HEGEL Georg Wilhelm Friedrich

Stuttgart, 1770 - Berlin, 1831

Philosophe allemand.

Philosophe allemand qui domine le XIXe siècle européen et ne cesse de hanter le XXe . Auteur entre autres d'une Phénoménologie de l'esprit (Phänomenologie des Geistes, 1806) et d'une Grande Logique complétant celle-ci (Wissenschaft der Logik, 1812-1816), Hegel assimile l'histoire phénoménale de la conscience à la réalisation dialectique de l'Absolu dans le temps.

Ce n'est pas un hasard si dans son Esthétique (Ästhetik, 1835), il attribue un rôle central à la poésie dramatique. En effet, ce « troisième » genre concilie à ses yeux la poésie épique (où prime l'extériorité de la narration, l'objectivité) et la poésie lyrique (où prime l'intériorité de l'expression, la subjectivité). Hegel présente le héros dramatique – sous la forme essentielle du héros tragique – comme une volonté cherchant à modeler les circonstances, dont elle éprouve, de complication en collision, la résistance fondée. Il caractérise la tragédie, en des termes qu'Aristote ne saurait démentir, par sa concentration, par sa progression nécessaire et conséquente vers la catastrophe finale (l'unité d'action étant relevée par la densité du dialogue, vecteur d'une dialectique en marche). Mais conformément aux lois de la dialectique, justement, la catastrophe finale mène aussi à la conciliation, qui atteste le passage de la Justice poétique (figure de la Vérité, de l'Esprit). Hegel illustre principalement sa conception sur l'exemple de la tragédie antique. Antigone et Créon agissent comme des individualités « unilatérales » tout en incarnant, chacun de son côté, des forces morales « substantielles » (la vie familiale et les dieux souterrains – la vie publique et les dieux de la cité). Leur action est à la fois légitime et coupable : c'est leur honneur même de se proclamer responsables de leur faute, et en ce sens ils ne cherchent ni à apitoyer ni à émouvoir. Quant à la Justice poétique, elle corrige leur partialité en sacrifiant leur individu, mais pour mieux l'enrichir du contraire qu'il excluait. Hegel réinterprète ici de façon dynamique la catharsis aristotélicienne.

S'agissant de la comédie, le philosophe lui accorde une fonction analogue, mutatis mutandis, à celle de la tragédie. Comiques seront « la bonne humeur et l'assurance infinies permettant à l'homme de s'élever au-dessus de la contradiction dans laquelle il est pris, au lieu d'en souffrir ». Sans consacrer de grands développements à ce genre, Hegel en souligne la modernité (de Shakespeare au romantisme), pour autant qu'il accorde une primauté à la subjectivité sachant se rendre maître de tout ce qui constitue le contenu essentiel de son savoir et de son pouvoir, par la destruction même du non-substantiel. Cela dit Hegel, régulièrement soucieux de synthèse, voit plutôt l'avenir du drame dans l'émergence d'une « tragi-comédie supérieure », résultant non de la juxtaposition ou du renversement des contraires, mais de l'effet à la fois ébranlant et neutralisant qu'ils exercent l'un sur l'autre. Cette formule, davantage suggérée que véritablement explicitée, ouvre la voie à bien des expérimentations novatrices dont ne s'est pas privé le théâtre contemporain. Mais, d'un autre point de vue, l'héritage hégélien, pour autant qu'il renvoie aux structures aristotéliciennes du drame, peut aussi bloquer bien des avancées (le « réalisme socialiste », par exemple, en pétrifiant de telles normes, jettera le soupçon sur les innovations les plus convaincantes, entre autres sur le théâtre « épique » et l'« effet de distanciation »).

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026