EURIPIDE

Salamine, 484 - Pella, Macédoine, 406 av. J.-C.

Poète tragique athénien, héritier d’Eschyle et rival de Sophocle.

Comme Sophocle, il vit toute l'histoire de l'impérialisme athénien, depuis la fondation de la ligue de Délos (479) jusqu'à la crise de la guerre du Péloponnèse (431- 404). Mais il ne prend aucune part active à la vie politique de son temps et finit par quitter Athènes pour la Macédoine et la cour du tyran Archélaos. En revanche, la tradition lui prête des liens étroits avec les membres les plus éminents de l'intelligentsia de l'époque, d'Anaxagore à Socrate en passant par les sophistes.

Sa carrière

Il écrit moins de tragédies que Sophocle (quatre-vingt-douze pièces) et obtient, de son vivant, moins de succès que son rival. Mais son œuvre est bien mieux conservée : dix-neuf pièces nous ont été transmises sous son nom. Parmi elles un drame satyrique, le Cyclope, une œuvre qui tient lieu de drame satyrique, Alceste, et une tragédie dont l'authenticité est très contestée, le Rhésos. Les tragédies conservées empruntent leur sujet à la guerre de Troie et à ses séquelles : Andromaque (425), Hécube (424), les Troyennes (415), Iphigénie en Tauride (413), Hélène (412), Iphigénie à Aulis (représentée après 406) ; à l'histoire des Atrides : Électre (417-415 ?), Oreste (408) ; à l'histoire des Labdacides : les Phéniciennes (409 ou 408) ; à la légende des Argonautes : Médée (431) ; à la légende d'Héraclès : Héraclès furieux (417-415 ?) ; à des mythes attiques : Hippolyte (428), les Héraclides (430-428 ?), les Suppliantes (423), Ion (418-414 ?) ; enfin, au cycle de Dionysos : les Bacchantes, représentées après 406. À ces œuvres complètes, il faut ajouter des fragments plus nombreux et plus importants que ceux d'Eschyle et de Sophocle. Cette abondance s'explique par le succès posthume d'Euripide qui, à partir de la période hellénistique, éclipse nettement ses deux prédécesseurs.

Innovations et contrastes

Son œuvre se place tout entière sous le signe de l'innovation et du contraste. Innovation dans l'intrigue comme dans les caractères. Euripide a sans doute été le premier à faire de Médée la meurtrière de ses enfants, à mettre en scène la vengeance d'Hécube, à transformer Égisthe en un hôte accueillant et à prêter à Clytemnestre les remords de ce qu'elle a fait. Mais plus encore innovation dans la forme : son théâtre est le seul où un personnage peut crier à la mort sans mourir, où un récit de messager peut prendre la forme de mélodie exotique, où le chœur qui, par définition, ne quitte jamais la scène peut s'éclipser un moment pour pénétrer dans une maison.
Contraste entre l'homme et l'œuvre. Le moins engagé des trois poètes tragiques est aussi celui dont l'œuvre est le plus évidemment marquée par l'actualité.
Ses premières tragédies, les Héraclides et les Suppliantes, reflètent l'image d'une bonne Athènes qui protège les faibles et vole au secours du droit. Mais les Troyennes, qui fut représenté au lendemain de la répression cruelle qui s'abattit sur les Méliens, n'est qu'une longue dénonciation de l'horreur de la guerre et de son absurdité. Enfin les Phéniciennes, représenté après la crise de 411 et les premiers affrontements entre Athéniens, dénonce le danger que l'ambition des particuliers fait courir à l'État, tandis qu'Oreste met en scène une assemblée du peuple plus vraie que nature. Contraste entre le réalisme et le merveilleux. Euripide inscrit ses héros dans une réalité quotidienne : Électre va puiser de l'eau et Ion balaie le parvis du temple d'Apollon. Il les rapproche de l'humanité commune au physique comme au moral : Ménélas apparaît dans Hélène sous les traits d'un naufragé en haillons et Agamemnon d'Iphigénie à Aulis est une girouette asservie aux volontés de ceux qui l'ont élu à la tête de l'armée. Mais il sait aussi transporter les spectateurs, avec Hélène, loin du bourbier sanglant de la guerre de Troie, dans une Égypte de conte de fées.
Contraste entre le comique et le tragique. Dans les Bacchantes, le même personnage, Cadmos, est successivement burlesque quand il s'habille en bacchant et esquisse une danse en l'honneur de Dionysos et pathétique quand il revient sur la scène après avoir recueilli dans la montagne les lambeaux du corps de son petit-fils.
Contraste entre un intellectualisme hautement affiché et une démonstration non moins évidente de l'impuissance de la raison. On trouve en effet chez Euripide un écho des discussions qui passionnent les intellectuels de l'époque, des débats à la manière des antilogies de Thucydide où les arguments se répondent rigoureusement et des « sentences » qui permettent de dégager des vérités générales au-delà des cas particuliers. Mais on trouve aussi un intérêt surprenant pour les passions (dans Hippolyte comme dans Médée ou dans Hécube, il montre des femmes commandées par l'amour et la vengeance), les cas pathologiques (Euripide a décrit avec une précision quasi clinique les crises de folie et le retour des malades à la raison) et les revirements irrationnels (dans Iphigénie à Aulis, presque tous les personnages changent au moins une fois d'avis).
Contraste entre une conception épurée de la divinité hautement proclamée par exemple par Héraclès et des divinités qui se conduisent comme des humains et se laissent guider par le ressentiment comme Aphrodite d'Hippolyte ou Dionysos des Bacchantes.
Contraste enfin entre une évasion toujours temporaire dans l'univers harmonieux du mythe ou dans une extase dionysiaque qui instaure une communion parfaite entre l'homme et la nature, et une poétique de la rupture et de la dissonance, avec des intrigues à rebondissements et une juxtaposition abrupte de séquences hétérogènes.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Antiquité - 16ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • Grèce
Période(s) :
  • Antiquité grecque
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
26/05/2026

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