SOYA Carl Erik
Auteur dramatique danois.
L'un des trois grands du théâtre danois entre 1930 et 1980.
Issu de la bourgeoisie, il s'est de très bonne heure mis à étudier le comportement de son milieu d'origine, cela déjà dans son savoureux roman semi-autobiographique, Min farmors Hus (La Maison de grand-mère). Quand il écrit sa première grande pièce, Parasitterne (Les Parasites, 1929), on risque de le prendre pour un rival de Hauptmann, mais sa tendance à un réalisme un peu sordide est corrigée par une volonté de maintenir ses distances avec le public (présence d'un couple de commentateurs qui s'interpose entre les acteurs jouant l'action principale et le public). Plus tard, il joue avec la psychanalyse, appliquant avec humour les doctrines de Freud au cas d'un ridicule et touchant tout petit Faust Hvem er jeg ? (Qui suis-je ?, 1932). Soya semble souvent préoccupé par les grandes questions philosophiques. Il ne se contente cependant jamais de représentation simpliste. Dès qu'il démontre en apparence une thèse, c'est qu'il se prépare délibérément à prouver le contraire. Chez lui l'ironie reste toujours maîtresse. Il se plaît à poser des données caricaturalement arbitraires pour aboutir à des situations limites et, par suite, à des conclusions paradoxales.
Soya est, avant tout, un expérimentateur qui joue avec tous les mécanismes du théâtre. Il ne répugne pas aux évocations érotiques poussées et les scènes de violence ne lui font pas peur. Il demande seulement aux spectateurs de ne pas prendre trop au sérieux l'action à laquelle ils assistent. Dans sa grande tétralogie Blindebuk (Colin-Maillard, 1943), il s'interroge sur les liens qui unissent l'homme à sa destinée (le pathétique destin ou le plus familier hasard) ; il tente de montrer dans une de ses pièces le contraire de ce que semble prouver la précédente (à savoir que « toutes les fautes se paient sur cette terre »). L'ensemble du cycle doit nous jeter dans un net embarras : où faut-il chercher la moralité ? Comment rendre service à son prochain : en suivant les règles de l'éthique habituelle ou en les bafouant délibérément ? La contradiction peut choquer. C'est bien le résultat auquel veut aboutir Soya. La pièce Frit valg (À vous de choisir, 1943) est fort divertissante. Alors Soya n'est-il qu'un simple amuseur ? Sans doute pas. À sa manière, il est aussi un moraliste, il détestait les régimes totalitaires. La comédie burlesque Umbabumba (1935) connut un grand succès. C'était en tout cas un homme qui aimait faire rire. Et ce faisant, bien souvent il oblige à penser.