WAGNER Richard

Leipzig, 1813 - Venise, 1883

Compositeur, poète et esthéticien allemand.

Son œuvre colossale a révolutionné le genre de l'opéra dans la seconde moitié du XIXe siècle et donné naissance à un courant artistique encore vivace, le wagnérisme.

Wagner est né dans une famille de condition modeste, mais proche des milieux du théâtre. Après la mort de son père, sa mère se remarie avec un acteur de la troupe du théâtre de Dresde ; ses sœurs et son frère deviendront eux-mêmes acteurs. Son goût pour la musique est postérieur à celui pour le théâtre, qui est formé au contact de Shakespeare et de la tragédie grecque. Il occupe divers postes de chef d'orchestre, à Magdebourg, Riga, Königsberg et Paris. Influencé par les théories politiques de la Jeune Allemagne, il consacre son premier opéra, Rienzi, à un héros de la liberté. Dans les années 1840, Le Vaisseau fantôme, Tannhäuser, Lohengrin lui assurent fortune et notoriété. En 1848, il participe à Dresde au mouvement révolutionnaire ; mais, proche de l'un des chefs du courant libéral et de Bakounine, il est contraint à l'exil au moment de la répression et se fixe à Zurich.

C'est de cette époque que datent ses œuvres théoriques les plus importantes : L'Art et la Révolution (1849), L'Œuvre d'art de l'avenir (1849) et Opéra et Drame (1851). À partir de 1854, l'influence de Saint-Simon et de Feuerbach fait place chez lui à celle de Schopenhauer : il n'attend plus de la politique, mais de l'art, la régénération de la société. Avec l'appui du roi Louis II de Bavière, sa gloire ne fera que croître jusqu'à l'inauguration de son propre théâtre à Bayreuth en 1873. Wagner condamne la conception traditionnelle de l'opéra qui, selon lui, le réduit à une simple juxtaposition de plusieurs modes d'expression et à une addition de morceaux de bravoure. Le rôle secondaire attribué au texte a conduit à une dégénérescence du genre.

La théorie de Wagner – et de ce fait son œuvre ne ressortit pas seulement à une histoire de l'opéra, mais intéresse aussi celle du théâtre – vise à une « œuvre d'art totale » (Gesamtkunstwerk) où serait restaurée l'unité perdue de la poésie, de la musique et de la danse, sur le modèle de la tragédie grecque. L'œuvre d'art de l'avenir (le drame lyrique wagnérien) doit retrouver la synthèse détruite par le christianisme. Un des éléments de la théorie wagnérienne de l'opéra est donc la valorisation du texte, c'est-à-dire du drame, composante « masculine », qui doit s'unir à la musique, élément « féminin ». D'autre part, les sujets doivent être empruntés non à l'Histoire, mais au mythe. Seul le mythe réalise la transposition de l'idée en émotion (Gefühlswendung des Verstandes), qui est le but de l'œuvre d'art ; seul le mythe peut être à la fois populaire, national et universel. D'où le recours massif à la mythologie germanique telle qu'elle avait été redécouverte depuis le romantisme.

Une vaste question est de savoir si l'œuvre de Wagner, « système complet du monde basé sur une éthique » (Jacques Bourgeois) a réalisé les ambitions de la théorie. La postérité, en tout cas, semble bien avoir fait éclater la synthèse recherchée par le maître, dont la musique seule a vraiment survécu. Après avoir été un wagnérien passionné (Naissance de la tragédie, 1871 ; Richard Wagner à Bayreuth, 1875-1876), Nietzsche a dénoncé dans cette entreprise esthétique un phénomène pathologique, expression de la névrose et de la décadence modernes, et dans son auteur le défenseur de la « théâtrocratie », de l'idée absurde d'une supériorité du théâtre, art pour les masses, sur les autres arts.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 19ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

Pour aller plus loin

recherche.artcena.fr
Richard Wagner