LOUVET Jean
Auteur dramatique belge.
Né en basse Sambre, à la limite du bassin houiller, Louvet, fils d'un ouvrier mineur, a vécu une enfance marquée par la guerre, la peur et la faim. Écrire pour le théâtre apparaît alors comme une riposte à l'aliénation sociale.
L'œuvre de Louvet comporte aujourd'hui une quinzaine de pièces d'une remarquable conséquence, certaines patiemment réélaborées pour mieux répondre au défi des circonstances. Les premières – le Train du Bon Dieu (1962, dernière version 1976), l'An I (1963), Mort et résurrection du citoyen Julien T (1967) – s'inscrivent dans un registre post-brechtien, qui n'est pas sans évoquer Gatti. Constater, protester, raviver la mémoire et l'imagination, rendre la parole aux sans-voix, aux victimes d'un progrès qui s'est dévoyé, tel est le projet initial. À partir du milieu des années soixante-dix, conformément à un trait d'époque, ce projet s'infléchit dans le sens d'un retour au vécu individuel, à la subjectivité (Conversation en Wallonie, 1978 ; l'Homme qui avait le soleil dans sa poche, 2e version, 1982 ; Un Faust, 1986 ; Jacob seul, 1990). Il s'agit toujours, néanmoins, d'exposer le privé – entre autres le délabrement psychique et affectif, la perte du symbolique qui affectent notre monde contemporain – aux lumières d'un espace public régénérateur : espace d'un théâtre circonscrit à la Belgique (en particulier à la Wallonie, et souvent du point de vue du prolétariat wallon), mais non pour autant limité. Dans une de ses plus récentes pièces, Un homme de compagnie (1994), Louvet met en scène, face au chômage de masse et aux processus de marginalisation ou d'asservissement qu'il entraîne, un nouveau Diogène qui parle, en fait, à l'Europe entière. Au total, l'auteur se réclame d'un réalisme critique, où l'écriture, « tremblée », voire « trouée », joue d'un effet de reconnaissance constamment remis en question, qui renvoie une « réalité discutable » à un public aussi bien populaire qu'intellectuel. Cette esthétique, qui ressemble fort à une politique, est présentée par Louvet lui-même avec la plus grande acuité dans le Fil de l'histoire – Pour un théâtre d'aujourd'hui (1991). La production de Louvet est prolifique : entre autres, Simenon (1994), l'Annonce faite à Benoît (1996), le Sabre de Tolède, Devant le mur élevé (2000, m. en sc. Sireuil).
Bibliographie sélective
- L' Ouvrier au théâtre de 1871 à nos jours , étude collective de l'équipe "Théâtre moderne", ... Laboratoire de recherches sur les arts du spectacle du CNRS, Louvain-la-Neuve : Cahiers théâtre Louvain, 1987
- Lecture de Louvet , suivi d'une bio-bibliographie de Jean Louvet, Etienne Marest, Carnières-Morlanwez : Lansman, 2001
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Belgique
- 20ème siècle
- 21ème siècle