Humaniste
(Tragédie et Comédie)
On désigne ainsi le théâtre apparu en France au milieu du XVIe siècle, qui marque la naissance du théâtre français moderne. Œuvres des écrivains de la génération de la Pléiade, qui cherchaient à « restaurer » la littérature française en faisant « renaître » le théâtre des Anciens, ces tragédies et ces comédies de lettrés se présentent d'abord comme des imitations des pièces antiques, dont elles reprennent la structure, les règles et le but moral.
Si le premier auteur d'une tragédie originale française est le protestant de Bèze (Abraham sacrifiant, Genève, 1550), l'« inventeur » de la tragédie régulière à l'antique, la tragédie humaniste, est Jodelle (Cléopâtre captive, 1553). Sa formule, reprise par les auteurs de la génération suivante (voir Garnier, repose sur le découpage de l'intrigue en trois moments (expectatio, gesta, exitus), sur la division de l'action en cinq actes séparés par des chœurs, et sur un mode d'expression dominé par les monologues et les longues tirades déploratifs ainsi que par les récits. Cette rareté de la parole alternée résulte de la conception même du genre tragique : tout s'est joué au début et la suite n'est que l'attente d'une issue qu'on sait funeste ; l'action se réduit donc à la « longue déploration d'un malheur ».
Les comédies, même si elles ne rompent pas aussi franchement avec la farce que les tragédies avec le mystère (on le voit en particulier dans la première, l'Eugène de Jodelle encore, 1552), se présentent aussi comme œuvres de « renaissance ». En fait, malgré de nombreuses traductions de comédies latines, le retour à l'Antiquité se fait surtout au travers des comédies italiennes « érudites » de la première moitié du XVIe siècle : sans parler des adaptations de Larivey, les emprunts fourmillent même dans les meilleures comédies originales (les Contents de Turnèbe, 1581).
Destinés aux lettrés, ces deux genres renaissants périclitent à la fin du siècle : la comédie s'efface devant la farce toujours vivace et devant le genre nouveau de la pastorale, et il faudra attendre Rotrou et Corneille (1629) pour la voir réapparaître sur de nouvelles bases. La tragédie régulière cède la place à la tragédie irrégulière et à la tragi-comédie, qui récusent les règles, la fin morale de l'art, les sujets antiques : liberté de composition, mouvement, horreur et violence, sujets romanesques tournent le dos à l'esprit humaniste.
Bibliographie sélective
- La Tragédie française de la Renaissance... 2e edition... , Raymond Lebègue,..., Bruxelles, Office de publicité, 1954. In-16, 122 p., portr. [Acq. 5037-55] -Xb-
- Le théâtre comique en France de Pathelin à Mélite , Raymond Lebègue,.., Paris : Hatier, 1972
- Le théâtre en France au XVIe siècle , Madeleine Lazard,..., Paris : Presses universitaires de France, 1980
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
- France
- Renaissance