LAVAUDANT Georges
Acteur et metteur en scène français.
Après des études de lettres inachevées, sans autre formation théâtrale que deux stages estivaux Jeunesse et Sports, au cours desquels il rencontre quelques-uns de ses futurs compagnons de route (Garcia-Valdès, Morier-Genoud, A. Perret), il rejoint en 1968 le Théâtre partisan, troupe semi-professionnelle issue du théâtre universitaire, qui fonctionne avec une direction « collégiale » ; elle ne touchera sa première subvention qu'en 1973. Les premiers spectacles se disent « créations collectives ». Ce sont des collages de textes divers : Éléonore ou L'Étrange Rêve de six heures du matin d'après Goldmann, Le Clézio, Ronald Laing (1972), La Mémoire de l'iceberg d'après Marx, Goldmann, Borges (1974). Mais avec Lorenzaccio (1973), puis Le Roi Lear (1975), Lavaudant s'affirme comme metteur en scène – et Vergier, qui signera désormais tous les décors de ses spectacles, comme scénographe. En 1976, il devient codirecteur avec Monnet du Centre dramatique national des Alpes (CDNA). C'est avec Palazzo Mentale , un collage de très nombreux auteurs : Borges, Joyce, Kafka, Proust… réalisé par Pierre Bourgeade, qu'il atteint en 1977 la notoriété (spectacle-fétiche repris en 1986 pour fêter les dix ans au CDNA et dont Lavaudant fera son premier film). Les spectacles les plus marquants sont ensuite : Maître Puntila et son valet Matti (1978) de Brecht, Les Cannibales (1979) d'après Chandler, Cioran, Pasolini, Les Géants de la montagne de Pirandello (1981), Richard III (festival d'Avignon, 1984), Le Balcon de Genet à la Comédie-Française (1985).
En 1986, il est nommé codirecteur du TNP de Villeurbanne. Il revient à Brecht avec deux pièces présentées dans le même décor : Baal et Dans la jungle des villes. Des voyages au Mexique, pays qu'il aime avec passion, lui inspirent l'écriture de deux pièces, qu'il met en scène lui-même : Vera Cruz (1988) et Terra incognita (1992). Il a aussi monté quelques opéras, dont Roméo et Juliette de Gounod (Opéra de Paris, 1982) et plusieurs créations contemporaines.
La plupart des spectacles de Lavaudant de cette période ont en commun de proposer un univers qui oscille entre le rêve et la réalité, qui joue sur l'illusion et l'imaginaire. Spectacles pleins de références empruntées, non pas à l'histoire du théâtre, mais plutôt à la littérature et à la peinture contemporaine (hyperréalisme américain), au cinéma, au jazz et au rock, à la bande dessinée. Lavaudant aime à mettre en scène les mythologies modernes : New York, Berlin, le béton, les blousons de cuir, les néons, le luxe des smokings et des robes du soir, le roman policier qui forme la trame de plusieurs de ses spectacles. C'est pourquoi il affectionne lescollages et les « métissages », qui lui laissent plus de liberté pour exprimer ses visions personnelles et peuvent faire la part belle à la musique et à la danse. Quand il met en scène des œuvres du répertoire, Lavaudant se les approprie. Il monte Brecht sans aucune référence à la tradition brechtienne : d'où la radicale nouveauté de son Puntila , joué dans un unique décor d'autoroute et où les scènes des fiancées sont traitées en comédie musicale américaine (sur une musique originale de Gérard Maimone). Lavaudant n'a jamais monté d'œuvres contemporaines déjà existantes, mais il impulse de nouvelles créations, avec des pièces « commandées » à des auteurs-compagnons de route : Pandora de Jean-Christophe Bailly (1992) ; Lumières I Près des ruines et Lumières II Sous les arbres, créées en 1995 par un collectif d'artistes comprenant outre Lavaudant et Bailly, Deutsch et le chorégraphe Jean-François Duroure. Dans son rapport aux grands textes, Lavaudant évolue vers un recentrement de la mise en scène autour de l'approfondissement du jeu de l'acteur et un dépouillement du décor (Platonov, en 1990 ; Hamlet, à la Comédie-Française en 1994) ; il manifeste, depuis qu'il est entré dans l'institution, un souci plus marqué du public. Sa mise en scène d'Un chapeau de paille d'Italie (1993) a démontré, d'une façon quelque peu inattendue, une belle verve comique. Mais il reste perçu principalement comme un créateur d'images superbes, souvent d'un onirisme glacé, dont la gratuité même devient objet de fascination pour le spectateur, au détriment du sens.
En mars 1996, Lavaudant prend la direction de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, à la suite de Strehler et de Pasqual. Il poursuit son alternance entre textes du grand répertoire mondial – il n'est pas de ceux qui cherchent à exhumer des œuvres – et créations. Son premier spectacle, Le Roi Lear, où « le grand tragique frôle toujours le grand comique », connaît un beau succès critique et public. En revanche, Histoires de France, écrit avec Deutsch, spectacle qui se veut « inventaire intuitif, rêve éveillé » de la génération de 1968, a beaucoup déçu (1997). Après un retour à Brecht, il monte l'Orestie (1999), puis La Mort de Danton (2002). Cependant, d'importants travaux de rénovation de l'Odéon (2002-2006) obligent l'équipe à inventer un nouveau lieu de représentation, les Ateliers Berthier, qui resteront comme seconde salle de l'Odéon après la réouverture de ce dernier. En 2004, il y met en scène La Cerisaie et convainc Garcia-Valdès de revenir au théâtre pour la reprise de La Rose et la Hache, un condensé de Richard III écrit par Bene, spectacle d'une grande beauté plastique et d'une grande intensité de jeu (lui-même reprend le rôle de la reine Marguerite). Pour inaugurer l'Odéon rénové, il revient à Hamlet avec une adaptation personnelle libre, emblématique de son art théâtral : Hamlet (un songe).
Sans troupe fixe, Lavaudant reste toujours fidèle à sa « bande » de comédiens (Morier-Genoud, Gilles Arbona, Anne Alvaro, Marie-Paule Trystam , Patrick Pineau, Sylvie Orcier…).
En tant que scène européenne, l'Odéon accueille ou coproduit des mises en scène de Strehler, Wilson, Bene, Warner (Maison de poupée), Castellucci. En 2007, la direction de l'Odéon échoit à Olivier Py.
Classement
Spécialité : 21ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle