Yougoslavie
(Le théâtre en)
Un théâtre proprement yougoslave, né après 1918, a atteint rapidement un niveau de qualité internationale, dans sa dramaturgie comme dans son art de la scène.
Après la Première Guerre mondiale et la formation de la Yougoslavie, des théâtres sont édifiés dans les plus grandes villes ainsi qu'aux sièges des banovines, et ils deviennent des institutions d'État. Entre les deux guerres, Gavella a une réputation de metteur en scène de taille européenne, et Belgrade, Zagreb, Ljubljana et Novi Sad possèdent des ensembles dramatiques d'un bon niveau artistique. Parmi les acteurs se distinguent Dobrica Milutinović, Žanka Stokić, Milan Skrbinšek, Dubravreko Dujšin, et parmi les metteurs en scène Mihailo Isailović, Ivo Raić, Gavella, Tito Stroci, Josip Kulundžić et Bratko Kreft. Sur le plan dramaturgique Krleža par ses Legenda (Légendes) – parmi lesquelles la plus caractéristique est Kraljevo , 1915 – a ouvert une nouvelle voie à l'art du théâtre. Avec Držić et Jovan Sterija Popović, dont l'œuvre a été et est restée la base du répertoire des théâtres yougoslaves, il est l'un des piliers de la dramaturgie yougoslave.
Après la Seconde Guerre mondiale, on assiste même à un développement exubérant du théâtre : on compte environ soixante-dix théâtres (y compris les théâtres pour enfants et les théâtres de marionnettes). On fonde des facultés d'art dramatique à Ljubljana, Belgrade et Zagreb, et également, dans les années soixante-dix, à Skopje, Sarajevo et Novi Sad. Les répertoires s'appuient, dans les premières décennies, sur des traductions. Là se distinguent le Théâtre dramatique de Belgrade qui, dans la période 1950-1958, présente des œuvres de Miller, de Williams, d'Osborne et d'autres dramaturges d'Occident, et l'Atelier 212, de Belgrade, où, de 1956 à 1960, sont présentées pour la première fois les œuvres de Beckett et Ionesco. Dans les années 1960 et 1970 les auteurs dramatiques parlent de la période contemporaine en revitalisant les mythes et en s'éloignant de l'histoire nationale, ainsi Velimir Lukić et Jovan Hristić en Serbie, Marijan Matković et Krleža en Croatie, Miodrag Žalica en Bosnie.
Des auteurs de Bosnie-Herzégovine, Miroslav Jančić et Derviš Sušić, confrontent histoire ancienne et histoire récente. Aleksandar Popović (Serbie) aborde le texte dramatique d'une façon nouvelle avec des farces et des pièces grotesques introduisant des personnages des banlieues urbaines, puis des pièces critiquant la société socialiste d'après 1945. Le grotesque et l'absurde inhérents aux sociétés totalitaires apparaissent en Croatie avec Ivo Brešan et en Serbie avec Dušan Kovačević, dont les comédies à l'intrigue rigoureusement construite, peignent la mentalité balkanique. Un engagement politique caractérise Šnajder (Croatie). Parmi les meilleurs auteurs contemporains, on trouve Ljubomir Simović (Serbie), Goran Stefanovski (Macédoine), Domenik Smole, Jovanović (Slovénie) et Veljko Radović (Monténégro).
Un haut niveau artistique caractérise les meilleurs théâtres yougoslaves : Théâtre dramatique yougoslave, à Belgrade ; Théâtre national slovène, à Ljubljana ; Théâtre national croate, à Zagreb ; Atelier 212, à Belgrade ; Théâtre national serbe, à Novi Sad. Dans les deux dernières décennies, apparaissent des troupes qui cultivent le théâtre « rituel » et « physique » à la façon d'Artaud. Ne sont pas rares les connaisseurs du théâtre yougoslave qui estiment que Ljubljana est devenue le centre des courants scéniques modernes, et que l'on cultive dans cette ville des expériences théâtrales authentiques.
Depuis la fin de la guerre, une série de metteurs en scène de premier plan s'est fait connaître : Gavella, Stupica, Milošević, Mijać ; par la suite l'activité de Jovanović et Ljubiša Ristića été controversée.
Les acteurs ont toujours été le fleuron du théâtre yougoslave et, pendant l'époque postérieure à la Seconde Guerre mondiale, une trentaine d'acteurs de valeur européenne se sont illustrés. Ce sont d'abord dans la première génération, Milivoje Živanović (1900-1976), Ljubiša Jovanovic (1908-1971), Stane Sever (1914-1970), Sava Severova (1905-1979) ; ensuite dans la génération qui s'est imposée après guerre : Marija Crnobori, Stupica, Plesa, Rade Marković, jusqu'à la génération qui est aujourd'hui arrivée à maturité : Olivera Marković, Neva Rošić, Milena Zupančič, Pero Kvrgić, Ljuba Tadić et Petar Kralj.
La richesse et la diversité de la vie théâtrale en Yougoslavie ont été bien mises au jour par les nombreux festivals de théâtre, dont les plus significatifs sont : les Jeux d'été de Dubrovnik (fondés en 1949), le festival de théâtre national à Novi Sad (fondé en 1956) et le festival de théâtre international d'automne BITEF (fondé en 1967 à Belgrade).
La Yougoslavie ayant éclaté en 1992 en nouveaux États indépendants [voir les entrées Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie, Slovénie].
Bibliographie sélective
- Le Théâtre en Yougoslavie , Bruxelles : le Théâtre dans le monde, 1966
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Bosnie-Herzégovine
- Croatie
- Macédoine du Nord
- Monténégro
- Slovénie
- 20ème siècle