Roumanie
(Le théâtre français en)
Si le théâtre roumain naît et se développe avec la renaissance nationale qui aboutira à la création de l'État roumain moderne, l'histoire de l'influence du théâtre français s'identifie à cette naissance même. Le théâtre français fut tout au long d'un siècle un des agents les plus actifs de cette prise de conscience. L'apprentissage de la liberté passa par Voltaire (ses tragédies, Mahomet, joué sous le titre de Fanatisme, et Zaïre) qui fut un des premiers auteurs dramatiques joués dans les principautés roumaines. Hugo est traduit très vite (en 1836) et l'école romantique favorise l'éclosion du drame historique national. Après d'innombrables vaudevilles et mélodrames on joue Dumas fils, Augier, Sardou. Le Boulevard parisien acquiert droit de cité sur les scènes roumaines, les troupes théâtrales françaises sillonnent le pays : l'apogée est atteint vers la fin du siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale (Yvette Guilbert, Sarah Bernhardt, Coquelin aîné et cadet, Mounet-Sully, le Théâtre-Libre d'Antoine, Lugné-Poe avec le théâtre de l'Œuvre, Sacha Guitry). Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale ces contacts se maintiennent, et la continuité des tournées étrangères, et surtout françaises, constitue une permanence de la vie théâtrale roumaine. Après la grande rupture due à l'instauration du régime communiste, les contacts reprennent : en 1961, le TNP de Vilar passe par Bucarest, deux ans après, Planchon ; l'année suivante, la troupe du théâtre de l'Odéon de Barrault joue Rhinocéros de Ionesco à Bucarest. Cette ré-ouverture vers le théâtre et le répertoire français coïncide avec une période de relative libéralisation du régime. On joue bien sûr les classiques, on retrouve l'élégance du répertoire français moderne avec Giraudoux ou Claudel, mais aussi de nouveau du Boulevard (Robert Thomas, Marc Camoletti, Marcel Mithois). On découvre Sartre (de Nekrassov à Huis clos), les dramaturges de l'absurde dont le conational Ionesco, Les Bonnes de Genet, mais aussi Anouilh (L'Alouette, Becket), Billetdoux (Tchin-Tchin), Pagnol (Topaze). Le répertoire français retrouve sa place sur les scènes roumaines, sans bénéficier cependant de la position de force d'autrefois : il ne constitue plus le miroir de référence obligé, mais l'empreinte de l'élan originaire demeure comme une des nostalgies dominantes.
Après la chute de la dictature communiste en 1989, le théâtre roumain désire ardemment renouer les fils d'un dialogue et surtout le sens d'une longue tradition francophile : naît ainsi à Bucarest, en 1990, un théâtre en langue française, comme une réponse immédiate à cette attente. Présent dans plusieurs festivals de la francophonie, ce théâtre joué en français, loin d'être un simple produit de luxe, destiné à l'exportation, a un public fidèle en Roumanie. Cependant, si les hommes de théâtre roumains circulent aujourd'hui librement et connaissent directement, et sous des angles différents, les scènes européennes, ils ne reviennent plus vers la France en élèves fascinés ou complexés : conscients d'apporter une voix propre, présumant parfois de leurs forces, ils espèrent s'imposer dans un partenariat nouveau.