Acte
À l'origine, partie d'une pièce de théâtre dans laquelle se déroule l'action, par opposition aux passages chantés et dansés (le chœur ou tout autre intermède) qui l'interrompent et la divisent ainsi en un nombre d'actes déterminé.
Cette division obéit à des considérations à la fois esthétiques et pratiques. Sur le plan théorique, seule compte la division en cinq actes, décrétée par Horace, et qui fut la marque du théâtre latin avant d'être celle du théâtre de la Renaissance et du théâtre classique français. Le théâtre grec ne connaissait que la division en épisodes (de deux à six) rythmés par les apparitions du chœur ; le théâtre du Siècle d'or espagnol divisera ses pièces en trois « journées », et le théâtre des XIXe et XX e siècles préférera la composition en tableaux. La division en actes s'est trouvée renforcée par des raisons pratiques : nécessité de moucher les chandelles et de changer les bougies – ce qui explique qu'un acte dépasse rarement au XVIIe siècle 400 vers – et d'offrir une récréation à un public turbulent. Aussi les séparations entre les actes sont-elles de vrais entractes, meublés par des pantomimes, des intermèdes, ou, au moins, par quelques violons. Enfin, la volonté de filiation esthétique avec l'Antiquité latine explique que le théâtre classique français se soit astreint dans ses « grandes pièces » (tragédie, tragi-comédie, comédie, mais aussi tragédie lyrique) à cette division en cinq actes. Mais il semble qu'on se soit mis progressivement à raisonner à partir de l'unité de base, l'acte. D'où l'invention de la comédie en trois actes, que prisera Molière, et surtout le rhabillage de la farce devenue « petite comédie » en un acte.
Du point de vue structurel, cette division en cinq actes entre en contradiction avec le découpage logique de l'intrigue dans le théâtre antique et le théâtre de la Renaissance, qui est ternaire (protase, épitase, catastrophe ; expectatio, gesta, exitus). Aussi la tragédie humaniste a-t-elle souvent placé la péripétie tragique à l'acte IV, réservant le dernier acte aux lamentations. Avec l'invention de l'action dramatique au XVIIe siècle, et le modèle tragi-comique qui emprunte aux romans leurs rebondissements, péripétie et dénouement se séparent : la péripétie reste à l'acte IV, qui devient l'acte des rebondissements, et le dénouement a lieu le plus tard possible à l'acte V. De la même manière, l'élément central se divise : l'acte II voit l'action se nouer, tandis que l'acte III est véritablement celui de la crise.
Théorie et pratique théâtrales se sont efforcées au XVIIe siècle de soumettre le fonctionnement des actes au critère omniprésent de la vraisemblance en édictant deux grandes règles. L'action entre deux actes ne doit pas être enchaînée (il faut suggérer que l'action se poursuit durant les intervalles de la représentation), et l'acteur présent à la fin de l'acte précédent ne doit pas reparaître au début de l'acte suivant (il est supposé être encore en train de faire ce pour quoi il était sorti). Quant à l'organisation interne de chaque acte, le nombre de scènes est variable (de deux à dix et plus), étant entendu que l'une d'entre elles doit être le sommet autour duquel s'organisent les autres, et que la dernière doit créer un effet de suspension. La scène médiane de l'acte III est souvent l'axe de symétrie de l'action dramatique tout entière.
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques