STERNHEIM Carl

Leipzig, 1878 - Bruxelles, 1942

Auteur dramatique allemand dont les comédies firent scandale, Sternheim, à travers les portraits satiriques de la bourgeoisie de son temps, a légué au théâtre des œuvres d'une rare violence, influencées par l'expressionnisme, et une langue, proche de celle de Wedekind, qui n'a rien perdu de sa modernité.

Fils d'un banquier juif établi à Hanovre, Sternheim fréquente très jeune le célèbre théâtre Belle-Alliance de Berlin, qui appartenait à son oncle. Après des études de philosophie et d'histoire de l'art, il vit comme « écrivain indépendant » grâce à sa fortune personnelle. Dès l'âge de seize ans, il écrit des pièces de théâtre, influencées par le naturalisme d'Ibsen et de Hauptmann. Son premier drame, Judas Iscarioth. La tragédie de la trahison (Judas Ischarioth. Die Tragödie vom Verrat, 1899, publié en 1901), ne connaît aucun succès. Après deux mariages successifs – sa dernière compagne était la fille de Wedekind – Sternheim fait bâtir un théâtre pour représenter ses propres pièces – vitupérées par la critique –, se liant avec Reinhardt, Wedekind, Henrich Mann et Rathenau. Le scandale suscité par son Don Juan (1917) le décide à émigrer en Belgique pour échapper aux insultes.

L'essentiel de son œuvre consistera désormais à brosser des portraits ironiques des « héros de la vie bourgeoise », d'une rare ambiguïté. Héritier du naturalisme, il dénonce l'hypocrisie morale de son époque, à travers des situations souvent scabreuses : la perte volontaire d'une culotte par une femme du monde, au cours d'un défilé (La Culotte, Die Hose, 1910, m. en sc. Rosner, 1985, adapté par Dubillard en 1978), le destin d'un bâtard, recruté par une chorale d'aristocrates, soucieux de faire triompher le Lied allemand contre l'anarchie, et qui exige d'être reçu à leur table (Bourgeois Schippel, Bürger Schippel, 1911, m. en sc. Benoît, 2004), l'histoire de prolétaires qui rêvent de devenir de parfaits petits bourgeois (Tabula rasa, 1915). Chaque pièce confirmera sa réputation d'auteur scandaleux, sans qu'on puisse établir s'il fut le critique impitoyable de son époque ou sa victime.

La verdeur de son style a survécu au déclin du pathos expressionniste dont, comme le souligne Brecht , il sut vite se libérer. Partisan de la concision extrême, il forge son art de « la petite nuance » en travaillant inlassablement sa langue pour la rendre plus percutante, retenant de l'expressionnisme sa poésie et sa violence, mais refusant son idéalisme. Car Sternheim demeure aujourd'hui encore l'un des auteurs les plus joués de sa génération.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
  • Belgique
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026