Montage-collage

Le montage, choix et assemblage de mots, de textes, d'images, de sons, est issu du cinéma. Utilisé au théâtre, il permet d'enchaîner les séquences par unités autonomes. Le collage, composition faite d'éléments d'origines diverses, apparaît sur les toiles peintes des cubistes, des futuristes et des surréalistes. À l'origine, il permettait d'échapper aux contraintes rationnelles, au contrôle logique, esthétique ou moral par le rapprochement de matériaux hétéroclites.

Au cinéma, le montage est la mise en rapport de plans-séquences déjà filmés. Sa force réside dans le choc entre les éléments : le contraste entre deux plans indépendants engendre une idée, une sensation, un sentiment contenus ni dans l'un ni dans l'autre. La succession de ces plans-séquences tresse le récit et l'action. Au théâtre, le montage offre la possibilité de construire une fable au moyen de séquences autonomes, valant par elles-mêmes. Elles brisent la continuité dramatique, rompent avec l'idée de la pièce canonique, au déroulement naturel et harmonieux. Elles provoquent un mouvement narratif où sont mêlés des temps, des époques, des espaces multiples comme s'il s'agissait de représenter simultanément toutes les facettes d'une histoire.

Ainsi la narration avance par tableaux, par morceaux de récits, indépendants les uns des autres, points de vue différents d'une même réalité ou juxtaposition de réalités variées. Le personnage peut être également déconstruit et construit, selon le même principe, par l'adjonction ou la soustraction d'éléments rapportés.

Le collage, au théâtre, s'applique essentiellement à l'écriture et à la dramaturgie. L'écrivain choisit, découpe, mélange, assemble, organise des matériaux disparates provenant de la vie quotidienne, de la lecture des journaux et des livres, des paroles entendues dans la rue, des bribes de mots ou de sonorités, des lieux communs, de la phraséologie caractéristique de certains milieux, afin de prendre en compte la totalité et la complexité du monde, et créer des déflagrations de sens par le côtoiement insolite de ces fragments extraits d'univers a priori incompatibles. La signification de l'ensemble est obtenue par le geste de l'écrivain qui vise à dégager une tension, un drame microscopique à l'échelle de quelques répliques, formées de l'imbrication et de l'emboîtement d'éléments réfractaires les uns aux autres. Dans l'assemblage dramatique de l'œuvre, le style composite des séquences assure aux fragments collés une grande autonomie par rapport à la fable.

Par exemple, la pièce les Huissiers (1957), comédie de Vinaver, joue sur un travail d'entomologiste des langues et des structures théâtrales. Cette œuvre a pour sujet la guerre d'Algérie interprétée sous l'angle des cabinets et des couloirs ministériels. Elle a pour structure de référence Œdipe à Colone de Sophocle. Elle prend appui sur des cahiers de collages réalisés par Vinaver, articles et photographies de journaux d'origines diverses. Des traits de crayon soulignent, isolent, racontent déjà d'autres histoires. Ainsi, en même temps qu'il écrit la pièce, Vinaver fait éclater par des jeux de coupures, d'ellipses, de contractions d'espaces, l'ensemble de ces informations hétéroclites. Par ces gestes de montage et de collage, elles deviennent le matériau premier de la production d'une écriture, d'une structure neuve, d'entrechoquements de sons et de sens à découvrir, bref de fictions inouïes à inventer. Les techniques du collage et du montage habitent en particulier les œuvres d'Eisenstein, de Vitrac, de Brecht, de Piscator, de Ionesco et de Vinaver.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026