Tragi-comédie

Les doctes de la première moitié du XVIIe siècle ne définissent la tragi-comédie que par rapport aux autres genres, et suivent souvent l'abbé d'Aubignac en en faisant une tragédie à fin heureuse. Définition peu pertinente puisque les théoriciens acceptent aussi que des tragédies n'aient pas une fin sanglante. Certaines définitions larges l'envisagent comme un croisement entre tragédie et comédie. Pourtant, des intellectuels italiens de la Renaissance, comme Guarini, veulent échapper aux genres définis par Aristote et encouragent la naissance de genres originaux comme la tragi-comédie ou la pastorale, destinés par des auteurs modernes à un public nouveau.

En France

En France, tous les jeunes auteurs qui écrivent pour le théâtre dans les années 1630 se reconnaissent dans ce genre moderne et libre. Les intrigues supposent la présence de héros de rang social élevé, et laissent beaucoup de place au hasard et à l'aventure. L'action se déplace dans plusieurs pays, dans des lieux divers, et mêle des personnages de toutes origines. Discontinue, imprévisible, volontiers romanesque, héroïque et lyrique, la tragi-comédie est destinée à plaire à un public qui goûte les événements spectaculaires et se soucie peu des règles classiques.

Par la suite, et sous la pression des doctes, la tragi-comédie s'assagit. On peut même voir dans le drame romantique ou dans le drame bourgeois une sorte de fidélité à un genre mixte. Mais dans son essence, la tragi-comédie est liée à la naissance du goût et de la sensibilité baroques, et à une époque, celle de Louis XIII.

En Angleterre

Les dramaturges anglais du XVIIe siècle, inspirés par Corneille comme par Shakespeare, répugnent à l'absolue division des genres. Ils unissent action héroïque et intrigue comique. Nahum Tater écrit King Lear : Lear survit et Cordélie épouse Edgar ! Lee fait de La Princesse de Clèves une tragi-comédie étrange, cynique et libertine (1681). Dryden parvient mal à unir tragique et cocuage dans The Spanish Fryar (le Religieux espagnol). Shadwell donne une version fuligineuse de Don Juan : son Libertin (1675), hobbésien, tragique et ironique. Ralentie par la loi de censure, la croissance du genre, exotique chez Murphy, historique chez Cumberland, se poursuit. Avec ses émotions spectaculaires (chez H. More), la tragi-comédie cède au mélodrame.

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Zone(s) géographique(s) :
  • France
  • Royaume-Uni
Période(s) :
  • 17ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026