BJØRNSON Bjørnstjerne
Poète lyrique, romancier, essayiste et auteur dramatique norvégien.
Un des quatre grands de la littérature norvégienne dans la période la plus faste de son histoire. Il compte aux yeux de ses compatriotes d'abord par sa stature politique et morale.
Un homme de conviction
Fils d'un dignitaire de l'Église d'État, après de bonnes études, il s'intéresse à la littérature et spécialement au théâtre, d'abord comme critique et comme auteur, puis comme praticien de la scène : il est appelé par Ole Bull à diriger le Théâtre norvégien de Bergen (1857-1859), ce qui le met en contact avec le répertoire moderne (notamment français), Scribe, Augier, Dumas fils, Legouvé et Sardou. Son œuvre dramatique s'articule en suivant le rythme de la vie nationale. D'abord, Bjørnson travaille à exalter le patriotisme norvégien. Il est pris dans le tourbillon du romantisme national. Pour le théâtre de Bergen, il écrit des drames inspirés par les sagas royales et les chroniques anciennes du pays. Mais il se hâte aussi d'ouvrir les yeux sur la Norvège contemporaine, dont l'expansion économique transforme l'aspect et qui tend aussi à se moderniser et à s'émanciper politiquement. Les prises de position successives de Bjørnson se reflètent dans ses drames : d'abord patriote avant tout, puis chrétien social (sous l'inspiration du Danois Grundtvig), il finira par rejoindre les éléments de la gauche, pour l'élimination des derniers éléments conservateurs du régime dano-norvégien. L'évolution sociale de son temps le passionne. De très bonne heure, il milite en faveur de la cause féministe, il travaille en particulier, en liaison avec Ibsen et les autres grands écrivains libéraux du temps, à faire réviser le statut matrimonial archaïque alors en vigueur dans le royaume.
Le héros selon Bjørnson
Le héros vers lequel se tourne Bjørnson, c'est l'homme qui clairement perçoit sa vocation, qui s'y attache et met tout en œuvre pour la remplir, c'est l'homme sincère et fort. C'est par exemple le prétendant au trône qui veut assumer la charge royale : voir dans les premiers drames le prince Sverre de Entre les batailles (Mellem Slagene, 1856), et le Roi Sverre (Kong Sverre, 1861). À l'époque moderne, le véritable homme fort, c'est le grand chef d'industrie qui s'est taillé son propre fief et se croit capable de l'arrondir à tout moment, comme le consul Tjelde dans Une faillite (En Fallit, 1873). Il se sait vulnérable, il juge normal de recourir à tous les moyens possibles pour protéger son œuvre. Bjørnson l'estime à cause de son esprit d'entreprise et de son courage mais il condamne sans faiblesse les manquements à la morale dont il se rend coupable. Dans les drames inspirés par les sagas, les héroïnes ont évidemment aussi une vocation – toujours la même –, celle de rejoindre l'homme aimé dont elles sont séparées, et devenir selon les cas (et la situation sociale) leur femme ou leur maîtresse. Toutefois, avec Marie Stuart (1864) nous est présentée une femme régnante susceptible d'assumer son destin d'une tout autre manière. Dans Une faillite, le consul Tjelde est d'abord écrasé par l'approche de la catastrophe qui le menace : ici, dans la période réaliste, Bjørnson est porté à donner aux femmes le beau rôle. Le féminisme de Bjørnson ne reste pas toujours conséquent avec lui-même : dans Leonarda (1879), l'auteur plaide la cause de la « femme qui a un passé ». Dans Un gant (En hanske, 1883), en revanche, il se fait le défenseur de la morale des dix commandements.
Les raisons du succès
Bjørnson a beaucoup produit. Assez souvent ses comédies et ses drames lui ont été dictés par une actualité brûlante. L'auteur n'a pas toujours pris le temps de travailler à la perfection de la forme. Plusieurs drames, même parmi les plus riches : le Roi (Kongen, 1877), Paul Lange og Tora Parsberg (1898), se réfèrent à des fluctuations historiques, à des conflits suédo-norvégiens ou à des anecdotes personnelles qui ne touchent sans doute plus guère qu'un public scandinave limité.
En revanche, Bjørnson ne manquera sans doute jamais d'émouvoir les spectateurs de tous les pays avec ses drames sociaux (Une faillite), et chaque fois qu'il cherchera à nous intéresser à des êtres dont la grandeur consiste à franchir les limites humaines, héros qui vont « au-delà des forces » (Au-delà des forces I, 1883 ; Au-delà des forces II, 1895 ; Over Aevne I et II). Ces personnages prométhéens paraissent provoquer le destin ou la volonté divine. Plusieurs auteurs dramatiques modernes se souviendront d'Au-delà des forces, Hauptmann dans les Tisserands, et, plus près de nous, Munk qui, dans Ordet, cherche à porter la contradiction à Bjørnson.
Bibliographie sélective
- Trois auteurs dramatiques scandinaves : Ibsen, Björnson, Strindberg devant la critique française, 1889-1901 , thèse par A. Dikka Reque,... ; Université de Paris. Faculté des lettres, Paris : H. Champion, 1930
- Rencontres et courants littéraires franco-scandinaves , actes, du 7e Congrès international d'histoire des littératures scandinaves, International association of Scandinavian studies, Paris, 7-12 juillet 1968, Paris : Lettres modernes, 1972
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Norvège
- 19ème siècle
- 20ème siècle