Festival
C'est une fête (le nom l'indique) à caractère public, se répétant à dates fixes dans un même lieu et y faisant figure d'événement. Le festival est limité dans le temps et répétitif dans la durée. Dès sa création il est envisagé comme devant se perpétuer, on en numérote les manifestations. Les festivals ressortissent avant tout aux arts vivants ou reproductibles. Arts plastiques, bande dessinée relèvent plutôt de l'« exposition » ou « du Salon », bien que tentés par l'appellation « festival ». En revanche, sont d'authentiques festivals des rencontres (Berlin, Lyon), des biennales (Venise), des semaines (de la marionnette), un mai (florentin), un été (marseillais), des nuits (de Bourgogne, de l'Enclave).
Les festivals se cantonnent dans un genre (théâtre, danse) ou sont pluridisciplinaires ; l'ouverture est venue généralement après la spécialisation. Les frontières ont cessé d'être un obstacle à l'information et aux déplacements, aussi des festivals (Grenoble 1985) se définissent-ils d'emblée dès leur création comme « européens ».
Les festivals de musique – de l'opéra au rock –, de loin les plus nombreux, sont les plus prestigieux et les plus mondains, ou au contraire les plus populaires. C'est des festivals centrés sur l'art dramatique qu'il sera question ici.
Repères historiques
Le Théâtre du Peuple de Bussang est créé en 1895 par Maurice Pottecher. Il se perpétue, unique exemple d'une telle longévité. Bénéficiant de l'entrée dans les mœurs des congés payés qui incitent aux migrations de l'été, les grands festivals débutent après la Seconde Guerre mondiale, parallèlement à l'éveil au théâtre de la province, où s'enracinent les premiers CDN (Centres dramatiques nationaux). Vilar crée en 1947 le Festival d'Avignon. Celui de Sarlat, fondé par Jacquemont, débute en 1952, comme celui de Vaison-la-Romaine. En 1953, il s'en crée un à Bellac, qui se consacre uniquement à Giraudoux, enfant du pays. En 1957, Jean Deschamps réactive le festival de Carcassonne et inaugure celui de Montauban, qui préludent à la création d'un CDN itinérant dans le Sud-Ouest. Dans les années soixante, c'est en banlieue parisienne (Aubervilliers, Gennevilliers, Nanterre) que des festivals amorcent l'implantation de théâtres. Les grands festivals sont en place. De nouveaux se créent dans les années soixante-dix ; le plus prestigieux est le Festival d'Automne, pluridisciplinaire et international, créé en 1972 par Michel Guy ; il ouvre brillamment la saison théâtrale parisienne.
Les festivals se sont multipliés dans le monde entier. Nous nous en tiendrons à l'Europe et aux plus renommés. Les Rencontres (de théâtres de langue allemande) de Berlin datent de 1963 ; en 1989 pour la première et dernière fois la RDA y participe. Mira Trailovic, morte en 1989, a donné de l'éclat, dans les années 1970, au BITEF de Belgrade ; l'Est y rencontrait l'Ouest en un temps de guerre froide. Le Festival d'Édimbourg comme celui du théâtre français de Sarrebruck sont ouverts aux jeunes compagnies et aux nouvelles formes. Des festivals meurent. Sigma, créé en 1965 par Roger Lafosse à Bordeaux, disparaît en 1996. À Sanarcangelo, dont R. Bacci avait fait la citadelle du Tiers Théâtre, le festival, essentiellement consacré au théâtre de rue, cesse en 1984. Mais là s'est effectuée une vigoureuse relève. Des festivals de théâtre de rue se créent alors, festival Éclat d'Aurillac, le plus fréquenté dès 1985, Chalon dans la rue (Chalon-sur-Saône) en 1986 ; d'autres encore, Viva Cité à Sotteville-lès-Rouen, les Escales à Saint-Nazaire notamment. Le ministère de la Culture (Guide du spectacle vivant, 2007, publication du CNT) en recense plusieurs dizaines, dont c'est essentiellement le thème ; sans compter les compagnies qui, de plus en plus nombreuses, invitées (Mimos) ou s'imposant, viennent rechercher le public que draine tout festival d'importance : en Avignon (« off »), en Écosse à Édimbourg où, en marge du festival officiel, l'Edinburgh Festival Fringe (« off »), s'est considérablement développé.
Pourquoi un festival ?
Tout sépare les festivals prestigieux des modestes : l'organisation, la nature et l'ampleur du financement, le nombre des troupes invitées, des représentations, des spectateurs, l'aire de la renommée et les critères sur lesquels elle se fonde. Mais, à l'origine, il y a toujours un désir, et/ou un intérêt politique ou économique pris en compte. Le désir est celui d'un créateur, d'un amateur passionné ou d'une association. Ils doivent convaincre des subventionneurs, au premier chef un conseil municipal : le festival contribuera à la sauvegarde du patrimoine architectural, il aura des retombées financières. On peut difficilement passer outre à la mauvaise volonté ou à l'inertie des édiles et, créé, le festival aura à subir les vicissitudes des changements politiques à la tête des mairies. La décision prise et l'opération lancée, les chances de réussite et de durée du festival dépendent avant tout de l'homme qui en assume la direction, de son goût artistique et de sa compétence gestionnaire, ainsi que de l'efficacité de son équipe. Le bénévolat local et l'engagement qu'il suppose consolident une implantation. Les festivals ruraux impliquent la population dans les réalisations mêmes (le Puy-du-Fou, en Vendée). Quand une troupe théâtrale de la région assume l'organisation (le Théâtre-Action à Grenoble, les Fédérés à Hérisson), de bonnes conditions sont réunies : structures, équipement, compétence. De plus, la curiosité et l'intérêt peuvent être entretenus, hors festival, par les productions théâtrales de la troupe.
Si l'on tient compte des manifestations folkloriques et des spectacles « son et lumière », alors qu'en 1977 on comptait 120 festivals, 220 en 1986, et 932 en 1994, on approche, en 1997, du millier et du double dix ans plus tard ; 224, en 2007, ont été subventionnés par l'État ou des tutelles diverses ; dans ce lot, moins de la moitié sont essentiellement festivals de théâtre (60 subventionnés par l'État en 2007). Du fait de cette inflation, pour se faire sa place il faut maintenant, plutôt que de s'ouvrir à tout, miser sur la spécialisation, être particulier. D'où des festivals des Jeunes spectateurs (Lyon), du théâtre de rue (Blois), de mime (Périgueux) ; plus ambitieux et en plein essor, le Festival des Francophonies, créé en 1974 par Debauche à Limoges et dirigé par M. Blin, puis par Patrick Le Mauff. En revanche, il y a banalisation du fait des coproductions et des jumelages qui amortissent les frais : ainsi verra-t-on à Avignon, à Paris au festival d'Automne et en d'autres lieux, les mêmes grands spectacles. Mais de petits transitent aussi de par le monde, les festivals étant devenus des marchés où les décideurs (directeurs de lieux à programmer et tourneurs) viennent faire leur choix et lancer leurs invitations. Les troupes du « off » avignonnais s'endettent dans l'espoir d'en décrocher. Quelques billets de cette loterie sont gagnants. Pour les troupes ignorées de la critique, un festival est la meilleure occasion de se faire remarquer. C'est aussi celle de faire connaissance entre soi, de découvrir d'autres réalisations et nouer des relations de travail et d'amitié. Ainsi, le Français Braunschweig et l'Italien G.B. Corsetti se rencontrent à Théâtre en mai de Dijon en 1991. Prendre là le pouls de la création contemporaine peut être un stimulant.
Le financement des festivals
Les festivals étant des manifestations locales, l'État se sent peu engagé à participer à leur financement. Aucun crédit ouvert pendant les années soixante-dix, Festival du Marais excepté. La pression due à l'ampleur du phénomène festivalier et son entrée dans les mœurs étant, la Direction du théâtre et des spectacles le prend désormais en compte avec, en 1997, une dotation globale de 31,5 millions de francs dont 13,9 sur crédits déconcentrés. 83 festivals d'art dramatique, toutes disciplines confondues, bénéficient de subventions. Une part prépondérante en revient à des manifestations phares, d'audience nationale, voire internationale, dès lors qu'elles sont insuffisamment soutenues par leur lieu d'implantation : en 2005, 2,5 millions d'euros au Festival d'Avignon ; près d'un million et demi au Festival d'Automne. Paris Quartier d'été, Festival mondial du cirque de demain, Festival international des Francophonies en Limousin, Éclat d'Aurillac reçoivent également une subvention directement de la Direction du théâtre. Ces festivals exceptés, ce sont les directions régionales des affaires culturelles qui apportent une aide financière à des festivals de leur région.
Ce sont les municipalités qui supportent leur festival – subventions et services – selon leurs moyens et ambitions, aidées petitement par le département et la région. Fait récent : encouragé par les pouvoirs publics, l'appel au mécénat et au parrainage sur lesquels se fondent bien des espérances. Mais, les toutes dernières années, la conjoncture économique en a déçu beaucoup. Relations, dons de persuasion sont mis en œuvre. Les opérations de prestige (et les musicales plus que les dramatiques) rencontrent le meilleur accueil.
En 1964, Vilar se demandait déjà : « Où vont les festivals ? […] désormais partie de la panoplie du bonhomme moderne. » C'était craindre la dérive vers la recherche du loisir sans exigence, du divertissement sans ambition. Des festivals misant tout sur la facilité sont moins nombreux qu'on pourrait le penser, mais il faut distinguer entre l'alibi culturel colorant des calculs mercantiles chez les uns, donnant bonne conscience à d'autres, et le souci véritable de servir l'art dramatique et de susciter la réflexion ; autour des spectacles se développent alors des colloques, des rencontres, et le dialogue s'engage, auquel est convié le public.
Mais que reste-t-il de la stimulation de ces moments forts, au long de l'année, chez le festivalier ? Une fréquentation accrue du théâtre et une participation plus grande aux manifestations culturelles devraient en découler. Est-ce le cas ? On retombe dans l'assoupissement d'un vide culturel, les dernières chandelles festivalières consumées, là où les implantations provinciales ne prennent pas le relais. Festivals et théâtres permanents ont partie liée dans le développement culturel.
Bibliographie sélective
- Les festivals en France , marchés, enjeux et alchimie, Luc Benito, ParisBudapestTorino : l'Harmattan, 2001
Classement
Spécialité : Institutions et lieux
- France
- Allemagne
- Royaume-Uni
- Italie
- 19ème siècle
- 20ème siècle
- 21ème siècle