Festival d'Avignon

Il existe en fait deux Festivals d'Avignon : le Festival proprement dit (ou « In »), fondé par Jean Vilar en 1947, et le Festival « Off » dont les débuts remontent à 1966.

Le Festival « In »

Créé par Vilar, le festival a acquis une dimension internationale. Son histoire appartient à celle du théâtre français puisque c'est sur le « chantier » d'Avignon que Vilar élabora la politique qu'il conduisit, à partir de 1951, au palais de Chaillot devenu, sous sa direction, le Théâtre national populaire.

Le commencement est modeste. René Char met Vilar en rapport avec Christian Zervos qui organise dans la chapelle du palais des Papes une exposition des maîtres de l'art moderne et souhaite un spectacle d'accompagnement. Vilar répond en proposant trois créations : Richard II de Shakespeare, jamais joué en France, Tobie et Sara de Claudel et la Terrasse de midi d'un jeune écrivain, Clavel. L'affaire est conclue grâce à l'aide du maire d'Avignon, le docteur Pons. « La semaine d'art » se déroule du 4 au 10 septembre. Les deux premières pièces sont jouées en plein-air, respectivement dans la cour du palais des papes et dans le verger d'Urbain V. La Terrasse de midi reçoit l'hospitalité du théâtre municipal. Sept représentations au total, 4818 spectateurs, dont seulement 2990 payants… et un déficit. Dès l'année suivante la manifestation devient festival d'Avignon et installe la semaine de représentations dans le mois de juillet dont les ardeurs solaires, malgré les bourrasques de mistral, se révélèrent propices.

La progression du nombre de spectateurs est ensuite constante. Vilar doit lutter cependant pour traiter directement avec la mairie et se débarrasser des tutelles dont on prétend le coiffer. La politique de Vilar à Avignon se définit par la volonté de création, l'élaboration d'un style de jeu particulier et un dialogue organisé avec le public. Vilar puise essentiellement son répertoire dans les grands classiques français et étrangers sans négliger pour autant les auteurs contemporains. Il excelle à mettre ces textes, sans les forcer, en résonance avec l'actualité de ces années-là. On a pu dire que les nuits avignonnaises de communion, sous un ciel d'étoiles, ont contribué à recréer une convivialité nationale que la guerre avait déchirée.

Descendant artistiquement du Cartel, Vilar pratique un théâtre sans artifice. La monumentalité du palais des Papes écrase la cour. Il en plonge dans l'ombre la haute muraille pour éclairer pleins feux ces tréteaux qui, en 1947, furent dressés avec l'aide des pontonniers du 7e régiment du génie. Sur cet espace nu, l'acteur a valeur emblématique. D'où l'importance des peintres créateurs des costumes (Gischia, Prassinos, Pignon, Singier) dans l'expression théâtrale avignonnaise. Une diction ample, un jeu légèrement hiératique, des musiques de scène d'une plaisante solennité confèrent à la représentation une allure de cérémonial. Les pèlerins du festival ne gagnent-ils pas la cour à l'appel des trompettes et sous l'envol d'oriflammes frappées des clés de la cité ? Dans le verger d'Urbain V, comédiens et metteurs en scène s'entretiennent familièrement avec les spectateurs. Plus tard, Vilar instaure les colloques dont les participants s'efforcent de formuler une politique culturelle intéressant l'État et les collectivités.

Aux temps héroïques succède l'âge d'or, les nuits inscrites dans la légende du festival, quand Gérard Philipe joue le Cid et le Prince de Hombourg. Le couple institutionnel TNP-Avignon fonctionne sans heurts, la troupe créant dans le palais des Papes ce qu'elle reprend ensuite à Chaillot. Mais, démissionnant du TNP en 1963, Vilar, du même coup, transforme le festival. Pendant quatre ans la troupe de Chaillot revient à Avignon avec Georges Wilson mais il fait appel à de nouveaux metteurs en scène comme Planchon, Lavelli ou Bourseiller, invente un nouveau lieu, le cloître des Carmes, propice à la recherche. Avec Béjart, il introduit royalement la danse dans la cour et avec la Chinoise de Godard, projeté dans le même lieu sur écran géant, il donne droit de cité au cinéma. Il a donc accompli sa révolution culturelle quand déferlent sur Avignon les contestataires de mai 1968. Le festival résiste malgré l'attitude ambiguë du Living Theatre de Julian Beck partagé entre le respect de son contrat et les tentations révolutionnaires. Quant aux chorégraphies de Béjart, elles intègrent dans la cour, en les absorbant, les assauts des manifestants. Un autre lieu est créé, le cloître des Célestins, où va se développer l'année suivante le théâtre musical sous l'impulsion de G. Erisman. Mnouchkine surgit dans la banlieue avignonnaise avec les Clowns de son Théâtre du Soleil.

Quand Vilar meurt, en 1971, le grand œuvre est accompli. Le festival, qui court de la mi-juillet à la mi-août, est devenu multiple et il s'est ouvert aux risques d'une création sans modèle de référence. Les grands intendants vont succéder au père fondateur. Puaux, fidèle assistant de Vilar, travaille avec la même équipe réduite et fervente. Il n'en poursuit pas moins l'élargissement du festival et son internationalisation. Il innove avec le théâtre du geste – mimes et clowns – et accueille dans la chapelle des Pénitents blancs le Théâtre Ouvert de Lucien Attoun. Il noue aussi des liens de complémentarité avec la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Il démissionne l'année où est inaugurée la Maison Jean-Vilar sur la réalisation de laquelle il avait veillé. Bernard Faivre d'Arcier (1980 à 1984) structure le festival en grande entreprise culturelle, en modernise la gestion et l'équipement. Il combine des opérations interdisciplinaires et de jeunes metteurs en scène répondent à son appel.

Alain Crombecque, nommé directeur du festival en 1985, l'oriente à la fois vers l'« événement » (la nuit du Mahabharata réglée par Brook dans la carrière de Boulbon ou celle du Soulier de satin mis en scène par Vitez dans la cour) et vers les « raretés » comme les Musiques des fleuves ou les célébrations intimes des poètes.

En 1992, Faivre d'Arcier, qui avait exercé les fonctions de directeur du Théâtre au ministère de la Culture (de 1989 à 1992) reprend les rênes du Festival d'Avignon tandis que Crombecque succède à Guy à la tête du Festival d'Automne… L'un et l'autre ayant, à coup sûr, apporté un souffle nouveau à Avignon où Puaux avait déjà accueilli un astre singulier, en 1976, avec Einstein on the Beach de Robert Wilson.

Le nouvel ancien directeur a présenté les œuvres du grand répertoire français comme Dom Juan (m. en sc. Lassalle), l'École des femmes (m. en sc. Bezace) ou le Roi Christophe de Césaire (m. en sc. Nichet). Il a ouvert l'Avignon mythique aux nouveaux comme Éric Lacascade, Novarina ou Py, accentué l'internationalisation en invitant des artistes tels Fabre, Castellucci ou Delbono et a intensifié les relations avec les pays de l'Est en accueillant le Lituanien Nekrosius, les Russes Vassiliev et Fomenko ou encore le Polonais Krzysztof Warlikowski. Il a également favorisé le croisement des disciplines : théâtre, danse, musique, arts plastiques, un bon choix pour l'avenir. À son actif également : la restauration de l'Hospice Saint-Louis et le réaménagement, en I982 et en 2001, de la cour d'Honneur.

En I996, le cinquantenaire était marqué par la convocation de grandes ombres ordonnée par Lavaudant, la cour d'Honneur devenant pour une nuit de mémoire et de célébration la cour des Comédiens.

En 2002, le ministre de la Culture avisait Faivre d'Arcier que son contrat ne serait pas renouvelé. Il lui restait donc à préparer activement la saison suivante… Elle s'annonçait fort riche, mais ce festival fut annulé en raison des manifestations d'intermittents du spectacle en désaccord avec le ministère de la Culture sur les indemnités de chômage. Avignon, où le Festival « off » continuait sa carrière, fut cet été-là le champ de débats passionnés entre les professionnels et le public. Les deux nouveaux directeurs, Vincent Baudriller et Hortense Archambault, issus de l'équipe Faivre d'Arcier, firent connaître d'emblée leur volonté de modifier le processus de programmation : « Chaque festival s'inventera en complicité avec un artiste associé pour tracer avec lui la carte d'un territoire artistique. » Ils énuméraient aussitôt les premiers pilotes de l'aventure : Ostermeier en 2004, et ensuite Fabre, Joseph Nadj, Frédéric Fisbach. Les trois premiers noms renvoyaient à un passé avignonnais signé de Crombecque et de Faivre d'Arcier. Pourtant, le programme élaboré avec Fabre – qui donna une version nouvelle de Je suis sang, déjà présenté en 2001 – parut beaucoup trop radical à certains spectateurs fidèles à un théâtre plus rationnel et plus lisible ; cela provoqua quelques remous. Mais ce qu'on a appelé l'affaire d'Avignon s'apaisa avec le succès du programme aux couleurs de Nadj, celui-ci triomphant en 2006 dans une performance réalisée avec le peintre espagnol Miquel Barceló. Quand ce festival s'acheva dans une ovation au terme de l'hommage à Vilar conçu par Py, qui retraçait l'histoire d'un homme et d'une idée et qui montrait dans le héros fondateur « l'imprécateur, le poète, le visionnaire », le public des anciens et des modernes a pu éprouver le sentiment que le Festival d'Avignon renouait les fils de son passé et de son avenir.

L'édition 2007 du festival a connu un taux record de fréquentation : 93 % et 100 000 billets vendus.

Le Festival « Off »

Au fil des ans le Festival « off » a pris des proportions tentaculaires. Né en 1966 du terreau constitué par les troupes permanentes d'Avignon qui décidèrent de continuer à jouer pendant la durée du festival (Benedetto, le premier, dans son théâtre des Carmes, puis Gelas en 1968 au théâtre du Chêne Noir, et encore Alain Timar avec le théâtre des Halles en 1975), le Off ne s'est guère étoffé avant 1970, année où il s'étend sur 12 lieux et accueille 40 compagnies. Leur multiplication ensuite est foudroyante : une centaine en 1983, 200 en 1987, 300 en 1991, 400 en 1998, 500 en 2000 et… 700 en 2007, qui présentent 970 spectacles et événements en 103 lieux divers qui vont du bar à la salle de classe, du chapiteau au garage (plus ou moins) aménagé. En 2008, le nombre de manifestations a atteint 1 024 ! Au total on compte, en Avignon et alentours, 75 lieux considérés comme de vrais lieux de spectacles.

Le « off » accueille presque trois fois plus de spectateurs que le In et l'offre est d'une diversité qu'on croirait propre à égarer : les valeurs sûres (Molière, Genet, Obaldia…) y côtoient de parfaits inconnus. Néanmoins, le public des jeunes et moins jeunes – parmi lesquels beaucoup fréquentent peu le théâtre – préfère le « off » car il offre la chance d'une découverte heureuse et d'une atmosphère conviviale. Cependant, pour essayer d'orienter les spectateurs, deux associations – Avignon Public Off (APO) et Avignon Festival et Compagnies (AFC) – se sont proposées ; leur rivalité a cessé en 2007 au bénéfice de la dernière nommée (34 000 cartes d'abonnement ont été vendues en 2006, qui a comptabilisé 710 000 entrées).

Pour les jeunes compagnies, la tentation du « off » est grande mais c'est le plus souvent un miroir aux alouettes qui obère lourdement les budgets (la location des lieux est prohibitive) et suscite peu de retours en termes de reconnaissance ou de contrats.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Institutions et lieux

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026