DEZOTEUX Michel
Metteur en scène belge
D'origine ouvrière, il est l'élève de Louvet. Reçu à l'INSAS en septembre 1968, il est profondément marqué par l'enseignement brechtien d'Arlette Dupont ; il passe un an, en stage, chez Barba, à l'Odin Teatret. Au retour d'un tour du monde des grands festivals de théâtre alternatif et underground, il fonde à Anderlecht, avec l'acteur Dominique Boissel, un lieu expérimental (un petit plateau, cinquante places) le Théâtre Élémentaire, dont le premier spectacle, Lenz ou la Neige dans la maison (1977), d'après Büchner, tente de concilier l'exigence littéraire avec une esthétique inspirée de Barba et de Grotowski. Suivent, sous l'influence de Vitez et sa proposition d'un théâtre-récit, un Crusoë Crusoë (1978) d'après Tournier et Defoe, puis Lettres de prison (1979) d'après Gramsci – signe d'une préoccupation et d'un engagement politiques toujours présents au cœur même de la démarche artistique –, et enfin Bovary d'après Flaubert (1981). Parallèlement il organise en 1980 le premier festival international de Théâtre de Bruxelles qui révèle au public belge quelques grands noms de l'avant-garde américaine : Phil Glass, Lucinda Childs, Trisha Brown, Mabou Mines. Sur la proposition de Sireuil, en 1982, il fonde et codirige, avec Delval, le Théâtre Varia. Ce nouveau lieu, à mi-chemin entre l'alternatif et l'institution, lui permet d'approfondir son intérêt pour le théâtre de Brecht, dont il exalte, par des équivalents rock et punk, la filiation avec l'esthétique expressionniste des cabarets munichois ou berlinois : Maître Puntila et son valet Matti (1987, au Théâtre National), La Noce chez les petits-bourgeois (1988) et Brecht-Machine (1990). Occasionnellement attiré par la relecture des œuvres du répertoire (La Cerisaie en 1984, Le Songe d'une nuit d'été en 1989 avec le Cargo de Grenoble, L'Éveil du printemps en 1993 et Mademoiselle Julie en 1994), Dezoteux se tourne plutôt vers les auteurs contemporains d'expression germanique : Susn d'Achternbusch (1983), La Mission (1986) et Zement (festival d'Avignon 1991) de Müller ; surtout il crée, en français, quatre pièces inédites de Schwab : Les Présidentes ; Extermination ou Mon foie n'a pas de sens ; Surabondant, insignifiant : informe et Ma gueule de chien (1995-1996), occasion pour lui d'exprimer avec encore plus d'audace son goût de l'hyperréalisme grand-guignolesque, son sens du grotesque et de la provocation, du rythme et de l'exagération, au service d'une stylisation haute en couleur de la vulgarité petite-bourgeoise et du fascisme ordinaire.
Assumant seul la direction du Théâtre Varia depuis 1994, puis la partageant de nouveau avec Sylvie Somen à partir de 2000, il demeure fidèle à ses choix initiaux, revisitant les classiques (Périclès, prince de Tyr et Richard III de Shakespeare, La Cerisaie de Tchekhov ou l'Avare de Molière) dans une esthétique héritée de l'expressionnisme à laquelle il rend un hommage plus précis avec Octobre et Les Têtes de cuir de Kaiser, tout en affirmant avec Bond (Sauvés) et Martin McDonagh (La Reine de beauté de Leenane) des choix contemporains toujours en écho avec l'actualité la moins complaisante de la Belgique d'aujourd'hui. La vie du Théâtre Varia s'enrichit sous sa direction non d'une troupe permanente, mais d'un « bureau d'acteurs » : Janine Godinas, Philippe Jeusette, Alexandre Trocki… qui remettent le jeu au centre de la création. Dezoteux est par ailleurs responsable de la section « interprétation dramatique » à l'INSAS où il donne cours depuis 1978.
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- Belgique
- Allemagne
- 20ème siècle
- 21ème siècle