Foire
(Le théâtre de la)

Au XVIIIe siècle, les foires de Paris sont le lieu d'inventions formelles et d'expressions populaires théâtrales et parathéâtrales intéressantes en soi et qui influencent les théâtres officiels.

La guerre des théâtres

L'activité théâtrale dans les foires ne se limite ni dans le temps – on la trouve dès le Moyen Âge et le nom et le travail des forains se perpétuent de nos jours – ni dans l'espace européen. Mais on désigne comme théâtre de la Foire (en y incluant les premiers théâtres des Boulevards) ce qui s'est joué à Paris d'environ 1680 jusqu'au début de la Révolution française, et notamment le recueil de textes choisis publié sous ce titre de 1721 à 1737.

Les foires, lieux de rencontres commerciales, se sont toujours adjoint des activités de divertissement : jongleurs, funambules, charlatans, montreurs de curiosités. À Paris, la foire de Saint-Germain, rive gauche, dure trois mois au printemps, la foire de Saint-Laurent, rive droite, trois mois en été. Elles drainent un public très mélangé de badauds, de bourgeois, d'aristocrates. Des entrepreneurs de spectacles y viennent de toute l'Europe. Des constructions semi-permanentes leur fournissent, à l'aube du XVIIIe siècle, des « loges » où ils installent leurs théâtres, précédés de hauts balcons sur lesquels se jouent les « parades », petits sketches qui arrêtent les passants.

Le premier texte structuré conservé, Les Forces de l'amour et de la magie (1678), lie d'une intrigue assez sommaire des numéros d'acrobatie et de prestidigitation. Des charlatans, déjà, avaient offert des farces à l'italienne en prélude à leurs ventes. C'est la fermeture de la Comédie-Italienne en 1697 qui donnera l'impulsion définitive : les forains engagent certains membres de la troupe et annexent le répertoire à l'italienne. Le public suit.

Le succès des forains déclenche une guerre des théâtres : la Comédie-Française veut imposer son monopole. À partir de 1701, les interdictions pleuvent sur les forains : de jouer des pièces en plusieurs actes, de jouer des histoires suivies, de dialoguer, enfin de parler. Les forains engagent – et paient – des auteurs qui composent en déjouant toutes ces interdictions, en inventant en particulier la « pièce à écriteaux », officiellement muette. C'est, à partir de 1713, le temps de Lesage. La guerre des théâtres est un spectacle en elle-même, auquel l'opinion s'intéresse, et qui assure le triomphe des forains persécutés. Nombre de leurs pièces théâtralisent le conflit.

La paix intervient quand l'Opéra vend à une troupe foraine le droit de chanter : c'est la naissance de l'opéra-comique, qui se chante sur des airs de vaudevilles et réintroduit peu à peu des dialogues parlés. De nouvelles hostilités se déclencheront : les comédiens-italiens, rivaux directs des forains, essaient de conquérir les foires, sans succès. En 1722, reprise des interdictions, retour au monologue où Piron désormais s'illustre. En 1744, fermeture de l'Opéra-Comique, dont Jean Monnet avait fait un vrai théâtre de répertoire. C'est enfin, en 1762, une victoire à la Pyrrhus : les Italiens annexent l'Opéra-Comique, dont le répertoire va remplacer le leur.

Cette histoire héroïque reste incomplète : on ne sait pas grand-chose des troupes qui ont continué de lutter pendant que l'Opéra-Comique faisait son ascension. Il y a aussi un épilogue : à partir des années 1750, les forains s'installent sur les Boulevards dans des salles permanentes, tout en continuant de jouer pendant les foires. L'un après l'autre d'anciens marionnettistes ou danseurs de corde vont élaborer des répertoires dramatiques. La politique de l'État a changé, et désormais encourage des spectacles pour le peuple. Les comédiens officiels n'obtiennent plus qu'un droit à la censure des pièces ; ils imposent quelques vexations dérisoires qui stimulent encore l'invention, comme l'obligation de jouer derrière une gaze, de ne faire jouer que des enfants, de jouer à la muette. La Révolution supprime les foires, mais en décrétant la liberté des théâtres elle consacre la victoire des anciennes entreprises foraines.

Un répertoire

Les textes forains sont bien incomplets sans le spectacle des transformations, machines, acrobaties, feux d'artifice, et sans la musique, qui s'ajoutaient pour combler les lacunes forcées du texte. Ce ne sont pas des œuvres « littéraires », la censure des comédiens y veille. Mais l'aspiration constante des forains a été d'accéder au théâtre parlé, et la qualité des auteurs qu'ils engageaient, de Lesage à Piron, sauve ce répertoire de l'insignifiance, même contraint au laconisme des écriteaux, à la strophe sautillante des vaudevilles, au monologue.

Dans la plupart des textes, trois thématiques s'entremêlent, les mêmes que chez Aristophane ou Adam de la Halle : l'observation ironique et précise de la vie quotidienne du petit peuple et de son parler, le poissard (sources principales d'inspiration des parades de société et des proverbes façon Carmontelle), l'intervention du fantastique le plus échevelé qui introduit les tours de force spectaculaires (La Forêt de Dodone de Lesage et d'Orneval aux arbres parlants et dansants, l'Endriague de Piron, monstre grand comme le théâtre), la satire des théâtres officiels. Peu ou point de politique ; beaucoup d'obscénités, de la farce ; un personnage omniprésent, Arlequin, dans tous les déguisements possibles, mais aussi des ogres, des fées, des mahométans, des dieux grecs, des chats, des poules, toute la ménagerie. Un théâtre sans règles, un monde sans limites.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 18ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • Antiquité grecque
  • Antiquité romaine
  • Moyen âge
  • Renaissance
  • 17ème siècle
  • 18ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
01/06/2026