Imitation
La notion d'imitation est à considérer de deux points de vue différents, esthétique et technique. En tant que concept esthétique, elle a été le fondement de nombreux courants artistiques à travers les âges (classicisme, naturalisme, réalisme socialiste), et de ce point de vue, elle ne concerne pas plus le théâtre que l'ensemble des arts et des genres littéraires. C'est sur le plan technique que l'imitation concerne plus spécifiquement le théâtre.
En effet le théâtre est fondamentalement un art d'illusion, dans la mesure où profitant de la présence physique des acteurs sur une scène visible par les spectateurs, il tend à produire un effet de réel qui fait prendre la fiction pour une réalité possible. Or illusion et effet de réel ne paraissent généralement réalisables qu'à condition d'imiter la réalité – ce qui doit porter sur tous les plans de la réalisation théâtrale, mouvements, discours, mœurs, costumes. Mais le paradoxe est que rien n'est plus idéologique, donc variable, que l'imitation. Ainsi, à l'époque classique, où le concept d'imitation (issu de la mimèsis aristotélicienne) était sur le plan esthétique le fondement absolu de la création artistique et littéraire, et où il était enjoint d'« imiter » si parfaitement que l'action dramatique était désignée par un d'Aubignac comme la « vérité de l'action », les nécessités imposées par les règles, par la vraisemblance et les bienséances constituaient une somme de conventions (sans parler de l'utilisation de l'alexandrin ou de la conception de la déclamation) que nous jugeons aujourd'hui absolument incompatibles avec l'idée d'imitation, alors même qu'elles passaient pour en constituer l'assise. C'est pourquoi l'imitation n'est plus considérée actuellement comme un concept opératoire en matière d'esthétique théâtrale. On lui préfère la notion de représentation, et les plus récents traducteurs de la Poétique d'Aristote (Dupont-Roc et Lallot, Seuil, 1980) estiment même que c'est en ce sens que le philosophe utilisait le terme de mimèsis, ce qui les amène à faire dire à Aristote – tournant le dos à toute la tradition classique et postclassique – que le théâtre est « représentation de personnages en action ».
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens