Serbie
(Le théâtre en)

Rien ne prouve qu'il y ait eu un théâtre serbe médiéval. Des documents attestent en revanche l'existence de spectacles de bateleurs : la fresque « le Christ aux outrages », peinte par Michel et Eutychios au monastère de Staro Nagoričano d'après des modèles byzantins, montre des bateleurs costumés.

Le principal obstacle au théâtre en Serbie était l'église orthodoxe, qui s'opposait à tout ce qui pouvait saper la morale des fidèles, et qui voyait dans tout spectacle un héritage du paganisme. Le folklore serbe abonde pour sa part en éléments dramatiques, qui témoignent d'une aspiration, chez les interprètes issus du peuple, à exprimer sur scène leurs coutumes et conceptions, ce qui ne suffit pas à l'émergence d'un théâtre populaire improvisé (si ce n'est un « jeu populaire », dans les monts de Zlatibor, sur des motifs de la vie paysanne).

Des débuts lents et tardifs

Ce n'est qu'au xviii e siècle que l'on peut parler de théâtre serbe, tout d'abord avec une représentation scolaire de 1734, à Sremski Karlovic en Voïvodine (faisant alors partie de l'Empire d'Autriche, tandis que les territoires serbes au sud de la Save et du Danube appartenaient à l'Empire ottoman), celle de la Tragicomédie (en langue slave d'église) du professeur ukrainien Manuil Kozačinski. La pièce, dont les personnages historiques, mythologiques et allégoriques étaient joués par des moines et des diacres, visait à entretenir le culte du passé tout en remettant les traditions nationales au goût du jour. L'action se déroulait du xiii e au xviii e siècle, en treize scènes assez lâchement reliées entre elles, écrites en vers de treize syllabes dans la tradition des littératures polonaise et ukrainienne. Le théâtre scolaire se poursuivit dans des écoles laïques, sur des thèmes religieux et didactiques. Dans de nombreux bourgs serbes de Hongrie, les élèves jouaient des scènes adaptées de l'Ancien et du Nouveau testament (dont les auteurs n'étaient pas toujours des prêtres ou des moines), jusqu'à ce que l'interdiction en 1818 des représentations scolaires à thème religieux n'entraîne paradoxalement l'apparition de nombreuses sociétés d'amateurs.

Joakim Vujić(1772-1847) monta en 1813, au Théâtre national de Budapest (avec des amateurs et trois acteurs professionnels hongrois), une traduction-adaptation en serbe de la pièce de Kotzebue le Perroquet . Vujić fondera plus tard, en 1835, pour le prince Miloš, le théâtre princier serbe à Kragujevac, qui était alors la capitale ; il y fut à la fois directeur, dramaturge, traducteur, metteur en scène et acteur. Le public se constituait principalement du prince, de sa famille et de sa suite, de députés de la chambre et de quelques invités. Les acteurs en étaient les lycéens, qui jouaient aussi bien les rôles d'hommes que de femmes. Surnommé « le père du théâtre serbe », Vujić poursuivit ensuite son activité en Voïvodine, où il constitua des troupes d'acteurs. Il travailla à Novi Sad avec le Théâtre amateur itinérant, fondé en 1838, qui se produisit à Zagreb en 1840-1841, et dont l'activité allait permettre dans les années 1860 la création de théâtres professionnels à Novi Sad, Zagreb et Belgrade (devenue capitale de la Serbie en 1841).

Une partie de la troupe de Novi Sad se fondit en 1842 dans le théâtre belgradois de la Douane, institué par Atanasije Nikolić(1803-1882), qui en fit un théâtre professionnel (mais qui ne devait fonctionner qu'une saison en raison des événements politiques), avec des textes de Nikolić, Popović*, Hugo*, Kotzebue, Goldoni*. La vie théâtrale reprit à Belgrade en 1847, grâce au Théâtre amateur de Pančevo et à Nikola Đurković(1812-1875), venus s'installer au Théâtre du Cerf, dont le répertoire comporta des drames historiques de Popović, ainsi que des pièces de Molière*, de Voltaire* et des textes à caractère moral et didactique. Les révolutions de 1848 pesèrent sur l'activité de nombreuses troupes de Voïvodine et sur celle du Théâtre du Cerf, qui s'interrompit. Un théâtre national fut fondé à Novi Sad en 1861, puis à Belgrade en 1868. Il fallut ensuite organiser des concours d'écriture de pièces serbes et recruter des acteurs ; une première école pour acteurs fut ouverte à Belgrade en 1870.

La période romantique et réaliste

L'influence allemande est manifeste à l'époque du romantisme dans le répertoire comme dans la mise en scène et le jeu. Les nouveaux auteurs serbes sont alors Đure Jakšić(1832-1878) et Laza Kostić(1841-1910), qui introduisent une certaine ambiguïté dans la psychologie des personnages et un nouveau type, ïambique, de décasyllabe (s'opposant au trochée de la poésie populaire). Les années 1880 sont celles d'un réalisme tardif, bien que le public continue à apprécier les pièces à thématique historique, nationale et patriotique. Très conservateur et moral, ce public n'apprécie guère les pièces étrangères montrant des adultères, surtout féminins. L'année 1882 voit la première « affaire » politico-théâtrale : le roi Milan Obrenović et le parti de gouvernement progressiste ayant fait mettre au répertoire du Théâtre national de Belgrade Ragabas de Sardou, dans le but de tourner en dérision l'opposition radicale, celle-ci réussit à faire repousser la première, avant que la police n'intervienne lorsque celle-ci eut lieu.

Les écrivains réalistes Milovan Glišić(1847-1908) et Janko Veselinović(1862-1905) font représenter des pièces sur la vie paysanne, avant que Borisav Stanković(1876-1927) n'introduise une nouvelle ligne poétique et une analyse psychologique plus fouillée des personnages dans Koštana . Les générations d'hommes de théâtre ayant étudié en France expliquent la place importante du boulevard* français et du répertoire de la Comédie-Française. L'auteur comique Nušić* marque le début du xx e siècle et l'entre-deux-guerres, avant que Todor Manojlović(1883-1968) n'offre une nouvelle approche du texte dramatique avec son théâtre expressionniste. Parmi les grands acteurs serbes, c'est Aleksa Bačvanskiqui inaugure la phase réaliste, suivie par Ilija Stanojevićet Pera Dobrinović.

[Pour la période 1918-1991, voir Yougoslavie(le théâtre en).]

Le théâtre d'aujourd'hui

L'éclatement de la Yougoslavie et les guerres qui l'accompagnent (1991-1999), avec l'affirmation des identités nationales, sont au cœur des pièces de Goran Marković( la Tournée ) et de Srbljanović* (née en 1970), qui critique l'idéologie dominante des années Milošević, les intellectuels et l'Église ( la Chute ) et montre la mort comme phénomène quotidien et seul moyen d'échapper à une vie imposée ( Histoires de famille ). L'activité théâtrale ne s'interrompt pas au cours des années de guerre, qui voient au contraire une hausse de la fréquentation des théâtres. Les jeunes auteurs les plus talentueux sont (entre autres) Milena Markovićet Maja Pelević. À côté du grand metteur en scène Mijač*, toujours inventif, se distinguent les créations d'Egon Savin(né en 1952) et de Nikita Milivojević(né en 1963). Parmi les historiens et les théoriciens du théâtre on notera particulièrement Borivoje Stojković et Petar Marjanović, Jovan Hristić, Mirjana Miočinović et Marta Frajnd.

La Serbie comporte quarante théâtres professionnels (dont la filiale en serbe du théâtre de la province du Kosovo), trois écoles supérieurs de théâtre, deux musées (à Belgrade et Novi Sad). Les productions sont régulièrement suivies par plusieurs revues spécialisées.

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026