LANGHOFF Matthias
Comédien et metteur en scène français d'origine allemande.
Fils de Wolfgang Langhoff, acteur célèbre et directeur du Deutsches Theater qui fut le premier à accueillir Brecht après guerre, Matthias Langhoff est un autodidacte : il entre au Berliner Ensemble en 1961 et y monte en 1963, grâce au soutien de Weigel, le Petit Mahagonny, version théâtrale de l'opéra de Brecht reconstituée de toutes pièces avec l'aide de Karge qui restera son alter ego pendant vingt ans. Tous deux se font remarquer au Berliner (de 1963 à 1969) puis à la Volksbühne de Besson (jusqu'en 1977), ensuite à Hambourg, Genève, Rotterdam, Bochum (au Schauspielhaus dirigé par Peymann) par des mises en scène hétérodoxes et provocatrices qui prennent, violemment ou ironiquement, le contrepied de la tradition : que ce soit pour Brecht (le Commerce de pain, version allemande, 1967, monté à Paris en 1972), pour Tchekhov (la Cerisaie) ou pour Kleist (le Prince de Hombourg, monté au TNP avec Desarthe). Il faudrait citer également les Brigands de Schiller, le Citoyen Général de Goethe, Prométhée enchaîné d'Eschyle, Marie, Woyzeck de Büchner où Karge réalisait une composition étonnante (Avignon 1981). Matérialistes de la scène, Karge et Langhoff construisent un théâtre de l'« antispiritualité » (Dort) car, comme le dit Karge, « nous prenons l'œuvre comme matériau, un point c'est tout […]. Pensée dramaturgique, écriture et travail, langue s'entremêlant […]. Pour nous, le débat théâtral, c'est l'analyse concrète d'une situation concrète ».
Pour ce qui est des mises en scène de Langhoff seul : le Roi Lear (1986) avec Serge Merlin, Mademoiselle Julie de Strindberg (à l'Athénée, 1988), la Mission de Müller et le Perroquet vert de Schnitzler (1989, Festival d'Avignon), Macbeth (Théâtre national de Chaillot, 1990), la Duchesse de Malfi de Webster (1991), le Désir sous les ormes d'O'Neill (Nanterre, 1993), les Trois Sœurs de Tchekhov (1994), Borges de Rodrigo Garcia à Genève (2002) et l'Inspecteur général (le Revizor) de Gogol en 1998. À cette dernière mise en scène, on peut appliquer ce que Langhoff dit à propos de lui-même : elle allie « rigueur et démesure, sérieux et humour », avec un accent plus marqué sur démesure et humour.
De 1989 à 1991, Langhoff a dirigé le théâtre de Vidy-Lausanne, mais ce ne fut qu'un court moment de pause dans une existence d'artiste qui, alliant exigence esthétique et franc parler, change constamment de plateau et d'équipe artistique. Tout étant très visuel dans ses mises en scène, et le visuel étant le support d'un jugement critique très appuyé – ce sont des mises en scène qui se voient –, le risque est de pesanteur, fût-elle justifiée par des références constantes au monde le plus contemporain. C'est le cas des Troyennes (Nanterre, 1997) où Euripide est « enrichi » d'allusions à la Bosnie et de clins d'œil à la BD. La surcharge d'images et l'hypertrophie des significations rendent certains spectacles (tel Lenz, Léonce et Léna chez Georg Büchner, 2002) plus indigestes que nourrissants : c'est peut-être faire trop confiance à la sagacité interprétative des spectateurs que de leur fournir une masse de matériaux hétérogènes, sans lisibilité immédiate. En 2006, Langhoff cède à nouveau à ses démons familiers dans la mise en scène de Quartett de Müller : ce texte magnifique (et magnifiquement traduit) étouffe sous la surenchère visuelle et sonore : mais il faut faire la part de l'humour pince-sans-rire de Langhoff ! Il tâte d'un tout autre genre avec Dieu comme patient - Ainsi parlait Isidore Ducasse (2008).
Bibliographie sélective
- Langhoff... , études d'Odette Aslan, Richard Demarcy, Dominique Guy-Blanquet... [et al.] ; textes de Matthias Langhofftémoignages de Gérard Desarthe, Bernard Dort, Heiner Müllerréunis et présentés par Odette Aslan, Paris : CNRS éd., 1994
- Matthias Langhoff , introduction et entretien par Odette Aslan, Arles : Actes Sud-Papiers[Paris] : Conservatoire national supérieur d'art dramatique, impr. 2005
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Allemagne
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle