BOND Edward

Holloway, Londres, 1934

Auteur dramatique anglais connu pour ses prises de position en faveur de la paix et contre l'autorité.

Bond est devenu, dans les années soixante-dix, le dramaturge engagé le mieux connu en Grande-Bretagne. Autodidacte, il affectionne particulièrement les poètes issus du peuple, tel John Clare, personnage central d'une de ses pièces les plus réussies, l'Imbécile (The Fool, 1975, créé en 1979 à la Comédie de Caen). Une touche de poésie est à la base de sa dramaturgie, toujours à la recherche de nouvelles façons d'allier l'efficacité poétique à la force politique. Le sentiment du poids écrasant de Shakespeare, handicap bien connu des dramaturges d'expression anglaise, a été transformé en principe créateur par Bond : Shakespeare devient le personnage central d'une pièce sur la responsabilité sociale de l'artiste : Bingo (1973). Bond a réussi le défi de l'adaptation moderne de Shakespeare avec son Lear (1973, m. en sc. Chéreau*, 1975) tiré avec grande originalité du Roi Lear. Cette pièce traite rigoureusement de problèmes sociaux et politiques sans négliger pour autant la réalité de l'individu. Bond a également exploré l'histoire et le théâtre japonais : Narrow Road to the Deep North (Chemin étroit vers le Nord profond, 1968) et The Bundle (le Paquet, 1977) ainsi que le théâtre classique, The Woman (la Femme, 1978). Mais sa pièce la plus connue demeure Saved (Sauvés, 1965) qui fut l'objet d'un procès lors de sa première mise en scène à cause d'un tableau où des jeunes, désœuvrés, lapident un enfant dans son landau. Souvent reprise, cette pièce garde son pouvoir perturbant autant par la force et l'honnêteté de son tableau du déclin moral de la classe la plus opprimée de la société anglaise, que par la mise en évidence des effets insidieux et dévastateurs de la guerre. Bond répond à la censure de cette fameuse scène de Sauvés avec une nouvelle pièce, Au petit matin (Early Morning, 1968), vaste panorama à teneur corrosive, qui révèle la corruption et l'avarice des icônes de la société victorienne, et notamment de la reine Victoria. Les débats et la polémique suscités par cette pièce conduiront, la même année, à l'abolition de la censure théâtrale. Avec la Mer (The Sea, 1973, m. en sc. Rosner, Toulouse, 1995), Bond termine ce cycle de pièces qui explore la possibilité de l'action humaniste dans un monde déshumanisant.

Avec Restauration (Restoration, 1980) et Été (Summer, 1982), Bond se penche sur le statut du citoyen et sa capacité de transformer la résistance en révolution : les problèmes d'ordre personnel et politique y sont savamment enchevêtrés. Dans ses pièces des années 1980, par exemple The War Plays (Pièces de guerre, m. en sc. Dubois, Caen, 1985), Bond se préoccupe surtout de la menace nucléaire. La première d'entre elles, Rouge Noir et Ignorant (Red, Black and Ignorant, 1984), montre que la vie peut être soumise à la violence à un point tel que la destruction nucléaire paraisse acceptable ; les deux pièces suivantes, la Furie des nantis (The Tin Can People, 1985) et Grande paix (Great Peace, 1985) reposent sur des thèmes récurrents dans l'oeuvre de Bond : comment préserver son humanité face à la fin du monde ; l'instinct de survie ; la destruction militaire ; l'avarice de l'industrie capitaliste. Thèmes qui réapparaissent dans Jackets ou la main Secrète (Jackets, 1983, m. en sc. Boëglin, TNP, 1993), Dans la compagnie des hommes (In the Company of Men, 1992, m. en sc. Françon, 1992, 1994 et 1997), Auprès de la mer intérieure (At the Inland Sea, 1995) et Café (Coffee, 1995).

Dans les années 1980, Bond s'éloigne du théâtre, son expressionnisme et son engagement ouvertement politique étant peu compatibles avec le goût britannique pour le naturalisme : The War Plays, monté par le Royal Shakespeare Company en 1985 est un échec. La nouvelle écriture de Bond tend à être plus souvent mise en ondes qu'en scène, par exemple Chaise (Chair, 2000, m. en sc. Françon, 2006) et Existence (2002). Dans les années 2000, ses pièces sont destinées principalement à être jouées en milieu scolaire devant des publics d'adolescents. Entre-temps, sa popularité en Europe croît. Il se rapproche en particulier du Théâtre national de la Colline à Paris.

Théoricien, scénariste, pédagogue, poète et auteur de plus de quarante pièces, Bond a fait sienne la leçon de Brecht (prendre conscience du monde comme il va pour peser sur son évolution) avec quelque chose de plus actuel dans la violence glacée et la désespérance lucide. Mais il substitue au détachement peu émotif des « effets de distanciation » de Brecht ce qu'il appelle les « effets d'aggravation » : images scéniques d'une violence sidérante, censées provoquer l'engagement du spectateur. En parallèle à sa production théâtrale, Bond développe une réflexion théorique. La Trame cachée (Hidden Plot, 2001) est une vaste méditation sur l'art dramatique. Qu'il manie le comique, la satire ou le drame, Bond, en marxiste déclaré, débusque les contradictions de la société avec une rigueur glaçante : « Mon théâtre est un combat, affirme-t-il, et la vérité est dangereuse » ; d'autant, dit-il encore, que « le mal est une forme d'innocence », imparable.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques

Zone(s) géographique(s) :
  • Royaume-Uni
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

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Edward Bond