéra, le ballet et la musique. Son drame baroque La Tour (Der Turm, 1925), véritable hommage à Calderón, pose aussi la problématique de l'histoire contemporaine : c'est une allégorie de la révolution faite par la populace. Il est peu joué en France : écrit en 1919 et créé en 1921 par Reinhardt, L'Homme difficile a été mis en scène par Lassalle en 1996 (Théâtre de la Colline) et Électre (vigoureusement modernisé) par Nordey en 2006.

À travers tout son théâtre, il s'est efforcé de réconcilier le profane et le sacré, au sein d'une conception aussi aristocratique que pessimiste de la vie.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Autriche
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026