HAUPTMANN Gerhart

Ober-Salzbrunn, 1862 - Agnetendorf, 1946

Fondateur de l'école naturaliste en Allemagne, auteur éminemment prolixe, Hauptmann influença tout le théâtre européen. Critique féroce de la société impériale, son évolution dans les années vingt et son attitude à l'égard du III e Reich témoignent pourtant de l'ambiguïté de sa vision politique.

Fils d'un aubergiste, il écrit ses premières pièces dès 1878, avant d'étudier la sculpture à Breslau puis l'histoire de l'art à Iéna. Son drame Avant le lever du soleil (Vor Sonnenaufgang), représenté à Berlin en 1889, ouvre la voie au naturalisme. Entre 1889 et 1893, il écrit plusieurs pièces – Les Tisserands (Die Weber), La Peau de castor (Der Biberpelz), Hanneles Himmelfahrt (Le Voyage de Hannele au ciel) – qui lui valent une renommée mondiale. Fréquemment comparé à Tolstoï, il brosse dans ses personnages un portrait très sévère de l'ère wilhelmienne et de ses mœurs. Révolté par le caractère décoratif et sentimental du théâtre de son temps, il rêve de faire du drame social le miroir critique de son époque. S'inspirant de Zola, il dénonce l'hypocrisie bourgeoise et fait surgir sur la scène la misère. À travers le portrait d'une famille paysanne ruinée par l'industrialisation et sombrant dans l'alcoolisme, l'évocation de la misère des ouvriers du textile, Hauptmann met au jour les injustices sociales qui le révoltent. La Fête de la paix (Das Friedensfest, 1890), Solitaires (Einsame Menschen, 1891) tracent un portrait au vitriol de la bourgeoisie allemande et attisent la haine des milieux conservateurs, alors qu'il devient l'idole de la jeunesse et des milieux progressistes. Quant aux représentations des Tisserands, en 1893, elles sont qualifiées de propagande révolutionnaire. Hauptmann fait sien le combat des socialistes contre Bismarck ; son drame est monté dans toute l'Europe avec succès, notamment à Paris au Théâtre-Libre en mai 1893, sur l'intervention de Zola, et il est traduit en russe par la sœur de Lénine.

Ses comédies (Kollege Krampton, Der Biberpelz) témoignent de la même force satirique. Jusqu'en 1914, cet auteur qui, selon le mot de Wedekind, « travaillait comme une machine à vapeur » écrit au moins un drame par an, mêlant une ironie cruelle au sordide (Les Rats, Die Ratten, 1911). Capable de jouer avec les contes de fées et les réalités sociales les plus sombres, il marque tous les auteurs de sa génération, en dépit des attaques de la censure et de la haine que lui voue la bourgeoisie. Pourtant en 1914, il succombe à la ferveur belliciste, au grand étonnement de ses disciples – et de l'empereur, qui le décore immédiatement. Après la guerre, le succès des pièces de Strindberg et de Wedekind, le triomphe de l'expressionnisme éclipsent peu à peu son théâtre. La satire, dans ses œuvres, n'a pourtant rien perdu de son mordant, comme le montre Herbert Engelmann , représenté en 1923. Mais il s'est éloigné des préoccupations sociales et politiques de son époque. S'enfermant dans un profond pessimisme culturel, il devient l'ami de Thomas Mannqui donne ses traits au personnage de La Montagne magique, Peeperkorn. Cultivant sa ressemblance avec Goethe – on lui reprocha souvent de sculpter sa propre statue – ses œuvres sont toujours représentées, mais avec peu de succès depuis que Reinhardt a éliminé le naturalisme du Deutsches Theater.

En 1940-1944, Hauptmann fait, avec la tétralogie des Atrides, un retour à la tragédie. Sa tendance au monumental et aux sujets mythiques prend des aspects douteux dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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