Macédoine
(Le théâtre en)

La république de Macédoine est un pays des Balkans relativement petit (avec une superficie de 25 000 km2 et environ 2 millions d'habitants), dont la longue et riche histoire culturelle est marquée par un brassage de diverses langues et traditions (macédonienne, turque, serbe, valaque, juive, albanaise). C'est seulement avec la dissolution de la fédération yougoslave, en 1991, que la Macédoine s'est constituée en État souverain et indépendant. Son statut actuel est dominé par le processus dit de transition.

Le carrefour des Balkans

La proximité de l'ancienne Grèce et du culte dionysiaque a une influence cruciale sur la vie culturelle des Slaves qui s'installent en Macédoine antique aux VIe et VIIe siècles avant J.-C. Après la période hellénique et illyro-trachéenne, la domination romaine en Macédoine dure pendant des siècles. Sur la carte des Balkans on note au moins une dizaine de théâtres antiques. Le théâtre d'Heraclea (Bitola) est l'un des mieux préservés.

Après la chute de l'Empire romain d'Occident, le mélange de l'ancien monde païen slave et du monde chrétien, opéré par l'Empire byzantin, marque la naissance d'une nouvelle culture. L'adhésion au christianisme a un effet sur le théâtre, mais, en même temps, la tradition populaire sauvegarde l'héritage païen des anciens Slaves. Les cérémonies (ethno-théâtrales) carnavalesques, telles qu'elles se sont maintenues jusqu'aujourd'hui, répètent toujours les mêmes actions et procédés symboliques, beaucoup plus anciens que le modèle théâtral hérité de l'Antiquité gréco-romaine. Cette traditionrituelle, para-théâtrale, contribue beaucoup à la tradition théâtrale des Balkans centraux.

Alors qu'au Moyen Âge, en Europe de l'Ouest, se développe le drame liturgique, la liturgie orthodoxe est l'objet d'une théâtralisation différente, qui se concentre entièrement sur le dialogue (en ancien slave), et non pas sur l'action. À partir du Xe siècle, on met en dialogues les épisodes bibliques, surtout ceux de l'Évangile. Des prêtres spécialement formés interviennent ainsi dans les liturgies, parfois à huit voix.

À partir du XIVe siècle, durant l'occupation ottomane, le théâtre se maintient sous la forme caractéristique du théâtre populaire d'ombres, karagöz. Venu en Macédoine avec les Turcs, il subsiste sur le territoire jusqu'au milieu du XXe siècle.

Le XIXe siècle : l'ouverture du théâtre macédonien vers l'Europe

La « renaissance macédonienne » commence vers 1820. À partir de 1830, sur le territoire de l'Empire ottoman, se créent des États nationaux : Grèce, Serbie, Roumanie, Bulgarie. La renaissance culturelle macédonienne a été la première à utiliser la langue vernaculaire dans un but dramatique.

Jordan Hadži Konstantinov-Džinot (1821-1882), instituteur, philanthrope et auteur dramatique, est un de ceux qui ont créé en Macédoine le « théâtre scolaire » : à Skopje, à l'école organisée dans le cadre de l'église Sveta Bogorodica, entre 1848 et 1857, sous la direction de Džinot, seront données les premières représentations publiques de l'histoire théâtrale macédonienne. Mais la première représentation théâtrale dépassant le cadre scolaire a lieu en 1874 à Veles : Mnogustradalnata Genoveva (Le Martyre de Geneviève), un mélodrame de type européen. Avec celui-ci commence l'histoire théâtrale officielle. Un des événements décisifs de l'histoire théâtrale macédonienne se déroule en 1900 à Sofia, où est représentée Noces de sang macédoniennes. L'auteur, Vojdan Černodrinski(1875-1951), ouvre le théâtre à la dramaturgie du XXe siècle.

Après les guerres balkaniques de 1912 et 1913, la Macédoine fait désormais partie du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui deviendra ensuite la Yougoslavie. Branislav Nušić crée en 1913 la première institution théâtrale professionnelle : le Théâtre populaire serbe de Skopje. Durant trente ans, jusqu'en avril 1941, les théâtres officiels de Macédoine jouent des classiques en langue serbe.

Malgré ces circonstances défavorables, la culture macédonienne s'est maintenue en grande partie grâce au théâtre : une génération d'auteurs dramatiques s'est mise à écrire en macédonien : Marko Cepenkov (1829-1920), Nikola-Kirov Majski (1880-1962), Anton Panov (1905-1968), Risto Krle (1900-1975) et Vasil Iljovski (1902-1996). Le modèle dramaturgique qui atteindra son zénith entre les deux guerres, est celui du bitova drama (pièce de la vie populaire).

L'instauration du théâtre macédonien

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1945, le Théâtre national macédonien est conçu et constitué comme une institution d'État. Ses artisans sont Ilija Milčin (né en 1918), comédien puis metteur en scène, qui tente de rapprocher le théâtre macédonien d'un modèle plus européen avec toute une pléiade de grands artistes : Krum Stojanov (1917-1996), Ilija Duvalekovski(né en 1915), Petre Prličko (1907-1996), Todorka Kondova (née en 1928), Meri Boškova (née en 1925), Trajko Čorevski(né en 1921).

Durant les années 1960, la dramaturgie macédonienne a fortifié son orientation vers les courants théâtraux mondiaux. La pièce considérée comme initiatrice d'une nouvelle sensibilité est Vejka na vetrot (1956) de Kole Čašule (né en 1929). Les auteurs les plus importants de cette période, Tome Arsovski (né en 1928), Georgi Stalev (né en 1930), Bogomil Duzel (né en 1939), travaillent à la critique de la réalité sociopolitique et à la déconstruction des mythes et archétypes de la tradition macédonienne. Alors s'affirme un des auteurs dramatiques macédoniens les plus importants : Goran Stefanovski (né en 1952). Il se préoccupe principalement du passé et du présent de la Macédoine, saisis à travers des formes existentielles. Jordan Plevneš (né en 1953) traite du même sujet, dans une dramaturgie néobaroque. Rusomir Bogdanovski (né en 1948) est un des rares auteurs à se tourner vers l'exploration du comique folklorique macédonien.

Dimitar Kjostarov (né en 1912) est considéré comme le premier metteur en scène moderne. À sa suite, Dimitrie Osmanili (né en 1926), Todorka Kondova, Mirko Stefanovski (1921-1981). Durant les années 1970, parallèlement à l'affirmation d'une nouvelle dramaturgie, s'affirme le « théâtre de mise en scène » macédonien, dont les protagonistes principaux sont : Ljubiša Georgievski (né en 1937), Vladimir Milčin (né en 1947) et Slobodan Unkovski (né en 1948). Au cours des années 1990 s'affirme une nouvelle sensibilité, plus proche des courants esthétiques contemporains ainsi que de l'exploration des limites de la théâtralité avec, entre autres, les dramaturges Žanina Mirčevska (née en 1967), Dejan Dukovski (né en 1969), et les metteurs en scène Aleksandar Popovski (né en 1969), Zlatko Slavenski (né en 1966).

Les paradoxes du théâtre macédonien aujourd'hui

Les paradoxes du théâtre macédonien contemporain résultent du nombre relativement élevé d'institutions théâtrales professionnelles ; du nombre relativement grand d'acteurs, chanteurs, danseurs et musiciens engagés de façon permanente (presque 500) ; de la concentration de la vie théâtrale dans la capitale, Skopje ; du modèle existant d'organisation théâtrale, souffrant de trop de statisme et de centralisme, fonctionnant encore selon l'ancien schéma « socialiste », qui instaure un modèle de théâtres nationaux où les comédiens ont le statut de fonctionnaires rétribués intégralement par l'État.

Depuis 1950, fonctionne le Théâtre des minorités turque et albanaise et le théâtre des Roms Pralipe, créé par le metteur en scène Rahim Burhanen 1970 ; il fonctionne aujourd'hui dans le cadre du théâtre multiculturel de Mülheim en Allemagne. Mais le système théâtral en place ne relie pas les cultures, qui sont séparées et enfermées dans leurs institutions théâtrales respectives. Entre 1994 et 1996, Skopje a vu naître son premier théâtre privé. Slobodan Unkovski, l'un des plus grands metteurs en scène de Macédoine, a alors fondé un centre culturel, Mala stanica (Petite Station), qui a pour vocation d'être « flexible, polyvalent, dynamique ». Les impulsions venues de Mala stanica ont stimulé jusqu'aux théâtres d'État : de nombreux artistes, membres permanents de ces troupes fixes, ont commencé à polémiquer contre l'esthétique de leurs employeurs par le biais de spectacles alternatifs qu'ils réalisent de façon pour ainsi dire privée sur les scènes officielles.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Zone(s) géographique(s) :
  • Macédoine du Nord
  • Albanie
  • Bulgarie
  • Grèce
Période(s) :
  • Antiquité grecque
  • Antiquité romaine
  • Moyen âge
  • Renaissance
  • 17ème siècle
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026