LAVELLI Jorge
Metteur en scène et directeur de théâtre argentin, naturalisé français en 1977.
Issu d'une modeste famille d'origine italienne, Lavelli entreprend, après le baccalauréat, des études de sciences économiques, avant de rejoindre, comme comédien, certaines compagnies indépendantes, très actives, de sa ville natale. C'est ainsi qu'il tient le rôle de Treplev dans La Mouette de Tchekhov et qu'il joue dans des pièces de Betti, de William Saroyan, de Sanchez, de Brecht . Il vient ensuite à Paris, en qualité de boursier du Fonds national des arts de son pays, pour suivre les cours de l'école Charles Dullin – où il rencontre Vilar – et de l'école Jacques Lecoq. C'est dans le cadre de l'Université du Théâtre des Nations qu'il monte son premier spectacle : Le Tableau de Ionesco. C'est d'ailleurs avec Jeux de massacre de ce même auteur qu'il obtiendra, en 1970, le prix de la Critique et, en 1976, le prix Dominique, avec Le roi se meurt. Puis c'est avec Christina Zasvatovich qu'il propose un spectacle Tardieu à l'Alliance française. Lerminier, plus tard inspecteur des Spectacles, lui conseille alors de se présenter au Concours des jeunes compagnies. Lavelli choisit Le Mariage de Gombrowicz (une création) et obtient le prix (1963). Par la suite, du même auteur, il propose, à l'Odéon, Yvonne, princesse de Bourgogne, qui donnera lieu à de multiples reprises, notamment à Zurich en 1967 et à Buenos Aires en 1972. Et c'est en 1971 qu'il monte Opérette au Schauspielhaus de Bochum. Une phrase de Lavelli définit ce qui, dès cette époque, détermine et continuera à déterminer ses choix : « Le réalisme au théâtre a terminé son cycle. Notre époque est faite d'hallucinations et de rêves. »
Déjà, Lavelli se place sous le double signe du répertoire contemporain et de la fidélité. C'est lui qui sensibilise le public à Arrabal avec Pique-nique en campagne (biennale de Paris, 1965), La Princesse et la Communiante (théâtre de Poche, 1966), L'Architecte et l'Empereur d'Assyrie (théâtre Montparnasse-Gaston Baty, 1967), Bella ciao, la guerre de Mille Ans (Nuremberg, 1974), Sur le Fil (théâtre de l'Atelier, 1975). Il fait connaître au public son « frère » Copi, dès 1973, avec L'Homosexuel ou la Difficulté de s'exprimer (théâtre de la Cité universitaire), Les Quatre Jumelles (le Palace, 1974), La Nuit de Madame Lucienne (différents festivals européens, 1985 ; Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, 1986), Une visite inopportune, en 1988, pour la première saison du Théâtre national de la Colline. Car, après un nomadisme revendiqué, Lavelli se pose dans les murs du Théâtre de l'Est parisien, en 1987, pour diriger un théâtre national. Les architectes de ce nouveau lieu sont Fabre, Perrottet, Cattani. L'ouverture de plateau de cette grande machine convient particulièrement bien à Lavelli, à qui Vilar reconnaissait cette qualité : le sens de l'espace. C'est pourquoi il lui avait demandé de mettre en scène Le Triomphe de la sensibilité de Goethe au TNP.
L'aspect décoratif du lieu importe d'autant plus à Lavelli qu'il se sert du texte pour en renforcer l'aspect théâtral. Il affectionne les jeux de miroirs, les tissus. C'est ainsi que sa fidélité le porte à travailler, souvent, avec le même décorateur : Max Bignens. En fait, si des réticences peuvent être émises face à certaines mises en scène de Lavelli, c'est qu'il est plus fidèle à lui-même qu'à l'ouvrage monté. Cela est particulièrement sensible dans ses mises en scène d'opéra, qu'il n'hésite pas à « dépoussiérer » et à réactualiser. La première mise en scène d'opéra est proposée en 1975, pour le Théâtre musical d'Angers ; c'est Idoménée de Mozart, la plus belle réussite de Lavelli jusqu'à présent. C'est, ensuite, de l'Opéra de Paris au festival d'Aix-en-Provence, de la Scala de Milan au Metropolitan de New York, du théâtre de la Monnaie de Bruxelles au Grand Théâtre de Nancy, la présentation de la plupart des œuvres du répertoire contemporain : Au grand soleil d'amour chargé de Luigi Nono (Opéra de Lyon, 1982), Le Retour de Casanova de Girolamo Arrigo (Grand Théâtre de Genève, 1985), La Star de Zygmunt Krauze (1985 et 1989).
Avec sa nomination au Théâtre national de la Colline Lavelli revient au théâtre – si l'on peut dire, car il ne l'a pas abandonné – en affirmant vouloir défendre un répertoire contemporain ; ce qu'il avait fait dès ses débuts : en 1966, c'était Outrage au public de Handke ; en 1969, Les Anabaptistes de Dürrenmatt et Orden de Pierre Bourgeade ; en 1970, Le borgne est roi de Carlos Fuentes; en 1977, La Mante polaire de Rezvani puis, en 1988, Réveille-toi, Philadelphie de Billetdoux et, en 1989, La Veillée de Noren. Lavelli a également mis en scène Les Comédies barbares de Valle-Inclán (1991), deux pièces de Bernhard, Heldenplatz (1988) et Avant la retraite ainsi que Maison d'arrêt de Bond(1993). Et c'est avec Le Public, pièce d'un auteur des années trente, García Lorca, qu'il avait ouvert le Théâtre national de la Colline.
En 1997 Lavelli quitte la Colline ; il revient alors au mélange des genres qu'il a toujours pratiqué. À l'opéra il met en scène des œuvres peu connues de Haendel, tout en restant fidèle à la création (œuvres de Charles Chaynes et Manet, de Rolf Libermann) ; au théâtre il aborde deux classiques contemporains, Pirandello et Brecht. Enfin il retrouve Copi avec une pièce inédite, écrite en argentin, L'Ombre de Venceslas, qu'il traduit et met en scène. Ses deux spectacles les plus récents (Merlin ou la Terre dévastée de Dorst et Le Roi Lear) témoignent de sa passion pour les grands mythes, épiques et dramatiques, qu'ils appartiennent au répertoire ou à la modernité.
Bibliographie sélective
- Lavelli , opéra et mise à mort, Alain Satgé, Jorge Lavelli ; avec la collaboration de Sergio Segalini..., Paris : Fayard, 1979
- Jorge Lavelli, des années soixante aux années Colline , un parcours en liberté, Alain Satgé, Paris : Presses universitaires de France, 1996
- Jorge Lavelli , maître de stage, suivi du stage par Delphine Salkin ; [stage organisé par le Centre international de formation en arts du spectacle], Carnières-Morlanwelz (Belgique) : Lansman, 1999
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Argentine
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle