BILLETDOUX François
Auteur dramatique et romancier français. Par tempérament, Billetdoux ne se situe pas dans le sillage du « théâtre de l'absurde* » et de l'incommunicabilité, mais les créatures bien vivantes qu'il projette sur scène, dans leurs démêlés laborieux avec les choses, par leur embarras de vivre et leur opacité même, posent à propos de la société contemporaine les questions fondamentales.
C'est par un travail minutieux sur la langue parlée que Billetdoux, homme de radio à ses débuts et acteur, aborde l'écriture dramatique. Son sens aigu du dialogue – jamais mécanique –, son goût d'une formulation à la fois aphoristique et baroque, son ordonnance savante du négligé verbal ne cesseront de s'affiner au fil des années. Après À la nuit la nuit (1955), Tchin-Tchin (1959) révèle au public un dramaturge-poète qui, avec une tendresse lunaire et ironique, se plaît à jouer la mélodie subtile des sentiments. L'auteur élargira son horizon, mais le schéma dramatique est désormais tracé : à la suite d'un événement-choc, ou d'une épreuve, les personnages, sur scène, se dépouillent peu à peu de leurs conventions. Ce sera le cas d'un enquêteur face à un fait divers qui débouche sur une parabole ( Va donc chez Törpe , 1961), de deux prisonniers ratiocineurs entraînés dans une épopée dérisoire et philosophique, un « western métaphysique » autour de l'idée de liberté ( Comment va le monde, môssieu ? Il tourne, môssieu ! 1964), d'une grande-mère qui, en cinq mouvements musicaux, bouleverse l'ordre familial ( Il faut passer par les nuages , 1964). Après le demi-échec de Silence, l'arbre remue encore (1967), Billetdoux ralentit son activité d'écrivain dramatique, mais son amour pour le théâtre – métaphore d'un monde en voie d'extinction – est intact : la Nostalgie, camarade (1974) a pour décor la scène d'un vieux théâtre à l'italienne menacé par les promoteurs. Réveille-toi Philadelphie (1981-1988) est une allégorie fantastique (un personnage vieillit sous nos yeux) qui bouscule les lois ordinaires de la dramaturgie.