Islande
(Le théâtre en)

Le théâtre islandais est tout jeune. Jusqu'au début du XXe siècle, il n'a existé en Islande aucune agglomération, aucune civilisation urbaine. Par ailleurs, avant de devenir un territoire rattaché à la Norvège, puis au Danemark, l'Islande avait été une république, donc, pas de cour, pas de théâtre de cour, pas de tournées non plus : les distances étant trop longues pour atteindre un public hypothétique. L'idée du théâtre ne pouvait être apportée que par des hommes qui revenaient de Copenhague, où ils allaient pour leurs études. Comme en Norvège, c'est le désir d'exalter la gloire de leur pays qui a poussé les écrivains islandais à produire des œuvres dialoguées, dans le style du romantisme national. En outre, des groupes d'amateurs commencent à se former à Reykjavik qui est, un certain temps, la seule ville digne de porter ce nom et qui devient par la suite la capitale. Ces groupes jouent majoritairement des textes simples, dans le style du vaudeville danois ou français, qu'ils adaptent aux conditions de vie en Islande.

En 1897, les deux groupes dramatiques les plus importants fusionnent, pour former la Société du théâtre. Ces hommes et ces femmes, qui croient à la valeur éthique et politique du théâtre, visent à atteindre un niveau professionnel. Les autorités municipales et nationales les encouragent et leur accordent des subventions. C'est cependant seulement en 1950 que se crée le Théâtre national à Reykjavik (la capitale dispose en outre, aujourd'hui, d'une scène privée) et les principales agglomérations sont en mesure, chaque saison, d'assurer quelques représentations régulières). À la fin du XIXe siècle, on commence à se détacher de l'édifiant romantisme national. Quelques Islandais établis à Copenhague écrivent des drames traitant des sujets islandais, mais en langue danoise et à l'intention d'un public danois. C'est le cas de Johann Sigurjonsson (1880-1919) et de Gudmundur Kamban (1888-1945), dont les succès s'échelonnent entre 1913 et 1940. Les succès qu'ils ont remportés sur les scènes danoises peuvent se prolonger grâce à des reprises en islandais dans leur propre pays. À date récente, un très grand romancier, prix Nobel en 1955, Halldor K. Laxness, s'est essayé au genre dramatique. Il ne semble pas y avoir fait merveille. En revanche, il s'est ingénié à faire passer sur la scène quelques éléments essentiels de son imposante création narrative et épique. Les auteurs dramatiques islandais d'aujourd'hui sont certes encore fascinés par le passé national, traité maintenant sur le mode poétique ou mythique. Mais ils concentrent surtout leur attention sur les problèmes inquiétant la société islandaise contemporaine. Ils gardent les yeux ouverts sur tous les schémas et modèles que leur offre la dramaturgie moderne, du réalisme direct et goguenard au surréalisme et même à l'absurdisme. En tout cas, le public islandais, curieux et raffiné, s'intéresse de plus en plus au théâtre, les statistiques en font foi. Les principaux metteurs en scène depuis les années 1950 sont entre autres Lárus Pálsson et Haraldur Björnsson. Les années 1960 ont été une période florissante pour la dramaturgie islandaise avec des écrivains comme Jökull Jakobsson (1933-1977) avec ses pièces impressionnistes et absurdistes, Oddur Björnsson avec sa tendance à la comédie populaire ; Gudmundur Steinsson (1925-1996), Olafur Haukur Simonarson (né en 1947) et Thorvaldur Thorsteinsson (né en 1960), qui abordent les dérives consuméristes et l'individualisme qui gagnent cette société sous l'effet d'une modernisation trop brutale. Ou encore Sigurdur Palsson (né en 1948) et Havar Sigurjonsson (né en 1958) qui, chacun à sa manière, portent à la scène des sujets encore tabous il y a peu, comme l'inceste, l'homosexualité, la criminalité. Qu'ils écrivent sur le mode réaliste ou onirique, poétique ou absurde, tous ces auteurs-là ont en commun de faire imploser la forme dramatique conventionnelle. Dans leurs dramaturgies, temps et espace se brouillent, vivants et morts s'entremêlent, rêve et réalité se télescopent.

Un nouveau théâtre professionnel a été fondé à Reykjavík (la Compagnie du théâtre) en 1963, dirigé par Sveínn Einarsson, puis de 1972 à 1980 par Vigídis Finnbogadóttir, qui sera présidente de la république d'Islande. Cette compagnie occupe un nouveau bâtiment depuis 1989 (théâtre municipal de Reykjavík). Sont apparues de nouvelles compagnies libres comme Frú Emilia (Madame Emilia), dirigée par le metteur en scène Gudjón Pedersenet le dramaturge Haflidi Arngrimsson. Ils sont inspirés par le nouveau théâtre expressionniste et le post-modernisme européen qui a marqué le théâtre islandais des années 1990. Il y eut ensuite un certain éclatement du théâtre vers la liberté des projets, comme en Suède.

L'exceptionnelle fréquentation du théâtre en Islande, qui dépasse en nombre annuel la totalité de la population de l'île, témoigne de la confiance accordée à l'art dramatique pour exprimer tant la grandeur de la nation que ses inquiétudes.

Bibliographie sélective

  • 20th century drama in Scandinavia , proceedings, of the 12th study conference of the International association for Scandinavian studies, Helsinki, August 6-12, 1978 ; edited by Johan Wrede, Ulla Terling Hason, Irmeli Niemi, Clas Zilliacus, Helsinki : University of Helsinki, Department of Swedish literature, 1979
    Ajouter à Mon Dictionnaire
    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36211237w
Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques

Zone(s) géographique(s) :
  • Islande
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026