Finlande
(Le théâtre en)

Le long et sinueux développement du pays, d'abord sous la tutelle de la Suède, puis de la Russie, est finalement couronné par la déclaration d'indépendance du 6 décembre 1917. Toutefois, ce moment heureux est assombri par la désastreuse guerre civile du printemps 1918. En outre, la vie théâtrale a souffert, pendant les longues périodes de guerre et de famine. Le théâtre finnois prend son essor en 1860 pour ensuite gagner un public large et populaire. Le théâtre suédois y est aujourd'hui minoritaire mais contient des éléments vifs et originaux.

Un théâtre entre deux langues

Dès la première croisade suédoise au XIIe siècle, la Finlande est une province de la Suède avec une longue frontière instable vers la Russie. Puis, la guerre des années 1808-1809 fait du pays un grand-duché du tsar, résultat d'une entente entre Napoléon et Alexandre Ier à Tilsit en 1807.

Déjà en 1640 avec la fondation de la première université finlandaise, Åbo Akademi, le théâtre avait fait ses débuts. Les étudiants jouaient des comédies édifiantes de l'époque, en latin, suédois et finnois. Mais après deux décennies d'épanouissement, des interdictions frappèrent les spectacles. Puis, les guerres et les famines tarirent l'activité théâtrale pendant tout un siècle. Ce n'est qu'en 1760 que des troupes de comédiens d'extraction étrangère commencent à circuler dans le pays. Elles viennent de Suède, des Pays baltes et de la Russie. Tout le trésor dramatique européen est déployé sur des scènes provisoires. On présente les comédies de Molière, les drames de Shakespeare et les dramaturges allemands de l'époque. Tout cela en suédois, en allemand, en russe ou en français selon le langage de la troupe. C'est possible puisque le public est constitué par une aristocratie et une bourgeoisie polyglottes. Mais entre-temps la culture finnoise est refoulée.

Paradoxalement, ce n'est que sous la censure tsariste du XIXe siècle et grâce à l'aide des intellectuels finlandais de langue suédoise, notamment Runeberg, Topelius et Cygnaeus, que les idées nationalistes optant en faveur de la culture finnoise sont répandues et reconnues. La grande découverte de l'époque est la poésie épique finnoise qu'Elias Lönnrot recueille dans ses randonnées à pied à travers le pays. Avec ces récits, il rédige le Kalevala, l'épopée nationale (1835-1849). S'inspirant de cette découverte et de sentiments nationaux naissants, Zachris Topelius exige un théâtre d'extraction finlandaise en suédois et en finnois. Mais ses efforts n'aboutissent qu'à des projets pour Nya Teatern (le Nouveau Théâtre) qui ouvre ses portes en 1860 ; il sera détruit trois ans plus tard par un incendie. Le beau projet d'un théâtre bilingue s'écroule dans les flammes. Dorénavant, le théâtre finnois et le théâtre suédois de Finlande prennent des chemins différents.

Le finnois s'impose

À ses débuts le théâtre finnois ne trouve que des obstacles. Il a peu de ressources puisque la classe cultivée est de langue suédoise. Mais après les appels du philosophe Snellman, les intellectuels se convertissent en grand nombre à la langue finnoise. De ces milieux-là viennent Kaarlo Bergbom et sa sœur Émilie, qui avec ses amis travaillent pour enfin réaliser le théâtre finnois. Avec l'avènement de l'écrivain dramatique génial Kivi, ce théâtre prend véritablement naissance. Son Lea (1869) fait date : pour la première fois une actrice professionnelle joue en finnois. Il s'agit de Charlotte Raa, une Suédoise qui, mécaniquement, apprend son rôle par cœur. À la fin du XIXe siècle, l'activité théâtrale s'élargit dans tous les milieux sociaux et une différenciation en théâtres professionnels, théâtres amateurs et théâtres ouvriers se produit. Le Théâtre national de Finlande (Suomen Kansallisteatteri), est inauguré en 1902. Eino Kalima, qui avait fait ses études à Moscou, y met en scène Oncle Vania (1914) et la Cerisaie (1916) de Tchekhov en introduisant les méthodes de Stanislavski.

Entre les deux guerres le style est à l'expressionnisme avec des auteurs comme Olsson, Lauri Haarlaet Arvi Kivimaa. Le théâtre ne retrouve sa vitalité qu'à la fin des années cinquante après la visite du Berliner Ensemble. Le courant brechtien domine les années soixante avec des mises en scène d'Eugen Terttula et du futur jeune maître brechtien, ngbacka. Issus d'une politique de gauche, les théâtres dits « groupes indépendants » apparaissent à cette époque. Ceux-ci ont développé un théâtre pour enfants (voir Jeune public) de qualité. Aujourd'hui, la vie théâtrale est répandue dans tout le pays avec cent soixante-dix théâtres environ, un nombre en augmentation constante, pour une population de 5 millions et demi d'habitants. Il y a un réseau très étendu de théâtres municipaux, dont celui de Rovaniemi, beau bâtiment d'Alvar Aalto, qui se trouve en pleine Laponie, au nord du cercle polaire.

Le réalisme spécifique de Kivi, qui par certains aspects évoque un chamanisme ancien, se trouve fortement revitalisé par deux metteurs en scène, Holmberg et Turkka. La littérature dramatique est actuellement très riche. Citons seulement quelques auteurs : Eeva-Liisa Manner (1921-1995), Paavo Haavikko (né en 1931), Jussi Kylätasku (1943-2005), Pirkko Saisio (né en 1949), Johakim Groth (né en 1953), Laura Ruohonen (née en 1960), Reko Lundan (1969-2006, décédé au sommet de sa carrière) et Kristian Smeds (né en 1970). Juha Jokela (né en 1970) s'est fait remarquer au Teatteri Jurkka, minuscule théâtre d'Helsinki au répertoire novateur digne d'un théâtre national. Puis Anna Krogerus (née en 1974) qui, après son succès dans la capitale, s'installe comme dramaturge au théâtre municipal de Kajaani, un milieu créatif bien que disposant de peu de moyens, car situé dans une des régions pauvres du pays. Plusieurs auteurs sont metteurs en scène également : Ahlfors, Lundan, Jokela et Groth, créateur et animateur du Teater Mars, Smeds, fondateur du Teatteri Takomo et pendant quelques années, déjà légendaires, directeur du théâtre de Kajaani. Et les deux écoles de théâtre à Helsinki et à Tampere font éclore nombre de nouveaux dramaturges. Enfin, les femmes détiennent une position importante dans le théâtre finlandais. Déjà à la fin du XIXe siècle, Canth fut l'auteur dramatique dominant, suivie par Jotuni et Wuolijoki. Le nombre de femmes-metteurs en scène de premier ordre est considérable. Korhonen, en tête, suivie par Eija-Elina Bergholm, Laura Jäntti, Raila Leppäkoski, Kristin Olsoniqui crée un théâtre expérimental (Klockriketeatern, fondé en 1994) et Ritva Siikala qui invente Kassandra où les immigrés, ces nouveaux Finlandais, sont les acteurs.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Nord

Zone(s) géographique(s) :
  • Finlande
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026