BÉJART Maurice
Maurice Berger, dit
Danseur et chorégraphe français
« Homme de théâtre » selon le mot de Vilar, Béjart n'a rencontré l'art dramatique que de loin en loin, mais plutôt dans les débuts de sa carrière où il connut la « tentation du spectacle total » (Marie-Françoise Christout) avec La Reine verte (théâtre Hébertot, 1962). Auteur de la mise en scène, de la chorégraphie et du texte, Béjart propose une parabole ambitieuse sur le cycle de la vie et de mort, celle-ci incarnée somptueusement par Casarès. Œuvre touffue qui mêle la musique concrète de Pierre Henry à un baroquisme décoratif, à une danse et à un texte survoltés, La Reine verte, pour sa vision globale du monde, recourt tout naturellement au syncrétisme des arts.
Plus ambitieux encore, mais plus réussi car porté par un texte indiscutable, fut le montage de La Tentation de saint Antoine d'après Flaubert (théâtre de France-Odéon, 1967). Barrault y était Antoine, entouré de ses comédiens habituels (Renaud, Dessailly) et de la troupe de Béjart, les uns et les autres conjuguant leurs talents pour donner naissance à une œuvre « monstre », baroque encore. Pédagogue, il a fondé l'École Mudra, à Bruxelles en 1970 puis à Dakar en 1977 ; plus tard, en 1992, l'Atelier-école Rudra à Lausanne.
Béjart aime les formules mixtes qui cassent le moule des genres traditionnels : oratorio scénique (À la recherche de Don Juan, avec Casarès, 1962) ; cantique dansé (la Nuit obscure, avec la même Casarès, 1968) ; poème visuel (L'Ange Heurtebise, avec Marais, 1972). Il aime entrelacer les compétences : dans Molière imaginaire (Comédie-Française, 1976), R. Hirsch est meneur de jeu et acrobate tandis que les danseurs du Ballet du XXe siècle doivent mimer, parler et chanter. À l'inverse, dans Les Plaisirs de l'île enchantée (Comédie-Française, 1980), ce sont les comédiens – à qui Béjart a appris à se servir de leur corps – qui participent, en dansant leurs rôles, à ce portrait onirique de Louis XIV. Dans King Lear-Prospero (1994) il construit un spectacle total (avec cirque, clowns, effets spéciaux, surcharge de décors) autour d'une figure synthétique de fille : Miranda-Cordelia. En 1997 le Béjart Ballet Lausanne crée Jérusalem, cité de la paix et le Voyage nocturne. Il crée en 2002 une nouvelle troupe destinée aux jeunes danseurs, la « Compagnie M », pour laquelle il crée un nouveau ballet, Mère Térésa et les enfants du monde. En octobre 2003 il rend hommage à Fellini avec Ciao Federico. L'Amour de la danse et Zarathoustra ont été créés en 2006.
Si son esthétique relève pour une part du passé par ce qu'elle a précisément de théâtral dans sa recherche de l'effet et son goût pour les tableaux vivants, il reste que Béjart a le sens de la « poésie dans l'espace » (Barrault). En écrivant que « la danse théâtrale sous ses diverses formes est l'art du mouvement à la fois libre et composé, organisé par rapport au temps puisque liée à la musique, au rythme ainsi qu'à l'espace », il propose une définition qu'aurait pu signer Appia. [Voir Danse et théâtre.]
Bibliographie sélective
- Béjart par Béjart , commentaires manuscrits de Maurice Béjart ; photographies, conception et réal. de Colette Masson, Jean-Louis Rousseau, et Pierre Faucheux, Paris : Lattès, 1979
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle