Suède
(Le théâtre en)
Les premières représentations dramatiques se situent au Moyen Âge, dans le cadre de l'Église. Au XVIe siècle, on cite une Comédie de Tobie, due au réformateur Olaus Petri. Le théâtre scolaire prend la relève. Au XVIIe siècle, le théâtre de cour se déploie spécialement sous la forme du ballet (motifs empruntés au poète Stiernhielm ; Descartes invité par la reine Christine à écrire pour elle des prétextes de ballets). En 1699, Charles XII, se laissant convaincre par Nicodème Tessin, fait venir à Stockholm la troupe française de Claude Rosidor. Les comédiens de la troupe royale reçoivent d'autre part un public payant dans un local de jeu de paume (Bollhuset), aménagé à cet effet. Pris dans le tourbillon de diverses guerres, le roi ne peut plus, à partir de 1706, rétribuer ses comédiens, qui rentrent dans leur pays. Dans la période qui suit, la Suède recevra seulement à intervalles irréguliers diverses troupes étrangères. Les successeurs de Charles XII entretiennent de nouveau des comédiens français. En 1771, Gustave III veut mettre en honneur le théâtre national ; il fera de nouveau aménager Bollhuset en faveur d'une troupe de comédiens suédois, jouant dans la langue nationale. Le théâtre de cour s'épanouit dans les élégantes salles de Drottningholm et de Gripsholm. Le goût français classique est fortement implanté en Suède à la fin du XVIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, l'intérêt se porte essentiellement sur la production allemande (Schiller est l'objet d'une vive admiration ; Marie Stuart est joué par une jeune troupe habile et enthousiaste). À partir de 1850, l'inspiration sociale et le style réaliste prennent le dessus, bien que la vogue des drames historiques se maintienne encore. Notons que les théâtres royaux qui avaient été couverts par un privilège exclusif dans la capitale en 1799 se le verront retirer en 1842 ; les théâtres indépendants vont prendre un rapide essor.
Après s'être un moment attachés à Dumas fils, les Suédois vont, de 1880 à 1900, se tourner vers les « génies du Nord », Ibsen, Bjørnson, Strindberg (d'abord produits par August Lindberg et Nils Personne). À vrai dire, au Théâtre-Royal dramatique on se montre assez longtemps circonspect face aux novateurs. Ayant eu très jeune accès aux honneurs de la scène royale, Strindberg se verra ensuite relégué dans l'ombre, à l'époque cruciale de son « naturalisme ». On le soutiendra mieux à partir de 1900. Au tournant du siècle, en effet, le goût néoromantique et les tendances oniriques et mystiques prennent de plus en plus d'importance. Une génération de prestigieux comédiens surgit : Bosse, qui sera la meilleure interprète de Strindberg du vivant de celui-ci, Anders de Wahl, plus tard Lars Hanson à partir de 1910, qui sous la direction de Molander jouera les premiers rôles dans presque tous les drames du grand auteur. Le théâtre suédois s'adapte avec adresse aux exigences des écrivains expressionnistes (Lagerkvist, Hjalmar Bergman), sociaux (Vaernlund, Moberg), existentialistes (Dagerman). Il s'illustre dans la création collective, souvent d'inspiration politique (Andersson à Göteborg). Il importe de signaler l'audace et l'activité des scènes privées de la capitale, mais aussi le prestige mérité de plusieurs scènes provinciales, entre autres celle de Göteborg et celle de Malmö, magnifiquement équipée et qui fut, un certain temps, dirigée par Ingmar Bergman.
Le renouvellement du théâtre en Suède depuis les années 1960 est dû, pour une part, à des groupes libres comme Fria Pro teatern et Pistolteatern (le Théâtre du Pistolet, fondé en 1964). Ce dernier se rattache à une tradition populaire européenne (Dario Fo) tandis que Fria Pro Teatern est proche de l'esprit des revues politiques. Les acteurs, dans les années 1970, ont souvent quitté leurs théâtres institutionnels pour un travail plus libre. Quelques-uns d'entre eux ont ensuite pu former des théâtres régionaux comme Folkteatern (Théâtre populaire) à Gävleborg, et Skanska Teatern (fondé en 1972).
Klara Teatern à Stockholm, dirigé par Suzanne Osten, a beaucoup contribué au renouvellement du théâtre pour les jeunes. Un théâtre de laboratoire corporel est représenté par Jordcirkus (Cirque de la Terre) depuis 1977. À Luleå existe un théâtre régional du Nord, Norrbottenteatern, où a été joué pour la première fois Staffan Göthe, l'un des dramaturges suédois contemporains marquants. Citons également Stig Larsson, Magnus Nilsson et Agneta Pleigel. Les nouveaux metteurs en scène sont par exemple Peter Oskarsson, Hilda Hellweg et Staffan Waldemar Holm. Ce dernier a ouvert à Copenhague un nouveau théâtre expérimental scandinave inspiré par Strindberg, et est ensuite devenu directeur du Théâtre de Malmø. Ses mises en scène sont très post-modernistes dans leur goût des tableaux et d'une déconstruction du texte. En 2002, Holm est devenu directeur artistique du Théâtre Royal de Stockholm (Dramaten).
Le théâtre Suédois a été, en même temps, critiqué pour son conservatisme et sa facture traditionnelle ; il y a eu cependant de nouvelles initiatives comme, par exemple, de la part du groupe Teatermaskinen (La Machine du théâtre) installé dans un village à Bergslagen, au cœur de la Suède méridionale : on y poursuit un travail expérimental.
Bibliographie sélective
- Swedish Theatre , Niklas Brunius, Göran O. Eriksson, Rolf Rembe, Stockholm : The Swedish Institute for cultural relations with foreign countries, [1968]