WILLIAMS Tennessee
Pseudonyme de Thomas Lanier Williams
Auteur dramatique américain.
Il se fait connaître dès 1947 avec sa pièce Un tramway nommé Désir (A Streetcar Named Desire), et qui n'a plus cessé jusqu'à sa mort, en 1983, d'écrire des pièces qui ont souvent connu un grand succès populaire.
Avec Miller, c'est l'une des deux grandes figures du théâtre américain après O'Neill. Comme Miller, Williams a vu sa notoriété atteindre un large public grâce aux très beaux films qui ont été réalisés à partir de son œuvre, tout au long de sa carrière – par Kazan ou par d'autres. Mais, alors que Miller est un New-Yorkais, Williams est un homme du Sud, un homme de la nostalgie, de la décadence, pourrait-on dire. Une décadence qu'il n'observe pas sans fascination, et dont il sait rendre la magie ambiguë. Ce qui capte son attention, c'est ce moment fugitif de bonheur ou de beauté qu'on ne saurait retenir, c'est ce qui va bientôt inexorablement se casser, se ternir, se corrompre. C'est ce qui est au bord de la cassure (la fragilité d'une ménagerie de verre en miniature est l'une de ces images qu'il sait rendre inoubliables), c'est la jeunesse (le « doux oiseau de jeunesse ») qui ne saurait tarder à perdre son velouté, c'est l'équilibre toujours précaire dans les rapports humains qui, un jour ou l'autre, bascule dans la folie. Et la Blanche DuBois du Tramway est tout cela à la fois, le Sud qui ne se console pas de sa grandeur perdue, de sa pureté de glace derrière les grandes colonnes fraîches des plantations, qui doit se compromettre irrémédiablement, mentir toujours davantage pour maintenir une façade toujours plus ébréchée, et sombrer soudain dans le vertige des contradictions démasquées. Le film qu'en tira Kazan en 1952 n'a pas vieilli, et Leigh restera dans nos mémoires, après la Scarlett d'Autant en emporte le vent, la Blanche DuBois forte et frêle qu'emmène une ambulance après la confrontation avec le beau, le troublant et désirable Brando dans le rôle de Stanley Kowalski, le Polonais aux manières rudes qu'a épousé sa sœur.
Une vie d'errance
Le vrai nom de Tennessee Williams, c'est Thomas Lanier Williams, et c'est lui qui a choisi pour prénom ou pseudonyme le nom de cet État où ses ancêtres furent pionniers. Son enfance, entourée de femmes, l'a marqué : crainte d'un père autoritaire, heureusement souvent absent ; amour pour sa sœur Rose (le modèle de Laura dans La Ménagerie de verre) qui finira schizophrène, et dont Tennessee dira : « Les pétales de son esprit sont repliés par la peur » ; refuge chez les grands-parents. Ce sera un adulte instable, tourmenté, tenté par l'alcool, hanté par la peur des femmes. Les jeunes hommes qui depuis longtemps l'attirent ne le rendront pas heureux (malgré la présence d'un compagnon vers la fin de sa vie). La sexualité est pour lui associée à la culpabilité et il passera beaucoup de temps (en dehors de son travail d'écrivain), à errer « du divan du psychanalyste aux plages des Caraïbes ». Il commencera par écrire des nouvelles et des poèmes. En 1936, à vingt-cinq ans, il découvre professionnellement le théâtre en s'associant avec la troupe des Mummers de Saint Louis. Une autre étape importante sera la rencontre avec Kazan. Il y aura d'emblée affinité de sensibilité entre les deux hommes, et Kazan aura eu, le premier, le mérite de savoir respecter le secret des personnages de Williams, tout en les faisant connaître au grand public.
Un vocabulaire d'images
Williams l'écrivain est hanté par la fuite du temps, et écrire pour le théâtre est pour lui un moyen de suspendre l'instant, de le retenir dans une forme, comme la mélodie retient la musique. « Le temps, dit-il, cet ennemi au cœur de chacun de nous. » Et il sait bien que nous serons, en fin de compte, vaincus. D'ici là, il y aura eu « les passions et les images que chacun de nous tisse entre naissance et mort ». Le mot « images » est ici important : comme nos rêves, tout notre effort pour communiquer avec autrui s'appuie – dans la vie comme au théâtre – sur des images. Nous avons à notre disposition tout un vocabulaire d'images. Et le poète – ou l'auteur dramatique – est celui qui sait les mettre au jour, les faire servir à exprimer la tension, l'émotion. C'est pourquoi le symbole est, au théâtre, la façon la plus efficace, la plus économique – et la plus belle – de dire les choses.
La qualité visuelle de son théâtre explique que tant de cinéastes aient voulu porter son œuvre à l'écran. Il n'est guère d'année, entre 1950 et 1970, où n'ait été réalisé un film à partir d'une œuvre de Williams. Kazan filme en 1952 le Tramway, en 1956, d'après une nouvelle, Baby Doll (l'expression « baby doll » est passée dans la langue). En 1958, Richard Brooks réalise la Chatte sur un toit brûlant (Cat on a Hot Tin Roof) et, en 1962, Doux Oiseau de jeunesse (Sweet Bird of Youth). Mankiewicz réalise en 1959 Soudain l'été dernier (Suddenly Last Summer), et John Huston, en 1963, la Nuit de l'iguane (Night of the Iguana). Tous les plus grands s'y sont mis, y compris Sidney Pollack, Joseph Losey et Sidney Lumet. Remarquons au passage l'art du titre chez Williams : un poème dense et fragile comme un haiku. Par la magie du cinéma, les noms des plus grandes vedettes de Hollywood restent associés à ce théâtre : Anna Magnani avec La Rose tatouée (The Rose Tattoo) et The Fugitive Kind, Katharine Hepburn, Paul Newman, Elizabeth Taylor, Montgomery Clift, Richard Burton, Ava Gardner (et naturellement Leigh et Brando) : les femmes étincelantes, vêtues de blanc, intouchables, les hommes, superbes animaux aux gestes souples, comme feutrés.
Bibliographie sélective
- Tennessee Williams , rebellious puritan, Nancy M. Tischler, New York : The Citadel press, cop. 1961
- The Broken world of Tennessee Williams , Esther Merle Jackson, MadisonMilwaukeeLondon : University of Wisconsin press, 1966
- Tennessee Williams , a tribute, [authorized and sponsored by the University of Southern Mississippi, Hattiesburg] ; edited by Jac Tharpe, Jackson : University press of Mississippi, 1977
- The Kindness of strangers , the life of Tennessee Williams, by Donald Spoto, BostonToronto : Little, Brown, cop. 1985
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- États-Unis
- 20ème siècle