Norvège
(Le théâtre en)

Le destin de ce théâtre est lié à l'évolution politique et linguistique du pays. De 1523 à 1814, la Norvège a vécu sous la dépendance du Danemark. Le danois était devenu la langue officielle. Au temps du régime danois, aucun théâtre régulier n'a pu fonctionner en Norvège. Tout au plus, dans quelques villes, put-on assister à des représentations données par des troupes ambulantes (en danois ou dans diverses langues étrangères). L'activité dramatique locale se déployait seulement dans les villes où s'étaient créées des troupes d'amateurs jouant irrégulièrement, devant des publics restreints, des textes faciles. Après 1814, le norvégien peut être parlé dans des manifestations publiques, des théâtres peuvent être ouverts. Mais il n'existe encore aucun texte norvégien et pas davantage de comédiens professionnels capables de s'exprimer en norvégien.

Une première tentative faite en vue de créer un Théâtre national norvégien se situe en 1827 à Christiania : un comédien-danseur, suédo-norvégien, Strömberg, ouvre un théâtre et crée un conservatoire dramatique. Il doit assez vite renoncer à faire prospérer ce théâtre. En revanche le chanteur-poète Ole Bullcrée en 1850 à Bergen un Théâtre norvégien (qui, plus tard, prendra le nom de « Scène nationale »). Il a, de plus, l'heureuse idée de choisir comme directeur artistique Ibsen alors âgé de vingt-quatre ans. Celui-ci occupera ces fonctions de 1852 à 1857 ; Bjørnson lui succédera (1857-1859) suivi d'un autre excellent auteur dramatique, Heiberg. Le théâtre de Bergen est placé sous le signe du romantisme national. Ibsen et Bjørnson y font représenter plusieurs de leurs premières pièces. Le théâtre de Christiania est longtemps placé entre les mains d'un directeur et de comédiens danois, on y joue longtemps en danois. Entre « danomanes » et artisans d'un théâtre vraiment norvégien les disputes sont parfois fort vives. Ces derniers obtiennent finalement la mise en place d'une troupe norvégienne homogène et la constitution progressive d'un répertoire norvégien. Certains Norvégiens voudront pousser plus loin la purification de leur langue (sa complète « dédanisation »). Alors apparaît une langue plus proche des parlers que l'on entend à la campagne, le landsmaal, ou « néo-norvégien ». À côté du Théâtre national (dont le magnifique bâtiment est achevé en 1899), se crée une autre scène, le Théâtre norvégien, dont la mission sera de jouer exclusivement en « néo-norvégien », soit des textes produits par des auteurs écrivant dans cette langue, soit des textes étrangers traduits, soit même des textes norvégiens classiques (riksmaal) – comme Peer Gynt – transposés en « néo-norvégien ». Un Théâtre national ambulant (Riksteater), créé en 1949, organise des tournées vers les agglomérations moyennes ou même plus modestes et y présente un répertoire riche et varié. Les métropoles régionales (Bergen, Trondheim, Stavanger) entretiennent d'excellents théâtres réguliers. Il faut aussi mentionner les théâtres indépendants de la capitale, dont le Nouveau Théâtre, qui fait connaître des jeunes auteurs du pays et d'importantes nouveautés étrangères. Depuis 1969, Oslo dispose d'un opéra qui mettra en valeur les voix éclatantes des cantatrices norvégiennes, qui, jusqu'alors, en étaient réduites à se produire à New York ou à Bayreuth.

Durant les années 1970, les théâtres régionaux ont apporté un renouveau au théâtre norvégien avec la fondation de compagnies comme celle de Tromsø : Hålogaland Teater (1971). Les acteurs des grands théâtres du sud du pays se sont installés dans le nord, et également dans le nord-ouest de la région de Bergen avec le théâtre régional de Molde, Teatret VŒrt. Ensuite s'est développé le « groupe de Molde », dirigé par Kjetil Bang Hansen, un des metteurs en scène les plus significatifs de Norvège dans le style poétique. Son groupe s'est installé successivement dans les théâtres de Stavenger (1976-1982) et de Bergen (1982-1985). Autres metteurs en scène contemporains : Stein Winge et Terje Mærli. Leurs travaux vont du style poétique post-moderne à un nouvel expressionnisme. On peut parler d'une modernisation de la tradition réaliste issue d'Ibsen. Comme en Suède sont apparus des groupes libres qui ont continué à expérimenter après que les théâtres institutionnels se furent de nouveau attachés à la tradition. On peut mentionner les noms de Perleporten (la Porte aux perles) et Grenland Friteater (le théâtre libre de Grenland), très significatifs des années 1970 et du début des années 1980. Au milieu de celles-ci sont apparus plusieurs théâtres animés de projets libres, comme Baktruppen (Troupe arrière) et Verdensteatret (Le Théâtre du monde). Parmi les dramaturges nouveaux, on peut surtout mentionner Cecilie Løveid, Knut Faldbakken, et, plus jeunes, Fosse et Finn Iunker. Metteurs en scène nouveaux : Kai Johnsen (il travaille avec Fosse), Bentein Baardson, Carl Jørgen Kiønig et Alexander Mørk Eidem.

Depuis les années 1990 une certaine influence russe a marqué les jeunes metteurs en scène qui ont fait leur formation en Russie, tel Yngve Sundvor et d'autres. Au Théâtre national d'Oslo (National theatret), c'est l'influence du théâtre allemand qui a dominé pendant la période où Eirik Stubø demeura directeur artistique (2000-2008). Un théâtre des minorités ethniques sami existe depuis 1981, avec un soutien de l'État depuis 1990. Un théâtre libre se produit en Norvège dans trois villes : BIT Teatergarasjen à Bergen, Black Box Teater à Oslo et Teaterhuset Avantgarden à Trondheim.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Nord

Zone(s) géographique(s) :
  • Norvège
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026