AILLAUD Gilles

Paris, 1928 - 2005

Peintre et scénographe français.

Fils de l'architecte Émile Aillaud, il étudie la philosophie de 1946 à 1948 avec Merleau-Ponty. Peintre, il se fait connaître dès 1950. En 1965, il devient président du Salon de la Jeune Peinture. Il peint des œuvres collectives avec Arroyo et Recalcati, comme Vivre et laisser mourir ou La fin tragique de Marcel Duchamp, participant au mouvement de la Figuration narrative.

Il vient au théâtre en 1972 pour Dans la jungle des villes (m. en sc. Vincent, Jourdheuil et Engel), assisté de Ch. Laurent et P. Cauchetier, à la demande de metteurs en scène qui entendaient rompre avec la scénographie brechtienne en faisant appel à des peintres. Peintre, il reste ; scénographe, il devient puisqu'il ne cesse de travailler pour la scène, à partir d'une critique du brechtisme « de seconde main » pour développer « un théâtre du regard ». Il considère « les décors comme l'on considère le texte, comme une donnée » et le spectacle non pas comme une démonstration, mais « comme une œuvre d'art », jouant du « pouvoir magique de l'illusion ». Il répond à Brecht (« Aujourd'hui, il importe davantage que les décors disent au spectateur qu'il est au théâtre plutôt que de lui suggérer qu'il se trouve, par exemple, en Aulide », phrase de 1926) en demandant « qui ne serait en effet bien davantage fasciné par le fait de se croire en Aulide plutôt que de se savoir au théâtre ? (1972) »

Les lieux métaphoriques qu'il propose (il livre peu de dessins mais des intentions nées de conversations) ont l'évidence du « déjà là » : chapelle désaffectée pour Faust-Salpêtrière, d'après Goethe (avec Arroyo, m. en sc. Grüber, Paris, 1975), avec une piscine jonchée de galets ; grotte fabriquée pour Hamlet-Machine de Müller (m. en sc. Jourdheuil, Paris, 1979) ; espace à nu de la Schaubühne avec son mur courbe en béton brut et l'utilisation des plateaux élévateurs, au sol peint en mosaïque vénitienne, pour Hamlet de Shakespeare (m. en sc. Grüber, 1982) ; murs et plafond de la salle de répétition de la Schaubühne blanchis à la chaux pour Sur la grand-route de Tchekhov (m. en sc. Grüber, 1984). Il place des objets simples et pourtant étranges, voire saisissants dans la lumière : myriades de verres remplis d'un liquide rouge sur un drap blanc pour Faust-Salpêtrière, piles de cartons pour le Rocher, la Lande, la Librairie d'après Montaigne (m. en sc. Jourdheuil et Peyret, Aubervilliers, 1982), boule de verre pour Faust (m. en sc. Grüber, Berlin, 1982), œuf minéral (Bérénice, m. en sc. Grüber, Paris, 1984). Pour la Medesima Strada (m. en sc. Grüber, Milan, 1988), son idée de « donner une existence théâtrale à la pensée des présocratiques » liée à la tragédie grecque convie le spectateur à une « obligation d'innocence » ; il en est ainsi dans ses scénographies confrontant le spectateur à « l'énigme de la vision » (Merleau-Ponty), à la « duplicité des apparences », et à la divagation du sens.

Il ne cessera d'en jouer avec ses amis fidèles, Jourdheuil (les Sonnets de Shakespeare, Paris, 1989, la Bataille d'Arminius de Kleist, Paris, 1995), Peyret (Quartett de Müller, Paris, 1991), Grüber (Parsifal de Wagner, Amsterdam, 1991 ; Iphigenie auf Tauris de Goethe, Berlin, 1998 ; le Couronnement de Poppée de Monteverdi, Aix-en-Provence, 1999), Bondy (Une pièce espagnole de Reza, Paris, 2004).

Il est auteur de poèmes et de pièces, Vermeer et Spinoza (Paris, 1984, m. en sc. Jourdheuil et Peyret, scénographie de Rieti) et la Mort de Robespierre (Strasbourg, 1996, m. en sc. Jourdheuil, scénographie avec B. Michel qui l'a longtemps assisté).

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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Gilles Aillaud