Scandinavie
(Le théâtre en)

Le théâtre scandinave dépayse beaucoup de Français de prime abord : nous sommes loin de la France de l'âge classique, de la morale des jésuites et même de l'inspiration des jansénistes, nous sommes dans une contrée luthérienne, d'ailleurs travaillée par le piétisme et diverses autres sectes. Il faut s'en souvenir, quand on lit Au-dessus des forces de Bjørnson ou Ordet de Munk et même Père, de Strindberg. Le piétisme scandinave du XIXe siècle se charge de philosophie (Grundtvig et Kierkegaard), inspire et oriente directement bien des créateurs dans leurs méditations chrétiennes, leurs spéculations existentielles et leur morale abrupte et totalement impérative. Cette tendance rigoriste peut se laïciser et changer de signe : le radicalisme de Georg Brandes n'est-il pas plus ou moins dérivé du kierkegaardianisme ? Le théâtre scandinave braque presque constamment ses projecteurs sur l'individu isolé ou se détachant volontairement lui-même de son milieu, soit qu'il célèbre la puissance du génie personnel, soit qu'il nous apitoie sur son destin ridicule ou tragique. C'est un théâtre de la vocation qui doit être considérée comme sacrée et de l'engagement individuel qui prend une valeur absolue. Ce théâtre sécrète certes une morale, mais une morale farouchement individualiste, il vante l'homme fort et réserve ses anathèmes à la « majorité compacte », informe, ignorante, aboulique quelquefois, mais cruelle presque toujours.

Le théâtre scandinave a traversé plusieurs périodes fastes. Pour le Danemark, ce fut d'abord le XVIIIe siècle avec Holberg et Wessel (tous deux Norvégiens de naissance d'ailleurs) puis, plus près de nous, entre 1920 et 1950, avec Munk, Soya, et Abell. Mais la plus grande présence de la Scandinavie dans le monde du théâtre se situe dans le dernier tiers du siècle dernier, avec les trois grands : Ibsen, Bjørnson et Strindberg.

Les Scandinaves, aujourd'hui encore, ne cessent d'être présents sur les scènes de toute l'Europe : les anciens sont considérés comme des classiques mais une jeune relève s'annonce. Leurs techniciens de la scène ont travaillé bien souvent pour le théâtre et pour l'écran ; c'est pourquoi certains de leurs noms nous sont devenus familiers, hier Sjöberg et Ingmar Bergman qui est dans son pays encore plus prisé pour ses éclatantes mises en scène que pour ses prodigieux films. Depuis Sjöberg et Bergmansont apparus quelques groupes de théâtre internationalement connus comme l'Odin teatret [voir Barba] ; depuis les années 1980 on peut parler d'un théâtre visuel scandinave représenté par Billedstofteater ainsi que par le Remote Control Production de Stockholm, l'Hotel Pro Forma du Danemark et le groupe de la collectivité Baktruppen de Norvège. On a presque pu parler d'une vague scandinave du théâtre visuel post-moderne inspiré entre autres par Robert Wilson et Pina Bausch. Ces groupes ont travaillé en dehors des grandes institutions et sont même plus connus à l'étranger que chez eux.

[Voir Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède (théâtre en)] ; [voir également Suédois (le théâtre suédois de Finlande)].

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Nord

Zone(s) géographique(s) :
  • Danemark
  • Finlande
  • Suède
  • Norvège
  • Islande
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026