VINCENT Jean-Pierre
Acteur et metteur en scène français
Il préoccupé par le rapport du théâtre à la politique et au contemporain. Il a mené aussi une réflexion originale sur l'institution théâtrale, a imposé en France le rôle du dramaturge et réhabilité la présence des peintres au théâtre.
Il débute en dirigeant avec Chéreau le groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand. Il collabore avec Chéreau au théâtre de Sartrouville et en 1968 il rencontre Jourdheuil avec lequel il travaille en tant que dramaturge. Dès lors il s'inscrit dans la mouvance brechtienne de l'époque tout en parvenant à l'expression d'une démarche propre. Parmi les spectacles les plus marquants : La Noce chez les petits bourgeois de Brecht, La Cagnotte de Labiche (il va être un de ses redécouvreurs), Capitaine Schelle, Capitaine Eçço de Rezvani (1971). Il fonde, avec Jourdheuil aussi, le Théâtre de l'Espérance, théâtre engagé politiquement, à la quête d'un répertoire peu fréquenté, surtout de provenance allemande : Dans la jungle des villes de Brecht (1972), Woyzeck de Büchner (1973), Don Juan et Faust de Grabbe (1973), La Noce chez les petits bourgeois (1973, 1974, deux versions). Un style de jeu s'impose car la compagnie Vincent/Jourdheuil constitue une équipe à identité théâtrale forte. Le statut du dramaturge comme instance du travail dramatique est imposé en France.
Strasbourg : réfléchir sur l'institution
Nommé directeur du Théâtre national de Strasbourg (1975-1983), Vincent y constitue une équipe homogène au sein de laquelle la place du collectif dramaturgique sera importante. L'activité du TNS s'articule autour d'Engel qui travaille dans des lieux non théâtraux et de Vincent qui fonde à partir du Misanthrope (1977) sa collaboration avec le peintre Chambas . Il défend depuis l'importance du peintre au théâtre et il participera au renouvellement de l'image théâtrale en France avec Vichy-Fictions (1980) de Chartreux et Deutsch. Enfin il réalise Le Palais de justice, spectacle hyper réaliste construit à partir des séances de tribunal où toute une humanité, dérisoire et triviale, se révèle. Au TNS, Vincent anime l'activité de l'école et signe Peines d'amour perdues (1980) de Shakespeare, spectacle qui amorce la collaboration avec le traducteur Jean-Michel Déprats. Le parcours de Vincent au TNS reste exemplaire pour le rapport entre l'esprit d'une institution et la démarche d'un artiste.
De la Comédie-Française à Nanterre
Entre 1983 et 1986 il sera le premier metteur en scène administrateur de la Comédie-Française. Il fait entrer de nouveaux auteurs au répertoire, invite des metteurs en scène connus, il monte lui-même Audureau, Erdman, Pirandello. Néanmoins, sa politique de renouvellement de la maison connaîtra un succès inégal, et il renonce à un second mandat.
Indépendant, Vincent enseigne au Conservatoire et surtout retrouve l'énergie première de ses spectacles avec Le Mariage de Figaro (1987), spectacle que l'on peut considérer comme la grande réussite de l'esprit post-moderne au théâtre. Il affirme en outre une théâtralité directe, franche, toujours sur fond de questionnement sur les rapports de la scène à l'histoire et à la cité aussi bien avec Le Faiseur de théâtre (1987) de Bernhard que dans la trilogie Œdipe-tyran et Œdipe à Colone de Sophocle d'un côté, et Les Oiseaux d'Aristophane de l'autre, ou encore dans Le Silence des communistes, adaptation théâtrale réussie de textes de réflexion politique (Avignon 2007). De 1990 à 2001 Vincent dirige le Théâtre des Amandiers à Nanterre où il succède à Chéreau. Sa production dès lors est plus éclectique : elle va de Molière (Les Fourberies de Scapin) à Fatima Gallaire (Princesses), de Musset (Fantasio, On ne badine pas avec l'amour, Les Caprices de Marianne, Il ne faut jurer de rien) à Sénèque (Thyeste, 1994), de Büchner (Woyzeck, 1993) à Nerval (Léo Burkhart, Comédie-Française, 1996).
En 2001, il quitte la direction du Théâtre des Amandiers de Nanterre et mène une activité de metteur en scène et pédagogue en dehors de tout cadre institutionnel. Il crée sa compagnie Studio libre et, en même temps (jusqu'en 2007), s'engage plus particulièrement dans la collaboration avec l'École Régionale d'Acteurs de Cannes (ERAC) où il travaille sur des auteurs contemporains avec des équipes de jeunes élèves qui se distinguent par leur homogénéité et leur participation intense. Cela débouche sur des spectacles d'une vitalité étonnante. Par ailleurs il s'attaque à la dimension comique – inconnue – du théâtre de Lagarce et confirme son intérêt pour l'écriture contemporaine, de Bond à Bayen, sans jamais abandonner ses auteurs de référence : Büchner au premier chef mais Molière également. Il y confirme son talent de dénicheur et de directeur d'acteurs : la remarquable Agnès de son École des femmes (Odéon, 2008), Lyn Thibault, était tout juste sortie de l'ERAC.
Bibliographie sélective
- Mise en scène des "Fourberies de Scapin" de Molière , Jean-Pierre Vincent, Bernard Chartreux ; préf. de Catherine Clément[ill.], Patrice Cauchetier et... Jean-Paul Chambas..., Nanterre : Nanterre AmandiersParis : Éd. théâtrales, 1990
- Le désordre des vivants , mes quarante premières années de théâtre, Jean-Pierre Vincent ; entretien avec Dominique Darzacq, Besançon : les Solitaires intempestifsNanterre : Théâtre Nanterre-Amandiers, 2002
Classement
Spécialité : 21ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle