Danemark
(Le théâtre au)

Aux origines on aperçoit des représentations de théâtre sacré (on cite un Ludus de Canuto, à la gloire du saint roi martyr Knud). Dès la fin du XVIe siècle, des troupes de comédiens allemands et surtout néerlandais sillonnent le Danemark. Par la suite, on pourrait sans doute déceler deux sources pour le théâtre danois : l'une est populaire, il s'agit des jeux de foire traditionnels à l'occasion de la fête de la Saint-Jean, les fidèles se portant en masse près d'une source bénéfique proche de Copenhague, chaque année, et des bateleurs profitant de l'occasion pour venir manifester leurs talents (ces jeux ont laissé des traces dans la littérature dramatique du pays, d'Oehlenschläger à Soya en passant par Johan Ludvig Heiberg ; voir aussi le champ de foire de Bakken, aux portes de Copenhague) ; l'autre est royale : les princes organisent de somptueux spectacles à l'occasion de mariages au sein de leur famille (Slottsholm, 1663). C'est le roi qui fonde le premier opéra dans sa capitale (1703). De 1669 à 1681, c'est la grande période des comédiens français. En 1719, un Allemand obtient du roi le privilège de représenter en langue allemande des mélodrames de style baroque (Haupt - und Staatsaktionen) qui feront tour à tour rire et pleurer un large public. En 1721, le roi Christian V disperse la troupe de comédiens français attachée à sa cour. Il donne à deux de ses comédiens un privilège très spécial : ils devront constituer une compagnie qui donnera des spectacles en langue danoise et formera des acteurs danois. Le Théâtre-Royal, qui sera ensuite fondé, créera et entretiendra une tradition classique.

C'est alors qu'intervient Holberg, le plus grand nom du théâtre danois. Ici va se développer une littérature dramatique parfois très somptueuse, surtout à l'époque romantique (Oehlenschläger, excellent poète lyrique, mais dont les compositions un peu molles font bien souvent penser à Grillparzer). Dans la période la plus brillante de son histoire théâtrale, la Scandinavie ne compte pas de grands auteurs dramatiques danois. Le Danemark a surtout produit les initiateurs spirituels qui ont inspiré les Ibsen, Bjørnson et Strindberg : Grundtvig, Kierkegaard et Brandes. Plus près de nous, entre 1930 et 1950, le théâtre danois va jeter un très vif éclat avec Munk, Soya et Abell. Munk tente le plus souvent de se rattacher à la tradition classique danoise, Soya et Abell, au moins à leurs débuts, prolongeraient sans doute plutôt la tradition de la Foire. Ce n'est pas sur le registre tragique que les auteurs dramatiques danois se sont le plus souvent distingués. Ce sont plutôt des observateurs pénétrants et sarcastiques qui nous aident à y voir plus clair au-dedans de nous et savent à tout moment déchaîner notre rire.

Après 1945, le théâtre privé Det Ny Teater (le Théâtre nouveau) de Copenhague a rivalisé avec le Théâtre-Royal et les théâtres provinciaux ont également attiré l'attention sur eux. Au théâtre municipal d'Aarhus, on assista dans les années 1960 au lancement du théâtre de l'absurde. C'est au théâtre municipal d'lborg que Kaspar Rostrup fit sa mise en scène majeure de Peer Gynt d'Ibsen (1970). Un mouvement de théâtre libre et de compagnies libres s'est manifesté dès les années 1960, et les metteurs en scène ont aussi beaucoup investi les théâtres de boulevard pour y faire des expérimentations avec le répertoire européen continental, surtout allemand. Pour rester en compétition, le Théâtre-Royal a ouvert en 1981 une scène annexe GrŒbrøderscenen (le Théâtre des frères gris). Ses acteurs et actrices majeurs sont Erik Mørk, Ebbe Rode et Ghita Nørbye, et ses metteurs en scène Sam Besekow, Joh Price, Edvin Tiemroth et Klaus Hofmeyer. La génération des metteurs en scène nouveaux qui ont cherché des espaces alternatifs est représentée par Peter Langdal et Ib Thorup. Østre Gasverk (l'Usine à gaz de l'est, transformée en théâtre) est un théâtre de ce genre. Les groupes libres s'appellent, entre autres, Fiolteatret à Copenhague, Joumfru Ane theatret (le Théâtre de la vierge Anne) à lborg et le group Odin teatret (voir Barba). Billedstofteater (Théâtre des Tissus souples) s'inspire, lui, de Robert Wilson et de l'esthétique des installations. En a résulté la vague du théâtre visuel maintenue par la troupe Hotel Pro Forma, dirigée par Kirsten Dehlholm. Durant les années 1990, Doktor Dantes Aveny, groupement d'acteurs et de metteurs en scène installé dans le Det Nye Teater (Le Nouveau Théâtre) de Copenhague a contribué à renouveler la dramaturgie actuelle. Le Théâtre royal de Copenhague s'est considérablement développé en annexant de nouvelles scènes. Les autorités politiques du Danemark ont réaffirmé la position dominante du théâtre institutionnel, au début des années 2000.

Bibliographie sélective

  • Le Théâtre moderne , hommes et tendances, études réunies et présentées par Jean Jacquot , Paris : Editions du Centre national de la recherche scientifique (Gap, impr. de L. Jean), 1958
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    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb33871580q
  • 20th century drama in Scandinavia , proceedings, of the 12th study conference of the International association for Scandinavian studies, Helsinki, August 6-12, 1978 ; edited by Johan Wrede, Ulla Terling Hason, Irmeli Niemi, Clas Zilliacus, Helsinki : University of Helsinki, Department of Swedish literature, 1979
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    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36211237w
Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Nord

Zone(s) géographique(s) :
  • Danemark
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026