Chœur

Du grec khoros : danse. Formation de chanteurs-danseurs exécutant un poème lyrique ou associés à un genre dramatique. Le chœur joua un rôle essentiel en Grèce ancienne.

Les chœurs sont attestés en Grèce depuis une haute Antiquité : les Crétois puis les Mycéniens, si l'on en croit Homère, connaissaient déjà l'art des chœurs illustré par la suite dans toute la Grèce. Ces chœurs composés d'hommes ou de femmes exécutaient des chants, au son d'un instrument : cithare et à l'époque classique aulos (hautbois double). Comme l'indique l'étymologie du mot les membres du chœur, les choreutes, effectuaient en chantant des évolutions chorégraphiques. Les chœurs jouèrent un rôle décisif dans le développement du théâtre grec. Désigné à l'époque archaïque par le terme de kômos, le chœur, déjà associé à toutes les fêtes religieuses, prit une importance particulière dans le culte de Dionysos. L'invention du théâtre à Athènes, aux VIe et Ve siècles av. J.-C., est née en fait de l'art des chœurs pour Dionysos et de la mainmise du pouvoir politique sur leur organisation. Ils vont en effet donner lieu à de grands concours dans les fêtes officielles d'Athènes et notamment dans les Grandes Dionysies.

Les chœurs concernés par le théâtre sont ceux des genres suivants : dithyrambe, tragédie, drame satyrique, comédie. Le chœur de dithyrambe comporte cinquante chanteurs, celui de la tragédie douze chanteurs, puis; après Sophocle, quinze. Le chœur de tragédie exécute également les parties chantées et dansées du drame satyrique que chaque poète tragique devait produire avec sa trilogie. Le chœur de comédie comportait vingt-quatre choreutes. L'organisation des chœurs dramatiques et leur art furent portés à leur apogée à Athènes au cours du Ve siècle av. J.-C. Les chœurs furent en effet étroitement associés à la gestion démocratique de la cité. Le poète candidat à un concours « demande un chœur » à l'archonte. S'il est sélectionné il se voit attribuer un chorège, citoyen désigné, en raison de sa fortune, pour subvenir aux frais de la représentation. Le chorège recrute les chanteurs qui seront instruits par le poète lui-même (qui porte le nom de didascalos). Mais tous les frais sont assumés par le chorège : prise en charge des chanteurs durant le temps des répétitions (environ un mois), décors, costumes, à l'exception du poète et des acteurs rémunérés directement par l'État. Les choreutes sont de simples citoyens amateurs alors que le poète et les acteurs sont des professionnels. Les choreutes sont recrutés exclusivement parmi les hommes, citoyens ou fils de citoyens, du moins dans les Dionysies d'Athènes où la participation aux chœurs était un honneur et un devoir civique. À l'origine, d'ailleurs, la prestation du chorège et de ses choreutes était la plus importante dans les concours dont les palmarès, transmis par les inscriptions, ne citent le poète qu'en dernière position (l'acteur n'étant nommé qu'après 450 av. J.-C.). La chorégie, sorte d'impôt exceptionnel sur les grandes fortunes, pouvait contribuer à la popularité d'un homme politique : Périclès se fit connaître ainsi, dès l'âge de vingt ans, en étant le chorège d'Eschyle et en remportant le prix (c'était en 472 av. J.-C., l'année où Eschyle donna les Perses). La large participation des citoyens dans ces concours contribua au brassage de la population et au sentiment de communauté civique.

Le chef du chœur s'appelle le coryphée. Il guide le chœur et dialogue parfois au nom de tous les choreutes avec les personnages du drame. Le chœur se divise souvent en deux demi-chœurs qui exécutent alors un dialogue lyrique. La première entrée du chœur s'effectue après le prologue dans la tragédie ou la comédie. Cette entrée est désignée du terme parodos (nom donné également au passage entre les gradins et l'orchestra par où apparaissent les choreutes). Le chœur ne quitte plus la scène ensuite jusqu'à la fin du drame et la sortie finale (exodos). Les chants du chœur qui interviennent entre les parties dialoguées s'appellent stasima (stasis : place, position).

Le chœur représente une émanation du public. Il n'intervient pas dans le drame : il commente l'action et exprime les sentiments des spectateurs. Les chants du chœur occupent un tiers des vers dans les tragédies d'Eschyle et les comédies d'Aristophane. Cette proportion est plus réduite chez Sophocle et Euripide. Les choreutes portent tous même masque et même costume, et ils sont déguisés en femmes pour interpréter des chœurs féminins comme dans les Suppliantes d'Eschyle.

Les déguisements fantaisistes des chœurs des comédies d'Aristophane (oiseaux, grenouilles, dans les pièces du même nom), ceux des choreutes du drame satyrique travestis en satyres, la virtuosité musicale, poétique et chorégraphique, tout faisait de l'art des chœurs un élément essentiel du spectacle dramatique en Grèce ancienne.

À partir du IVe siècle, pour des raisons économiques, la chorégie fut supprimée à Athènes. Les frais des spectacles furent assumés par l'État et gérés par un magistrat, l'agonothète. D'autre part, les progrès techniques de la musique exigeaient le recours à des professionnels pour la composition comme pour l'interprétation. Peu à peu les chants du chœur sont remplacés au théâtre par de simples intermèdes sans rapport avec le drame. Pour les reprises de pièces anciennes, un groupe réduit de chanteurs professionnels fut chargé désormais de l'interprétation.

La disparition des chœurs contribua certainement au déclin de la production dramatique grecque, notamment de la tragédie qui ne nous a transmis aucune œuvre complète après Euripide.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Période(s) :
  • Antiquité grecque
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026