SOBEL Bernard
Pseudonyme de Bernard Rothstein

Paris, 1936

Homme de théâtre et réalisateur de télévision français.

Pendant quatre ans (1957-1960), Sobel est assistant et membre du collectif de mise en scène au Berliner Ensemble, où il connaît Besson, Manfred Wekwerth et Peter Palitzsch.

Il y réalise sa première mise en scène d'une pièce de Brecht, L'Exception et la règle (1960). C'est là une expérience décisive pour la suite de sa carrière. De retour en France, il est assistant de Vilar pour la mise en scène d'Arturo Ui , et fonde en 1961 le théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis qu'il codirige pendant une courte période avec Jacques Roussillon. Peu après, il s'installe à Gennevilliers, salle des Grésillons, avec un groupe de théâtre amateur, qui donnera naissance en 1964 à l'Ensemble théâtral de Gennevilliers (ETG) : c'est le début d'une longue et belle aventure.

L'année 1970 voit son premier spectacle entièrement professionnel : Homme pour homme de Brecht. En 1977, la salle des Grésillons est aménagée par la municipalité de Gennevilliers. En 1983, l'ETG devient centre dramatique national, et le théâtre fait l'objet d'un agrandissement et d'une totale reconstruction : deux éléments décisifs qui permettront à Sobel et à son équipe de donner à leur action une vigueur nouvelle, qui ne s'est pas démentie jusqu'à ce jour, et à Gennevilliers de devenir un des lieux majeurs de la vie théâtrale française.

Sobel y réalisera une cinquantaine de spectacles, dont une trentaine de créations. Il s'intéresse tout particulièrement aux auteurs allemands, classiques ou contemporains. Dans un désordre oublieux : Brecht, avec l'œuvre de qui il entretient un dialogue régulier, Heinrich et Thomas Mann, Isaac Babel, Schiller, Kleist, Lessing, Lenz, Müller, Christoph Hein. Parmi ses mises en scène théâtrales marquantes, nous citerons notamment celles d'Édouard II de Marlowe (1981), L'Éléphant d'or de Kopkov (1982), Coriolan de Shakespeare (1983), Marie-Stuart de Schiller, en collaboration avec la Comédie-Française (1983), La Cruche cassée de Kleist (1984), Philoctète de Müller (1984, déjà monté, en création française, en 1970), Entre chien et loup de Hein (1984, création en France), L'École des femmes de Molière (1985), Le Cyclope d'Euripide, opéra de Betsy Jolas (1986), La Ville de Claudel (1986), La Charrue et les Étoiles d'O'Casey (1986), Nathan le Sage de Lessing (1987, création en France), Hécube d'Euripide (1988), Les amis font le philosophe de Lenz (1988, création mondiale), La Forêt d'Ostrovski (1989), Les Tu et Toi ou la Parfaite égalité de Dorvigny (1989, monté avec des élèves de collèges et de lycées techniques), La Bonne Âme du Se-Tchouan de Brecht, avec Sandrine Bonnaire (1990), Le Tartuffe de Molière (1990), La Vie de la révolutionnaire Vlassova de Tver, d'après La Mère de Brecht et Gorki (adaptation de Bernard Pautrat), avec Casarès (1991), Vie et mort du roi Jean de Shakespeare (1992), Cache-cache avec la mort de Mikhail Volokhov (1993), Le Roi Lear (sous le titre : Threepenny Lear) de Shakespeare, avec Casarès dans le rôle de Lear (1993), Cœur ardent d'Ostrovski (1995), Napoléon ou les Cent-Jours de Grabbe (1996), Zakat d'Isaac Babel et Les Nègres de Genet (1997), La Tragédie optimiste de Vsevolod Vichnievsky (1998), La Fameuse Tragédie du riche Juif de Malte de Marlowe (1999), Couvre-feu de Roney Brett (2000). Dons, mécènes et adorateurs d'Ostrovski (2006) est son dernier spectacle mis en scène au Théâtre de Gennevilliers, dont il quitte la direction en 2007.

Dans le domaine lyrique, on signalera notamment la création, au théâtre du Châtelet, de Il Prigioniero (Le Prisonnier) de Luigi Dallapiccola (1992).

Depuis 1970, Sobel travaille également pour la télévision, réalisant des films documentaires, des dramatiques, et assurant l'enregistrement (la re-création) de nombreux spectacles théâtraux ou lyriques mis en scène par lui-même (Édouard II, L'Éléphant d'or, L'École des femmes, Nathan le Sage, Hécube, la Bonne Âme du Se-Tchouan), ainsi que par Chéreau (Lulu, Peer Gynt, Lucio Silla, Wozzeck), Mnouchkine ( Méphisto, L'Indiade) ou Grüber (Faust, Bérénice). Il a également tourné, en 1989, L'Orestie d'Eschyle et Citizen Mann, sur un scénario de Michèle Raoul-Davis, dans la série Un siècle d'écrivains (France 3, 1996).

Sobel est un homme de théâtre exigeant. Résolument en marge des modes, c'est un fervent défenseur du théâtre public, pour qui, loin de toute compromission artistique, la mission de service public consiste à monter (à montrer) « des spectacles permettant la réflexion sur la vie de la communauté » (Sylviane Gresh). Théâtre/Public est d'ailleurs le titre-symbole de la revue éditée depuis 1974 par le théâtre de Gennevilliers. C'est un dialecticien, qui demande à l'art d'« apprendre à ne pas avoir de solution qui présupposerait l'arrêt de la recherche et de l'angoisse ». Sobel est, aux côtés de Vilar ou de Vitez, une des consciences morales du théâtre du XXe siècle.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 21ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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Bernard Sobel