JOURDHEUIL Jean
Homme de théâtre français.
Cofondateur avec Vincent, en 1968, du théâtre de l'Espérance, Jourdheuil entame sa carrière théâtrale sous le signe du « néo-brechtisme » et la poursuit, de façon tout aussi polémique, en s'efforçant de pratiquer ce que Brecht, par boutade, appelait le « thaêtre » : un théâtre au service du philosophe.
Auprès de Vincent, Jourdheuil incarne jusqu'en 1974 la figure du dramaturge, collaborateur littéraire et philosophique du metteur en scène mais qui prend lui-même une part décisive dans le processus esthétique du spectacle. Ainsi, l'apport de Jourdheuil aura été très sensible dans les spectacles-phares du théâtre de l'Espérance tels la Noce chez les petits bourgeois de Brecht, le premier, la Cagnotte de Labiche, Dans la jungle des villes, encore de Brecht, ou la Tragédie optimiste de Vichnievski ; sensible également dans la démarche d'ensemble de la « jeune compagnie » : établissement d'un répertoire s'appuyant sur le « jeune Brecht » et sur des « classiques » mineurs (de Goldoni, Marivaux) ou paradoxaux (Woyzeck de Büchner) ; collaboration de peintres comme Aillaud, Lucio Fanti et Maselli.
Dans les années 1975-1980, Jourdheuil signe, seul, des mises en scène (Chatterton de Vigny, Jean-Jacques Rousseau), écrit, en collaboration avec Chartreux, des pièces (Ah Kiou, Maximilien de Robespierre), découvre et traduit l'œuvre dramatique de l'Allemand de l'Est Müller (dont il monte en 1979 Mauser et Hamlet-Machine). Autant d'activités qui vont fixer la problématique essentielle de ses futurs spectacles : la place et le rôle de l'artiste, de l'intellectuel, voire du politique au sein de la société et des processus historiques. Il persiste à associer étroitement la théorie à la pratique et trouve toujours en Brecht une source importante d'inspiration, même si ce dernier se trouve désormais filtré ou distordu par Müller, le plus radical, le plus sceptique et le plus iconoclaste de ses héritiers.
De 1982 à 1993, Jourdheuil semble renoncer à écrire des pièces pour s'affirmer, en compagnie d'un nouveau collaborateur, Peyret, comme l'auteur de spectacles extrêmement originaux fondés principalement sur des (auto-) biographies et (auto-)portraits intellectuels et affectifs – dans la lignée de Rousseau – de quelques grandes figures de la pensée occidentale : Montaigne, Müller, Spinoza, l'Arétin, Lucrèce. C'est une sorte de théâtre de la pensée qui fait irruption à travers ces spectacles, du moins si l'on considère l'exercice de la pensée comme une activité matérielle, physique, gestuelle et, à partir de là, éminemment théâtrale. Séparé de Peyret, Jourdheuil a mis en scène la Bataille d'Arminius de Kleist (Nanterre-Amandiers, 1995), le Masque de Robespierre de Aillaud (Gennevilliers, 1996) et Germania III de Müller (Lisbonne, 1997).
Mélange harmonieux de fidélité et de novation à partir de 2000 : Jourdheuil continue de mettre en scène et de faire connaître en France l'œuvre de Müller (numéro spécial de Théâtre/public) et les manuscrits d' Hamlet-machine (Minuit) ; au Festival d'Automne 2004, Michel Foucault, Choses dites, choses vues est dans la lignée des spectacles antérieurs, tandis qu'il publie Un théâtre du regard, Gilles Aillaud, le refus du pathos, évocation de la personnalité intellectuelle de son collaborateur de toujours. Jourdheuil passe, avec le peintre berlinois Mark Lammert, à la mise en scène d'opéras de Mozart : la Finta giardiniera (Stuttgart, 2003), Così fan tutte (Genève, 2006), Idoménée (Stuttgart, 2005).
Professeur en études théâtrales à l'Université Paris X-Nanterre, Jourdheuil a toujours conféré à son enseignement une dimension pratique et à sa production artistique un esprit de questionnement, de réflexion, qui donne à ses spectacles l'allure de véritables « essais de théâtre ». En fait, tantôt traducteur, tantôt commentateur, tantôt auteur ou metteur en scène (scénariste également, pour René Allio), Jourdheuil trouve son unité dans la recherche de la rareté (pétrie d'humour) et dans l'exigence d'universalité propre au plus grand théâtre.
Bibliographie sélective
- L'Artiste, la politique, la production , inédit, par Jean Jourdheuil, Paris : Union générale d'éditions, 1976
- Le Théâtre, l'artiste, l'État , Jean Jourdheuil ; [avec la collaboration de Bernard Chartreux], Paris : Hachette, 1979
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle