ENGEL André
Metteur en scène français
Il est connu à la fin des années 1970 pour ses spectacles-événements réalisés dans des lieux non théâtraux mémorables. Après avoir pratiqué le hors-théâtre, il se consacre aussi au domaine lyrique.
Après avoir reçu une formation philosophique, il fait ses débuts avec Dans la jungle des villes de Brecht (1972) et continue avec Don Juan et Faust de Grabbe (1973). Il participe à l'aventure du Théâtre national de Strasbourg (TNS) sous la direction de Vincent et réalise alors les spectacles qui lui ont permis d'affirmer son identité de metteur en scène préoccupé par une redéfinition de la notion de spectateur à partir de situations théâtrales particulièrement surprenantes. À Strasbourg, Engel travaille dans des espaces et sur des matériaux littéraires non théâtraux, à l'exception de Baal (1976) de Brecht qui fut sa première mise en scène dans les haras de la ville. Toujours en collaboration avec le scénographe Rieti et le dramaturge Bernard Pautrat il réalise une série retentissante d'œuvres, « objets non identifiés » où la relation habituelle au spectacle est abolie et le statut traditionnel du spectateur anéanti. Que ce soit pour Le Misanthrope (1985), pour Venise sauvée d'Otway et Hofmannsthal (1986) ou pour Légendes de la forêt viennoise d'Horváth (1992), Engel invente des espaces où le spectateur est tellement impliqué que le spectacle en est métamorphosé : haras pour la pièce de Molière, brumes et clapotis pour Otway, « mise en cirque », qui allie la réjouissance populaire à la visée critique, pour Légendes.
Proche de la pensée situationniste de Guy Debord, Engel et son équipe cherchent à proposer un événement théâtral plus qu'une mise en scène. Ce fut le cas des plus grandes réussites : Week-end à Yaick (1977) à partir du poème Pougatchev de Sergueï Essenine, et Hôtel Moderne (1979) à partir de textes de Kafka. Après Strasbourg, il réalise un spectacle itinérant dans la région parisienne : Dell Inferno (1982) d'après Dante. Ce spectacle clôt un cycle : Engel revient progressivement au théâtre à l'italienne tout en continuant à chercher le réel sur le plateau, un réel plutôt cinématographique. Il se trouve dans une situation contradictoire à laquelle il n'a pas encore trouvé une réponse satisfaisante. En revanche, ses mises en scène d'opéra se distinguent par leur puissance expressive car le genre convient à cet artiste de l'excès (La Walkyrie, 1994, Don Giovanni, 1996). Il n'abandonne pas pour autant le théâtre : Le Baladin du monde occidental (Odéon-Théâtre de l'Europe, 1994), La Force de l'habitude de Bernhard, 1997. Ses plus importants spectacles lyriques affirment un univers de passions toujours incarné par une grande figure féminine : Salomé, lady Macbeth de Mzensk, la Walkyrie. Il est sans doute le dernier romantique du théâtre français. En 2006 sa mise en scène du Roi Lear dans les ateliers Berthier articulait parfaitement le lieu avec l'époque où il avait situé la fable (les années 1930). Servi par un Piccoli, souverain d'autorité blessée, ce fut un grand moment de théâtre. Dans le même lieu, aidé des deux maîtres que sont Riéti pour une scénographie gothique et monumentale et Diot pour des lumières d'outre-vie, Engel revient à Kleist (dont il avait monté Penthésilée au TNS en 1981) pour donner de La Petite Catherine de Heilbronn (2008) une version pénétrante où l'âme affleure.
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle