Adaptation

On nomme adaptation, au théâtre, toute transformation d'un texte non dramatique (récit, scénario de film, mais aussi mémoires, documents, articles de journaux) en texte pour la scène. L'adaptation a longtemps opté pour une forme dramatique classique (dialogues, scènes) ; elle conserve volontiers aujourd'hui les traits non théâtraux du texte original (narration, fragmentation).

Coupures, montage, collage, réécriture : réalisée par l'auteur lui-même, par un adaptateur, par le metteur en scène ou par son équipe, l'adaptation peut aller du plus grand désir de fidélité à la réinvention affirmée. Sous l'influence de Brecht, les metteurs en scène ont aussi « adapté » les classiques de la scène, souvent en les « montant » avec d'autres textes qui les mettent en perspective historique : premier jalon d'une mise en scène conçue entièrement comme adaptation, partie émergée de la « dramaturgie » du spectacle.

On appelle aussi adaptation la traduction d'une œuvre dramatique, surtout quand elle vise, plus qu'une fidélité purement littéraire, à retrouver, ici et maintenant, l'efficacité théâtrale du texte original. Que celui-ci pose des problèmes spécifiques (versification, dialecte, archaïsmes), et il devient impossible de départager traduction et adaptation. Écriture, traduction et adaptation ont aujourd'hui partie liée : l'œuvre d'un Müller le montre exemplairement.

Si adapter, c'est transposer un récit d'un genre littéraire dans un autre, l'écriture dramatique est à sa naissance adaptation : les tragédies grecques « dramatisent » des mythes connus sous forme épique ; Shakespeare crée la tragédie historique en adaptant des chroniques. Jusqu'à l'époque classique, bien des grandes pièces s'inspirent de textes antérieurs ou étrangers : l'adaptation est une dynamique essentielle du développement du « genre ».

Au XIXe siècle, les romanciers, souvent pour des raisons financières, adaptent eux-mêmes leurs œuvres. Gagné par le naturalisme, le théâtre cherche à se « ressourcer » dans le roman, devenu le mode de fiction dominant alors que l'invention dramatique semble essoufflée. Les adaptations de roman prolifèrent (Antoine monte Zola), souvent construites de façon très traditionnelle ; elles laisseront peu de traces, mais l'écriture des grands dramaturges de la fin du siècle porte la marque de ce tropisme du théâtre vers le roman.

Le triomphe des metteurs en scène ouvre une nouvelle voie à l'adaptation : ce sont désormais eux qui transposent les œuvres de leur choix (les Frères Karamazov de Copeau et Croué, d'après Dostoïevski ; Madame Bovary, adapté et mis en scène par Baty) avec ou sans l'aide d'un adaptateur. Le matériau romanesque stimule l'inventivité scénique, comme le montre, dès 1935, Barrault avec Autour d'une mère, d'après Tandis que j'agonise (As I Lay Dying) de Faulkner – spectacle pionnier qui a la faveur d'Artaud. Barrault adaptera Hamsun, Kafka, Nietzsche. La diffusion de la pensée brechtienne entraîne dans les années soixante un courant d'adaptation des classiques ; lointain avatar du « théâtre épique », le « théâtre récit » se développe dans les années soixante-dix : l'adaptation ne revêt plus désormais une forme dramatique classique ; elle assume au contraire la non-théâtralité du texte originel. Le théâtre naît alors de la résistance du texte à la scène, affirment Vincent et ses dramaturges pour Germinal d'après Zola (1975) ; à l'inverse Vitez veut montrer par des adaptations (récits, documents) qu'on peut « faire théâtre de tout ». Pour Brook, il n'y a pas de différence de démarche entre l'adaptation de légendes et de mythes et celles de Shakespeare qu'il a demandées au même traducteur-adaptateur Jean-Claude Carrière : ici et là, il s'agit de permettre une rencontre plus intense entre le texte et le public contemporain, non de sur- ou de dé-théâtraliser. Si les grands metteurs en scène semblent aujourd'hui las de l'adaptation, elle nourrit encore la création de beaucoup de petites équipes. Son reflux relatif est peut-être parallèle à celui de la création collective, à laquelle elle fut souvent liée.

L'adaptateur touche généralement des droits d'auteur qui équivalent à ceux d'un traducteur.

Bibliographie sélective

  • L'entêtement amoureux , propos sur l'adaptation d'un texte littéraire au théâtre, Didier Bezace et le Théâtre de l'Aquarium ; mise en texte de Nicole Caillon, Paris : Théâtre de l'Aquarium, 1994
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    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35688739n
Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026