MILLER Arthur
Auteur dramatique américain.
Il restera, pour le grand public, l'auteur d'une pièce devenue un grand classique du théâtre américain, Mort d'un commis voyageur (Death of a Salesman).
Elle est jouée si souvent qu'on oublie la date de sa création : 1949 (la pièce reçut, dès cette année-là, le prix Pulitzer). Deux adaptations en ont été faites au cinéma, avec Dustin Hoffman dans le rôle de Willy Loman pour la plus récente. Plus anecdotiquement, Arthur Miller restera celui qui épousa Marilyn Monroe; de 1956 à 1960, Miller sera dans l'aura du mythe Marilyn ; le film The Misfits (Les Désaxés , 1961), de John Huston, garde trace de cette époque, et aussi la pièce – critiquée, criticable – qu'écrivit Miller après la mort de Marilyn, After the Fall (Après la chute, 1964). Enfin tout le monde gardera l'image de l'homme courageux qui fut appelé à comparaître en 1956 devant la Commission des activités antiaméricaines, ce même homme courageux qui avait fait jouer Les Sorcières de Salem (The Crucible) en 1953, en plein maccarthysme, rebelle, et victime de la chasse aux sorcières.
Mais les deux traumatismes historiques majeurs qui seront les expériences fondatrices de sa vie d'homme et d'écrivain viennent plus tôt : ce sont la Grande Dépression de 1929, et l'Holocauste. À partir de 1929, comme tant d'autres Américains, il connaîtra la chute brutale dans la pauvreté, avec son père ruiné d'un coup, et, avec le nazisme, il prendra conscience de ce que c'est que d'être juif (en 1945 il publie un beau roman sur l'antisémitisme, Focus).
L'aliénation, tragédie moderne
Les premières pièces jouées de Miller sont The Man Who Had all the Luck (L'homme qui avait toutes les chances, 1944, aucun succès), puis All My Sons (Ils étaient tous mes fils, 1947), qui condamne l'activité des profiteurs de guerre et reçoit le prix du New York Drama Critics' Circle. Death of a Salesman, deux ans plus tard, est monté par Kazan, avec Lee Cobb dans le rôle principal. Cette pièce, sous-titrée « conversations privées avec requiem », décrit, avec des retours en arrière, la vie de Willy Loman (Willie Pas-grand-chose), représentant de commerce qui, ayant enfin payé ses traites, mais se sentant floué par la société qui lui promettait gloire et fortune, ne voit plus d'autre recours que le suicide. Willy avait un rêve de réussite qui, en fin de compte, l'a détruit, il a vendu son âme au système mercantile de l'Amérique, qui l'a rejeté comme une écorce d'orange. C'est la tragédie manquée de l'anti-héros qui meurt seul et dans l'erreur quant aux buts à atteindre. Cette allégorie de l'aliénation dans le monde moderne a pu être comprise par bien d'autres que par les Américains des années 1950, et Miller lui-même mit en scène la pièce à Pékin en 1983. En France, Périer reprit avec succès le rôle de Willy Loman à l'Odéon-Comédie-Française en 1988.
Parmi les autres « grandes » pièces de Miller, citons Vu du pont (A View from the Bridge, 1955), monté par Brook à Londres et à Paris, avec, à Paris, Raf Vallone dans le rôle d'Eddie. Un film en fut tiré en 1962. La pièce se situe dans le milieu des dockers italiens de New York, et présente le conflit entre ceux qui se sont, tant bien que mal, intégrés à la société américaine, et les nouveaux arrivants, souvent des « sous-marins », ou immigrés clandestins ; un drame de la dénonciation ruine la vie de deux hommes. La pièce se veut mise à plat avec une simplicité qui rappelle le théâtre grec antique (un avocat, Alfieri, tient le rôle du chœur). Mais l'ambiguïté des motifs (on pense à Kazan, dont il fut longtemps si proche) est la source bien moderne de l'émotion dramatique.
Arthur Miller est un homme des années 1950. Sa réputation personnelle lui a permis de revenir à Broadway en 1980, avec The American Clock, et à la télévision avec Playing for Time, une évocation d'Auschwitz, mais, vers la fin du siècle, on eut plutôt l'impression d'un homme intègre et toujours curieux du monde qui survivait à sa légende et se voyait embaumé de son vivant par les travaux universitaires qui sacralisent son œuvre. Il est mort en juin 2005, et, signe du relais qui se passe d'une génération à l'autre, c'est Kushner qui prononça son éloge lors de la cérémonie où il lui fut rendu hommage au Majestic Theatre de New York. Cet écrivain étiqueté « écrivain politique » sut ne pas tomber dans les travers dogmatiques de la gauche de son temps. Il restera l'homme qui a toujours refusé de s'identifier à une race, à un mouvement, à un parti. En véritable écrivain, Miller croyait au pouvoir sacré des mots, et aimait dire que quand on écrit, c'est Dieu et c'est le monde qui écoutent et qui parlent.
Bibliographie sélective
- Arthur Miller , Ronald Hayman ; Textes de Arthur Miller, points de vue critiques, témoignages...[Trad. de Michel Morvan, et Renaud Camus], Paris : Seghers, 1972
- Conversations with Arthur Miller , ed. by Matthew C. Roudané
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- États-Unis
- 20ème siècle