HOLBERG Ludvig

Bergen, 1684 - Sorö, 1754

Savant, historien et auteur dramatique danois.

Aux yeux des Scandinaves, il est le créateur du théâtre danois. En France, certains l'ont appelé le Molière danois. En fait, la création dramatique ne fut peut-être, dans son existence bien remplie, qu'un épisode très brillant mais bref.

Dramaturge à la demande

Il veut surtout jouer un rôle d'éducateur, d'éveilleur des consciences, moderniser ses compatriotes, les dégager du corset dans lequel les tenaient enfermés les institutions d'une monarchie désuète et les contraintes d'une stricte orthodoxie luthérienne. Norvégien de naissance, il quitte à dix-sept ans sa famille et Bergen, sa ville natale. Il part à l'aventure pour découvrir le monde et se former par lui-même. Il séjourne aux Pays-Bas, en Angleterre (Oxford), en France (plus longuement) et en Italie. Il se fixe à Copenhague (1717-1754). Il écrit de savants ouvrages (histoire, géographie), se fait une réputation d'érudit et devient professeur (métaphysique, puis littérature latine, enfin et surtout histoire) à l'université de Copenhague. Il se distrait de ses recherches historiques en observant le comportement de ses contemporains et en composant des satires et une sorte de Lutrin danois, Peder Paars (1719), qui remporte un franc succès. Le public danois apprécie la verve de cet observateur venu du dehors, de ce savant cosmopolite qui s'entend si bien à mettre en lumière, sans méchanceté, quelques-uns de ses travers et le ridicule de ses comportements archaïques. C'est pourquoi, tout naturellement, on se tourne vers Holberg lorsque l'on recherche un auteur comique qui fournirait un répertoire riche de couleur locale à la troupe de Capionet Montaiguqui vient de se constituer, dotée du privilège royal. Promu auteur comique, Holberg se met rapidement à la tâche.

Une riche production

Entre 1722 et 1750, il écrit ses principales comédies qu'il publie sous pseudonyme (quinze d'entre elles en 1723-1725, dix autres en 1731). Ses œuvres sont jouées sur la scène de Capion (Groennegade) en alternance avec des comédies de Molière : à L'Avare, donné dans une remarquable version danoise (1722) succède, Den politiske kandestoeber (Le Potier d'étain politique), c'est-à-dire « féru de politique ». Les deux comédies remportent l'une et l'autre un considérable succès. Pendant huit années, Holberg court le grand risque de se trouver journellement placé en compétition avec Molière. Le théâtre de Groennegade passe par bien des vicissitudes mais finit par s'imposer. Malheureusement, en 1728, un terrible incendie ravage et met en deuil Copenhague. Le théâtre n'est plus à l'ordre du jour. En 1730, le règne de Frédéric IV – si favorable au théâtre – s'achève. Christian VI (1730-1740), qui lui succède, est un piétiste austère, il n'est plus question de jouer la comédie quotidiennement à Copenhague. Frédéric V, qui monte ensuite sur le trône, s'emploie, au contraire, à faire construire un monumental théâtre régulier. Holberg reprend la plume mais ses dernières productions, les « comédies philosophiques », donnent peut-être à penser mais la verve comique de Holberg ne jaillit plus avec la même spontanéité vigoureuse qu'à la belle époque, entre 1722 et 1728.

Une galerie de portraits

Dans la création de cette première période, ce sont les comédies de caractère qui occupent la place centrale. Holberg présente à son public un personnage dominé par une idée fixe ou déformé par un travers qui l'empêche de vivre en harmonie avec le milieu ambiant : Herman von Bremen, le « potier d'étain politique », néglige ses tâches quotidiennes pour se plonger dans ses manuels et ses « romans politiques » et pour rêver de son propre avenir. Le petit bourgeois snob, Jean de France, est fier de pratiquer (bien incorrectement cependant) notre langue et il s'imagine participer à l'élégance et à la distinction de la société française ; Jakob von Tyboe, le faux militaire, se targue d'états de service qui ne sont pas les siens ; Vielgeschrey, « l'affairé sans affaires », ne cesse de dicter des ordres plus ou moins incohérents à ses secrétaires (ses activités commerciales sont purement fictives). Le milieu, la famille proche et les voisins essaient chaque fois de ramener à la norme morale – ou sociale – cet original et déraisonnable individu.

Toujours une intrigue matrimoniale vient corser l'affaire. L'original, fieffé égoïste, refuse d'accéder à la demande de sa fille lorsque celle-ci vient lui présenter l'élu de son choix. Il souhaite, en revanche, lui faire accepter un prétendant qui partagerait ses lubies. Il est donc nécessaire de monter une « machine » (c'est la « comédie dans la comédie »). Valets et servantes se chargent de l'affaire (Covielle ou Toinette s'appellent ici Heinrich et Pernille) ou bien on recourt à un « fourbe » professionnel (Scapin porte, chez Holberg, le nom d'Oldfux, « Vieux renard »). La « machine » finalement réussit : l'original finit par se convertir, la fille tombe dans les bras de son soupirant et tout rentre dans l'ordre.

Technique dramatique et qualités d'écriture

On ne doit pas pousser trop loin la comparaison entre Holberg et Molière. Quand il écrit ses premières pièces, Holberg est un débutant dans la création comique. Sa technique paraît parfois un peu simplette, certaines de ses créations ne dépassent pas le stade de la pochade. Mais il connaît bien le monde des artisans, des modestes commerçants, des gagne-petit, leur hiérarchie plus ou moins fragile, leurs prétentions plus ou moins bien justifiées. À chacun il fait parler sa langue. Il sait jouer sur le snobisme de la langue dans cette cité cosmopolite : l'allemand et le bas allemand, le danois cultivé et celui des bas-quartiers, tout se mêle à Copenhague ; les faux savants fabriquent leur latin, les prétentieux s'imaginent qu'ils parlent français. Ce que Holberg déteste et tourne en dérision, c'est la suffisance, le faux-semblant et toutes les formes de l'hypocrisie ou de la supercherie.

Une inspiration variée

Les Danois s'attachent à ces grandes pièces mais ils apprécient aussi quelques œuvres mineures, ces peintures de mœurs qui évoquent si bien le passé de leur pays : Maskerade (Mascarade), Kilderejsen (Le Voyage à la source) ou encore Barselstuben (La Chambre de l'accouchée), sorte de pièce à tiroirs comme Les Fâcheux de Molière, Den pantsatte bondedreng (Le Paysan pris en gage). Ici, nous apercevons un Holberg précurseur des grands vaudevillistes danois du XIXe siècle. Ce qui retiendra encore davantage l'attention des spectateurs étrangers, ce sont les œuvres auxquelles, en aucun moment, Molière n'aurait pu songer, par exemple Jeppe paa bjerget (Jeppe de la colline) qui, par sa structure, nous rappelle les hardiesses du baroque allemand et qui, par certaines analyses, nous rapproche du « jeu de rêve ». Il faut mettre encore à part Erasmus Montanus. Erasmus est certes un original pénible mais il se dresse seul face à la communauté qui n'a pas raison, même si elle a raison de lui. Erasmus est une sorte de petit Galilée… Nous frisons alors la tragédie.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Nord

Zone(s) géographique(s) :
  • Danemark
Période(s) :
  • 17ème siècle
  • 18ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026