GOGOL Nikolaï
Romancier et auteur dramatique russe.
Après une tentative pour devenir acteur, il fait ses premiers essais dramaturgiques avec Vladimir 3-j stepeni (La Croix de Saint-Vladimir), tableaux du Saint-Pétersbourg bureaucratique et aristocratique, inachevés et plus tard remaniés en quatre scènes indépendantes, puis avec Le Mariage (Svad'ba) qu'il ne termine pas, pour attaquer en 1835 Le Revizor sur un sujet donné par Pouchkine. Vite écrite, la pièce est montée en 1836 au théâtre Alexandrinski, puis au Maly.
L'originalité du Revizor
Mécontent des interprétations caricaturales dans l'esprit alors dominant du vaudeville français, Gogol, qui refuse aussi une lecture étroitement dénonciatrice de l'administration tsariste, rédige une série de textes, articles ou pièces, dont La Sortie d'un théâtre (Teatral'yj razezd, 1842) et Le Dénouement du Revizor (Razvjazka Revizora). Il y développe l'idée d'un théâtre-« chaire » qui doit régénérer la société, il intervient, en véritable metteur en scène qui cherche à orienter le jeu des acteurs, à organiser un ensemble cohérent et à donner au Revizor une portée à la fois plus large et plus nationale. C'est donc contre sa volonté que se sont cristallisées jusqu'au début du XXe siècle les traditions scéniques des premières représentations, et la nouveauté du Revizor qui, au lieu d'une intrigue privée, amoureuse ou familiale, met en scène toute une ville ne sera comprise que dans les années vingt où Gogol sera beaucoup joué : une comédie humaine où une micro-société hiérarchisée et soumise au pouvoir de la peur crée de toutes pièces un imposteur, incarnation de ses fantasmes. Auteur difficile qui mêle à l'observation précise un élan vers l'hyperbole, voire le fantastique (scène muette du Revizor), Gogol est tenu pour le fondateur de l'école réaliste russe, puis pour l'écrivain des « figures de cire » qui croit au pouvoir du diable, enfin pour le maître d'un travail formel sur la langue (stratification des couches de langage et composition en mosaïque). Ces dernières analyses, dues aux symbolistes, puis aux formalistes, annoncent la « révision » du Revizor que la première mise en scène, réaliste, de Stanislavski en 1908 n'a pu réaliser : d'abord en 1921 au Théâtre d'art de Moscou (MHAT) avec le remarquable Khlestakov de Mikhaïl Tchekhov, puis en 1926 avec la mise en scène de Meyerhold qui, « donnant un Revizor commenté par Gogol tout entier », en fait, au-delà de la lecture politique et sociale, une tragi-comédie de la peur et du désir. En 1972, c'est à cette mise en scène de référence que renvoient, après le long silence stalinien et chacun à sa façon, le spectacle de Tovstonogov au théâtre Gorki (BDT) et celui de Ploutchekau théâtre de la Satire de Moscou. En 1978, Le Conte de la révision, montage de textes de Gogol par Lioubimov, se situe dans la perspective meyerholdienne par son projet métaphorique et globalisateur. Autres mises en scène : celle de Jouvet (1927), de Frejka (1936, à Prague), d'André Barsacq (1948), de Vitez (1980).
Les Âmes mortes
Terminé en 1842, Le Mariage qui, comme Le Revizor, est construit sur une mince anecdote, subit le même sort scénique jusqu'à sa déconstruction par la Fabrique de l'acteur excentrique (FEX) en 1922. Efros en 1975 oriente sa mise en scène sur le « mirage », matérialisant le monde imaginaire des personnages, plus riche que celui de l'action. Enfin, le long récit des Âmes mortes a eu plus de cent soixante adaptations : la plus célèbre est en 1932 celle de Boulgakov pour le MHAT qui, négligeant dans son interprétation psychologique et réaliste le dessein initial de l'adaptateur, a fixé pour longtemps en Union soviétique les canons scéniques de Gogol. Autres mises en scène des Âmes mortes : Planchon (1959), Efros (1980), Ulusoy (1983).
Bibliographie sélective
- [Les Oeuvres complètes de N. V. Gogol. En russe. Vol. 7 [-8] , [Berlin] : [s.n.], 1922
- Nicolas Gogol, dramaturge , Nina Gourfinkel, Paris : l'Arche, 1956
- Écrits sur le théâtre , 2, 1917-1929, Vsevolod Meyerhold, Lausanne : la Cité-l'Âge d'homme[Paris] : [Centre de diffusion de l'édition], 1975
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Russie
- 19ème siècle